‹ Le mal de la peur comedievaudeville en un acteChapitre 12 sur 37 · SCÈNE VL 11 J · texte numérisé non relu

SCÈNE VL 11 J

LE DOCTEUR

Qu'elle soit intéres...

RABOURDON.

Non, que je sois guéri ?

LE DOCTEUR

Comment? vous en doutez!

RABOURDON.

C’est qu’on dit ça quelquefois aux malades pour les tranquilliser.

Eh! non, mille fois non; je vous en donne ma parole de médecin.

RABOURDON.

Oh! alors... il ne s’agit plus que de redoubler de précautions.

LE DOCTEUR

Mais point du tout , ce n'est pas là mon régime ; au lieu de vivre seul, en vrai loup garou, jouissez de votre fortune, et faites-en jouir les autres; entourez-vous de braves gen*, de bons amis...

RABOURDON.

Oui, oui, de bons amis, qui viendraient manger ma soupe et m’emprunter de l'argent!...

LE DOCTEUR

Enfin, à défaut d'amis, vous avez des parents.

RABOURDON; se lev»iit.

Je n'en ai plus... mon demi-frère, monsieui* Duvernet j est * mort en pays étranger.

LE DOCTEUR

Mais il a laisse une fille...

RABOURDON.

Que je ne reconnaîtrai jamais pour ma nièce. •

LE DOCTEUR

Pourquoi cela?

RABOURDON.

Tenez, brisons là, s’il vous plaît, monsieur le docteur.

Ah! ah! je ne suis plus ce bon docteur, à présent que vous n’avez plus besoin de mes ordonnancés?

RABOURDON.

C’est qu'aussi vous me parlez là d’un sujet...

LE DOCTEUR

Je vous parle de la fille de votre frère.

RABOURDON.

Justement... j’ai le système nerveux si irritable ! rien que sa présence me mettrait en colère... et je me connms, la colère, chez moi, serait le signal d'une rechute.

LE DOCTEUR

Allons donc! vous vous laisserez attendrir...

RABOURDON.

M'attendrir! miséricorde! ce serait bien autre chose! mais TOUS ne savez donc pas que la sensibilité est mon ennemie mortelle, et que ma constitution n’y résisterait pas ? je m'en suis privé toute ma vie à cause de ça.

Fort bien; vous avez des raisons d’hygiène pour toutes vos rancunes... mais votre fils? est-ce aussi par sensibilité que vous l’avez mis à la porte?

RABOURDON.

Oh! lui? c'est bien diflërent... un ingrat!

LE DOCTEUR

Par exemple!

,1 RABOURDON.

Oui, un ingrat! car enfin, c'est à cause de lui que je n’ai pas I acé ma fortune en viager, et que je me suis condamné à cette déplorable condition de propriétaire... comment a-t-ii reconnu nies bontés? au lieu de consulter mes goûts, lorsqu'est venu le moment de choisir un état, monsieur s’est avisé de se faire art'îte... artiste! juste le métier que je comprends le moins!...

LE DOCTEUR

Heureusement U a du talent, de l’avenir, c'est un excellent sujet...

RABOURDON.

Je ne dis pas non... il a envoyé savoir de mes nouvelles tous les jours.

LE DOCTEUR

Et aujourd’hui tout ce qu’il vous demande c'est un accueil paterneL

RABOURDON.

Il l'aura... à de certaines conditions que je lui expliquerai...

Page 1