TRACE US
Ah ! Lafontaine traduit comme cela! mais suis-je obligé d’en savoir aussi long que Lofontaine, moi ? Non, eh bien! j'ai traduit: Prends garde, l'animal
céleste te fera périr. Le professeur cita cette traduction .
aux élèves comme un spécimen de naïveté, tout le monde riait aux éclats de l’animal céleste ; de la classe, l'animal céleste est passé en récréation ; et pendant plusieurs mois on ne m'a plus appelé autrement que l’antmal céleste. En voilà du plaisir !
FRANÇOIS
Aussi que ne fais-lu attention ? Avant de traduire une phrase, que n’examines-tu ce qui précède et ce qui suit. Un peu de réflexion te ferait éviter toutes ces bévues. Les auteurs, pour écrire en latin, n’en suivent pas moins le bon sens.
LOUIS
J'en doute. Phèdre a été inventé, je crois, pour faire forcer les écoliers. Il dit ailleurs, en parlant du loup qui veut étrangler l'agneau: faucibus incitatus. En cherchant dans le dictionnaire le mot éneitatus, je ne sais trop comment, mais chose bien sûre, je trouvai huile, je trouvai citron, je trouvai graisser, et je traduisis, traduction libre bien entendu: Un loup avec son gosier graissé avec de l'huile de citron. Je ne suis pas plus savant que le dictionnaire. Mon maître lut ma version devant toute la classe, il me fit passer à
enoux, il dit que j'étais un paresseux, il me menaça e férules ; j'en avais du plaisir !
AUGUSTE
Ça me rappelle une traduction de Paul, de notre classe. Il faisait dire à Ovide que Philémon et Baucis servirent à Jupiter ‘‘ de la gravité confite dans de la saumure de cornouiller d'automne.” Le plus drôle de l'affaire, c'était de voir comme il était fier de son travail! comme avant de remettre sa version, il nous la lisait avec orgueil ! les narines lui en renflaient.
LOUIS
Et quand vous l’avez corrigée, il a dû eu avoir du plaisir.
AUGUSTE
Du plaisir! du plaisir! j'avoue, mon cher Louis, qu’il n’est pas facile d’en avoir en classe, quand on ne sait jamais ses leçons, qu'on ne fait pas ou qu'on fait mal ses devoirs : avant tout, il faut travailler à l’étude.
LOUIS
Bon, l'étude ! en voici encore un endroit où l’on en a du plaisir! Pas moyen de desserrer les dents; si vous essayez de souffler un petit mot à votre voisin, un maître sévère est là qui domine du haut de la tribune : “ Louis, taisez-vous.” L'autre jour, au congé du mois, il vint un maître nouveau ; pour l'essayer, nous commençâmes à parler. Tout à coup il donne un coup de poing sur la tribune, toute l'étude en retentit, j'en sautai sur mon banc, et je fis un barbeau large comme le poute. Puis il nous lâcha un cri: ‘ Je ne suis pas venu ici pour vous faire rire ! ” Il avait les yeux flamboyants, c'était comme l’Ante-christ.
FRANÇOIS
C'est vrai, je n’ai jamais vu rien de pareil. Les petits furent si surpris que, pendant le reste de l'étude, ils restèrent tout ébahis, la bouche béante, et les yeux tout grand ouverts.
LOUIS
Tu vois bien, François est de mon opinion.
FRANÇOIS
Pas du tout; je trouve que ce maître ne faisait que son devoir; et pour avoir gardé le silence, je ne compte pas avoir été plus malheureux.
AUGUSTE
Voyons, mon cher Louis, pourquoi sommes-nous
ici? pour faire notre éducation; alors il ne peut y avoir ici de bonheur pour nous qu’en travaillant à former notre esprit et notre cœur. C’est en vain que nous nous tourmentons, que nous nous tournons de côté et d'autre pour trouver ce qu’on appelle plaisir dans les objets qui nous environnent et qui changent du soir au matin, il n'y a là ds fumée, au moment où nous croyons le saisir, ce plaisir trompeur s'évanouit. C’est dans la religion et dans l’accomplissement fidèle de son devoir que se trouvent le contentement du cœur, le doux repos de la conscience, la tranquillité de l’âme, en un mot le bonheur.
Chacun son goût. Pour moi, le bonheur se trouve à la maison. Là pas de longues et silencieuses études, p&s de cloche maussade qui vienne tous les matins vous chanter sa triste chanson, digne, digne, din, don; pas d’autres surveillants qu’une mère indulgente : adieu silence et pensums. C’est là le pays de la vraie liberté, vous avez vos coudées franches. Vouléz-vous dormir, vous dormez ; voulez-vous parler, vous parlez ; voulez-vous sauter, vous sautez ; voulez-vous danser, vous dansez ; voulez-vous chanter, vous chantez.
Nous irons chez nous
Nous y prom promener Nous irons jouer dans l'Ile
Hip ! Hip! Hip! Hourra !
FRANÇOIS
Le directeur ! Le directeur ! (Le directeur entre).
DIALOGUE II