Scène II
Ménechme, seul. — Sont-ils enfin partis ? ces plaisantes gens qui veulent à toute force que je sois insensé lorsque je me porte parfaitement bien.
scèni m.
* Le vieillard, revmant. — J'ai mal aux rdns ! yeux de regarder, eti dtendant que le tuédecm revienne de ses visites. L'ennuyeux personnage! Qji'il a eu de peine à D finir avec ses malades! Il préiend qu'Esculape et Apollon avaient, l'uu le bras cassé et l'auirc la jambe, et qu'il les leur a remis. En y pensant L, je doute si c'est un médedn que j'amène, Bou an lourd forgeron. Le void qui s'avance à s de fourmi.
Scèni IV.
Le médecis, d'un air groiesquemenl cmphahqjte. • Qjiel mal ra'as-tu dit qu'il avait? Répète, Seillard, est-ce ra^nie ou frénésie? je désirerais '. Est-il pris par la léthargie ou bien par "hydropisieî Le vieillard. — Je t'amène justement pour n'expliques tout cela, et pour que tu le s.
Le médecin. — Rien de si aisé. Je le gué- ' ' ■■ 3 réponds sur ma parole.
■ C'est un traitement qui
u très grand Le médecin. — Ji 3nts fois par jour, ^'empressement.
Le vieillard.
; le recoraraande, n'essoufflerai plus de six □t j'y mettrai de soin et
- Voici le malade.
Le médecin. •— Observons de quelle manière il se comporte.
Schu V.
Ménechme, sans voir persontu, — Par PoUux, ce jour est bien malheureux, bien malencontreux pour moi. Tout ce que j*espérais tenir secret a été découvert par ce parasite, auteur du scandale et du trouble où je suis; mon perfide Ulysse, qui a causé à son roi tous ces chagrins. Si les dieux me conservent la vie, je lui retirerai la sienne ; quand je dis la sienne, je parle comme un sot ; car elle est bien à moi ; c'était à ma table, à mes dépens qu'il se nourrissait. Je le priverai de l'existence. Et cette courtisane! qu'elle s'est bien conduite comme les femmes de sa sorte I Parce que je la prie de me donner la mante pour la rendre à ma femme, elle me soutient qu'elle me l'a remise. Ah ! par Pollux, je suis bien inforuné.
Le vieillard. — Tu l'entends?
Le médecin. — Il se plaint de son malheur.
Le vieillard. — Va lui parler.
Le médecin (i). — Salut, Ménechme-, pourquoi te découvres-tu le bras? tu ne sais combien tu aggraves ton mal.
Ménechme. — Va te pendre.
Le médecin. — Sens-tu?
(i) Molière s*est inspîri de cette scène <Uns rinterrogatoire que subit M. de Pourceaognac, prévenu dç foL'e.
MéNEchme. — Parbleu oui, je sens.
Le méuecin, au vieiUard. ■— Un champ d'ellébore n'y suffira pas. Mais dis-moi, Ménechme?
MÉNECHME — Q,ae me veux-tuî
Le médecin. — Réponds à mes questions.
Bois-tu du vin blanc ou du vin fort en couleur!
MéSechme. — Hé 1 va-t'en au gibet, où tu périsses.
Le médecin. — Son accès commence i le prendre.
Ménechme. — Ne me demanderas-iu pas si je mange du pain rouge, ou violet, ou jaune? Si Je me nourris d'oiseaux à écailles, de poissons à plumes?
Le viEJLLAKD. — O ciel !
eilravagances qu'il débile; hâteune potion, avant que le mal s
Le médecin. — Attends ut:
l'interroger encore.
Le vieillard. — Encore? ; avec ton verbiage (ij.
Le médecin. — Dis-moi, tes yeux de' ils durs habituellement? (2).
entends les de lui donner
(■) Ob
Ménechme. — Est-ce que tu me prends p une sauterelle, imbécile?
Le médecin. — Enteads-tQ quelquefois tes boyaux crier?
Ménechme. — Quand j'ai bien niang6, ils ne crient pas; c'est quand j'ai faim qu'ils se mettent
Le Mi-DECIN. — Par PoUux, sa réponse n'est pas celle d'un insensé. Dors-tu jusqu'au jour? As-tu de la facilité à t'eudormii, quand tu es couché?
Ménechme. — Je dors quand j'ai payé mes dettes. Que Jupiter et tous les dieux le confondent, maudit qu es lionne ur!
Le médecin. — Sa folie recommence; tu l'entends. Prends garde d'avoir ion tour.
Le viiiiL[.AHD. — Oh! ce sont des douceurs, en comparaison de ce qu'il disait tantôt. Il appelait sa femme ime chienne enragée.
MÉNECHME. — Moi, j'ai tenu ce langage?
Le vieillard. — Tu i dis-je.
MÉNECHME. —Moi?
Le vieillard. — Oui, menacé de m' écraser sous chevaux. Voilà les extravagance fiire, voiU ce que je déclare.
MÉNECHME. — Et moi, je sai acrée à Jupiter,
i démence,
L char à quatre s que je t'ai vu
fait, t
e jeta en prison
que pour être battu de verges et porter le carcan,
je ]e sais. Je sais encore que tu as assassiné ton père, que tu as vendu la mère. Ai-je l'esprit présent? et t'ai-je bien rendu injure pour injure?
Le vieillard. — [e t'en conjure, médecin, &is au plus lât ce ()ui est de ton ministère. Ne ' vois-tu pas qu'il a son accès?
Le médecin. — Savez-vous ce qu'il y a de mieux? Faites-le porter chez moi.
Le vieillard. — C'est votre avis?
Le médecin. — Oui. Là je pourrai le soigner i mon gré.
Le vieillard. — Comme vous voudrez.
Le médecin, à Ménechme, — Je vous ferai boire de l'ellébore pendant une vingtaine de jours.
Ménechme. — Et moi, je vous pendrai et vous étrillerai pendant une trentaine.
Le méoecw, iiu vieillard, — Alleï chercher du monde pour le porter.
Le vieillard. — Combien en faut-il î
Lb médecin. — Dans l'état de démence oii je le vois, quatre, pas moins.
Le vtEiLLARn. — Ils seront ici dans un instant. Vous, médecin, gardez-le bien.
Le médecin. — Non pas; je vais chez moi préparer tout ce qu'il faut : commandez à vos serviteurs de me l'apporter.
Le vieillard, — 11 y sera tout à l'heure.
Le médecin. — Je m'en vais donc.
Le vieillard. — Au revoir. (Ils sortent :haam de leur eâlé.j
MÉNECHME. — Le beau-père est parti, le médecin est parti, me voilà seul. Grand Jupiter! pourquoi donc ces hommes-là veulent-ils que je sois fou? Depuis que je suis au monde, je n'ai pas été un seul jour malade. Je ne suis pas fou, je ne cherche noise ni querelle à personne. Je suis dans mon bon sens, et je vois les autres sages; je reconnais les gens, je leur parle. Mais ceux qui prétendent que je déraisonne, n'ont-ils pas eux-mêmes perdu la tête?