‹ Le mal du théatreChapitre 39 sur 47 · LE RIDICULE · texte numérisé non relu

LE RIDICULE

Il ne faut point trop suivre les caprices.

d'une fantaisie brillante pour charger les malheureux qui jouèrent un rôle dans la lugubre nuit du 2S mai.

C'est ainsi que le sauvetage légendaire du

buste de Mme Carvalho a valu au directeur infortuné de l'Opéra-Comique une pluie de quolibets dénués de toute générosité et môme de justice.

Des charges assez nombreuses pèsent sur M. Carvalho pour que Ton ne cherche point à lui en imposer d'autres qu'il n'a point assumées. On l'a représenté traversant les flammes, tenant le buste dans ses bras, comme Énée son père Anchise, et on lui a reproché d'avoir bravé la fournaise pour sauver le buste, au lieu de chercher à sauver quelques spectateurs affolés.

A la vérité, M. Carvalho n'a point traversé de flammes, mais un simple couloir. Il est probable que, dans cette circonstance, où il aurait fallu qu'il eût des forces surhumaines, le malheureux homme perdit la tête, ne sachant plus du tout de quel côté il devait courir pour aller au plus pressé.

Heureusement, le secrétaire de l'Opéra-

Comique, M. Noël, se hâtait de sauver la caisse, les pièces comptables, les livres, tandis que le chef d'orchestre Danbé procédait au sauvetage des partitions.

La partition orchestrée du Roi malgré lui de M. Chabrier, le répertoire courant ainsi que le ré\)ertoire orchestré des ouvrages nouveaux représentés depuis trois mois ont été préservés par les soins et le sang-froid de rexcellent et populaire chef d'orchestre.

C'est également ainsi que M. Danbé a su nous conserver VÉpreuve villageoise de Grétrv avec l'orchestration d'Auber. Cette orchestration n'a jamais été gravée. On se contenta de faire une partie conductrice pour le chef d'orchestre. Si les parties d'orchestre avai(înt été perdues, il aurait donc été impossible de les reconstituer, car la bibliothèque (lu Conservatoire ne possède aucune copie (!t Toii n'a point trouvé chez Auber de trace de sa partition.

M. Garvalho était donc réduit à une impuissance absolue en présence de ce désastre et Ton ne pouvait exiger de lui, à son âge, dans l'état d'abattement où il se trouvait, qu'il jouât le rôle d'un simple pompier.

Mais il faut bien compter avec la raillerie des uns et la puérile vanité des autres. Après que tout le personnel du théâtre incendié eut fait son devoir, il y eut un besoin général de se draper dans sa douleur et de faire éclater son héroïsme. Il y eut des ovations bébêtes. Il y eut ensuite un déchaînement de réclames folles.

MM. Briet et Delcroix s'empressaient d'adresser aux journaux la lettre suivante :

« Nous vous serions très obligés de relater, ainsi qu'on vient de le faire pour TOpéra, que le théâtre du Palais-Royal est, lui aussi, entièrement éclairé à la lumière électrique (avec le même système Edison), depuis le 1"' septembre dernier.

» Il n'y a plus un seul bec de gaz dans la salle, sur la scène, dans les loges d'artistes et les dégagements ; enfin, dans tout l'immeuble '.

» Agréez, etc.

» Briet, Dblgroix. »

Les directeurs du Ghâtelet, ayant préteç|da que la préfecture de police avait inter leur théâtre l'usage de la luûiiè §1 M. Qragnon était obligé de ^ir que

la préfecture de police avail uplement interdit l'éclairage électrique ox nus, qui produit des étincelles et nées, à cause

des dangers d'incendie t faice ntl-'

tre. ' .

Partout, les directeurs de , alar-

més par la frayeur indicible du i le, s'em-

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