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LES BATIMENTS CIVILS

L'administration des bâtiments civils aura la plus lourde part de responsabilité dans les conséquences de celte épouvantable catastrophe.

Parfaitement renseignée depuis de longues années sur la situation de TOpéra-Comique, cette administration a trouvé tout naturel que l'État subventionnât une rôtissoire.

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Pas un mûiistra ne reculerait devant la nécessité de poser la question de confiance à la Chamiiiro dans un intérêt politique.

Pus un ministre n"a songé à poser la question de confiance dans un intérôt social.

C'est donc à l'État que doit incomber la responsabilité la plus lourde.

Quand bien même M, Carvalho se serait mis en faute, quand même il serait prouvé que c'est sa négligence qui a provoqué l'incendie de rOpéra-Comique, quand même il serait établi que le service d'ordre n'était point assuré, quand toutes les parts de responsabilité de la direction, de la préfecture, du corps des pompiers, auraient été nettement et catégoriquement définies, cette responsabilité de l'État demeure intacte.

Il n'entre point dans notre pensée d'innocenter M, Carvalho, dont la conduite prête à de très vives et de très légitimes critiques, mais, si gros qu'aient été ses torts, ils ne peu-

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vent être comparés à ceux de radministration des Beaux-Arts, des membres du gouvernement et de la représentation nationale.

Les députés, qui se seraient mis en quatre pour obtenir un bureau de tabac en faveur d'un électeur protégé par un gros bonnet de leur circonscription, se seraient moqués pas mal de laisser griller le même gros bonnet dans la salle de TOpéra-Comique.

L'amélioration d'une salle de spectacle ne répondant en rien aux exigences du suffrage universel, nos mandataires, qui trouvent toujours de l'argent pour les plus vaines dépenses, ont laissé fonctionner le four crématoire de la rue Favart, prévoyant qu'il faudrait de longues années au conseil municipal de Paris pour en installer de semblables dans nos nécropoles. Il faut avouer que la Chambre aurait mieux fait de développer dans des voies moins funestes son goût incontestable pour le progrès. La Société de propagande

pour la. |C^p|)nation est beaucoup moins hardie.o^Q le Parlement dans l'expression de éBSfàerata. Il est en effetde notoriété pu- ' . bîique que cette Société ne veut brûler que des cadavres et n'a jamais affiché la prétention cruelle de travailler sur des gens bien portants auxquels on ne peut pas faire un crime capital d'avoir eu un culte trop fervent pour la musique de M. Ambroise Thomas.

Les bâtiments civils ont donc été coupables d'une incurie qui ne peut être égalée que par l'indifférence de la Chambre des députés.

Il est probable que personne n'osera soulever ce procès formidable contre Tadministration et contre la représentation nationale.

Inviolable, le député est en môme temps irresponsable. Quand M. Steenackers a dénoncé, en plein Parlement, les dangers de la salle Favart, VOf/iciel a constaté « Thilarité

sur plusieurs bancs. » Je me demande, à cet aveu de VOfficiel, ce que le suffrage universel avait bien pu incruster sur ces bancs hilares...

Ces gens-là, cependant, dormiront tranquilles, et continueront à émarger paisiblement leurs appointements.

On n'osera point recourir contre eux, mais tout méfait entraîne son châtiment. L^incendie de TOpéra-Comique aura mis à nu la plaielaplus dangereuse du parlementarisme.

11 aura été prouvé que, croyant nous donner des mandataires, nous nous sommes donné des maîtres. Et quand nos maîtres font des sottises, il est trop juste que la nation doive les payer.

Nous avons supporté, comme contribuables, la subvention de rOpéra-Comique, et les frais de pompiers et de police. Nous avons entretenu des fonctionnaires chargés de veiller à notre sécurité, des députés qui de-

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vaient administrer utilement notre budget, El nous n'avons soldi^ cette lourde et douloureuse addition, pendant de longues années, que pour apprendre de M. Berthelot que l'Opéra-Comique brûlerait un jour et, de nos députés, qu'il n'y avait pas un sou à tirer du trésor pour prévenir cette catastrophe.

— Ossabundus, neqtieis, nequer, potannU7n, (juipsa mi/us. Voilà justement pourquoi votre fille est nnuette...

Nous n'aurons couvert Sganarelle de nos bons écus sonnants et trébuchants que pour savoir que l'incendie dévorerait infailliblement un soir l'Opéra-Conîique.

Si le feu avait détruit l'immeuble do M, Fernand Samuel, les victimes du directeur de la Renaissance auraient immédiatement exercé leurs droits contre lui et ses commanditaires.

Il en est de même quand i! arrive malheur .

sur une voie ferrée h un wagon de pommes

de terre. Le propriétaire lésé s'en prend à la Compagnie responsable, et celle-ci s'empresse de payer intégralement le dégât.

Il n'y a que TÉlat, personnage fictif et vague, qui se dérobe à toute poursuite. Les responsabilités sont à tel point divisées que c'est à qui les passera à son voisin. A la fin, la tête la plus solide s'y perd, la bourse la mieux remplie s'y dessèche.

C'est l'État le grand coupable des conséquences atroces du sinistre de la salle Favart.

Autant vouloir atteindre une ombre que prétendre atteindre l'État !

Nous reproduisons ici un extrait d'un article de M. Albert Wolfï qui a trait à la recherche des responsabilités.

Ce passage concerne tout spécialement la commission d'incendie.

« Il y a donc réellement une commission

des théâtres? Qui s'en fût douté? Dans tous les cas, si elle n'est pas de création récente, elle ne faisait pas beaucoup parler d'elle. Doucement, elle sommeillait autour de la table verte où elle se réunit pour délibérer, comme toutes les autres commissions. Sans le sinistre dePOpéra-Comique, elle ronflerait encore à l'heure où nous mettons sous presse. L'incendie, le bruit des pompes, les cris des victimes ont troublé le calme admirable de cette étonnante Commission, qui n'a pris aucune des mesures nécessaires pour notre sécurité ; elle a laissé subsister, sans une protestation, quelques scènes que je n'ai pas besoin de nommer, car chacun les connaît.

Nous allions tous dans ces théâtres, et chacun se faisait cet aveu que personne ne sortirait

vivant de la salle en cas de sinistre. Des couloirs ou deux personnes ne peuvent pas marcher de front, encombrés de fonctionnaires qui tiennent le vestiaire, ou de marchands de

lorgnettes^ aboutissant à d'étroits escaliers, nous donnaient la certitude qu'en cas de panique, sur cinquante spectateurs, pas un n'atteindrait la porte de sortie sur la rue ; des fauteuils à ce point serrés les uns contre les autres qu'on ne peut gagner sa place qu'en trébuchant sur des petits bancs, et qu'il est impossible de s'y maintenir autrement qu'en serrant les coudes contre le corps et de se tenir dans cette attitude gênanto comme une momie d'Egypte. Tel était dans son ensemble l'idéal d'un ces théâtres parisiens qu'on n'aurait toléré dans aucune autre capitale.

» Sur la scène, le spectacle était encore autrement curieux ; des tuyaux conducteurs en caoutchouc couraient partout, et il s'en dégageait une telle odeur de gaz que les fuites se trouvaient en permanence ; le danger partout, dans les frises comme sur le théâtre, et pour le conjurer on n'avait rien imaginé dé

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iÎ0^lx que d'enfermer le pompier dans une gjBfirite close d'où il pouvait surveiller la scène sans espoir de faire son métier, car il se trouvait emprisonné dans son observatoire et exposé à griller avant les autres. Dans ces conditions, et la déposition du colonel n'en laisse pas de doute, le pompier pouvait être considéré comme un ornement, mais non comme une garantie. La fameuse Commission des théâtres, qui fait tant parler d'elle depuis une semaine, savait tout cela ; elle n'ignorait pas davantage que sous la scène du Ghâtelet se trouve une écurie et un magasin à fourrages; elle était convaincue également que, faute de dégagements, les pauvres gens des galeries supérieures, déjà plus exposés que les autres à être asphyxiés par la fumée et rôtis par les flammes qui montent, se trouvaient voués à une mort certaine en cas d'incendie. La Commission savait tout cela et qu'a-t-elle fuit? Rien!

» La logique voudrait que le juge instructeur entendît avant tout les membres de cette Commission et qu'il leur demandât compte de leur négligence, coupable au premier chef. Les noms des membres de cette fameuse Commission me sont inconnus, et j'en suis fort aise. De la sorte, je ne risque pas d'abaisser une, question d'ordre public au niveau d'une querelle personnelle. Mais il saute aux yeux qu'à l'exception du Préfet de police, qui n'est pas encore en fonctions depuis assez longtemps pour être responsable de ce qu'on n'a pas fait sous ses devanciers, toute la Commission des théâtres devrait rendre un compte sévère de son incurie. Si elle avait fait son plus stricte devoir, si elle s'était occupée des questions sur lesquelles elle avait à statuer, le sinistre de TOpéra Comique n'aurait peut-être pas pris ces effroyables proportions ; dans tous les cas, il ne pouvait être ni plus douloureux ni plus complet.

. » La première chose à faire après la catastro{^]Se était le licenciement de cette Commission si peu à la hauteur de son mandat et d'une incapacité malheureusement notoire.

D'un trait de plume, il fallait la dissoudre d'abord et la livrer au juge ensuite. Il est vraiment malheureux que dans tous les désastres publics les plus coupables demeurent les plus impunis. Vous verrez qu'on se rattrapera sur un malheureux machiniste où sur un gazier, et la Commission des théâtres siégera, comme par le passé, dans toute la majesté de son insuffisance. Les mêmes hommes qui n'ont prescrit aucune des mesures nécessaires pour la sécurité du public prescrivent encore aujourd'hui ' les mesures à prendre dans Tavenir. Si, tout simplement, ils avaient rempli seulement leur devoir à moitié, les deuils seraient moins nombreux, et rOpéra-Comique serait peut-être encore debout. Mais malgré les expériences lamen-

tables du Riiig-Theater et des scènes de Nice et de Rouen, la Commission a laissé aller les choses au hasard de Tincendie. Quand elle eut supprimé quelques strapontins et accroché quelques quinquets à huile dans les couloirs, elle se considéra comme étant parvenue à son apothéose... »

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