‹ Le Mal qu'on a dit des medecins (volume 2)Chapitre 35 sur 88 · Scène II · texte numérisé non relu

Scène II

Ménechme, seul. — Sont-ils enfin partis ? ces plaisantes gens qui veulent à toute force que je sois insensé lorsque je me porte parfaitement bien.

scèni m.

* Le vieillard, revmant. — J'ai mal aux rdns ! yeux de regarder, eti dtendant que le tuédecm revienne de ses visites. L'ennuyeux personnage! Qji'il a eu de peine à D finir avec ses malades! Il préiend qu'Esculape et Apollon avaient, l'uu le bras cassé et l'auirc la jambe, et qu'il les leur a remis. En y pensant L, je doute si c'est un médedn que j'amène, Bou an lourd forgeron. Le void qui s'avance à s de fourmi.

Scèni IV.

Le médecis, d'un air groiesquemenl cmphahqjte. • Qjiel mal ra'as-tu dit qu'il avait? Répète, Seillard, est-ce ra^nie ou frénésie? je désirerais '. Est-il pris par la léthargie ou bien par "hydropisieî Le vieillard. — Je t'amène justement pour n'expliques tout cela, et pour que tu le s.

Le médecin. — Rien de si aisé. Je le gué- ' ' ■■ 3 réponds sur ma parole.

■ C'est un traitement qui

u très grand Le médecin. — Ji 3nts fois par jour, ^'empressement.

Le vieillard.

; le recoraraande, n'essoufflerai plus de six □t j'y mettrai de soin et

- Voici le malade.

Le médecin. •— Observons de quelle manière il se comporte.

Schu V.

Ménechme, sans voir persontu, — Par PoUux, ce jour est bien malheureux, bien malencontreux pour moi. Tout ce que j*espérais tenir secret a été découvert par ce parasite, auteur du scandale et du trouble où je suis; mon perfide Ulysse, qui a causé à son roi tous ces chagrins. Si les dieux me conservent la vie, je lui retirerai la sienne ; quand je dis la sienne, je parle comme un sot ; car elle est bien à moi ; c'était à ma table, à mes dépens qu'il se nourrissait. Je le priverai de l'existence. Et cette courtisane! qu'elle s'est bien conduite comme les femmes de sa sorte I Parce que je la prie de me donner la mante pour la rendre à ma femme, elle me soutient qu'elle me l'a remise. Ah ! par Pollux, je suis bien inforuné.

Le vieillard. — Tu l'entends?

Le médecin. — Il se plaint de son malheur.

Le vieillard. — Va lui parler.

Le médecin (i). — Salut, Ménechme-, pourquoi te découvres-tu le bras? tu ne sais combien tu aggraves ton mal.

Ménechme. — Va te pendre.

Le médecin. — Sens-tu?

(i) Molière s*est inspîri de cette scène <Uns rinterrogatoire que subit M. de Pourceaognac, prévenu dç foL'e.

MéNEchme. — Parbleu oui, je sens.

Le méuecin, au vieiUard. ■— Un champ d'ellébore n'y suffira pas. Mais dis-moi, Ménechme?

MÉNECHME — Q,ae me veux-tuî

Le médecin. — Réponds à mes questions.

Bois-tu du vin blanc ou du vin fort en couleur!

MéSechme. — Hé 1 va-t'en au gibet, où tu périsses.

Le médecin. — Son accès commence i le prendre.

Ménechme. — Ne me demanderas-iu pas si je mange du pain rouge, ou violet, ou jaune? Si Je me nourris d'oiseaux à écailles, de poissons à plumes?

Le viEJLLAKD. — O ciel !

eilravagances qu'il débile; hâteune potion, avant que le mal s

Le médecin. — Attends ut:

l'interroger encore.

Le vieillard. — Encore? ; avec ton verbiage (ij.

Le médecin. — Dis-moi, tes yeux de' ils durs habituellement? (2).

entends les de lui donner

(■) Ob

Ménechme. — Est-ce que tu me prends p une sauterelle, imbécile?

Le médecin. — Enteads-tQ quelquefois tes boyaux crier?

Ménechme. — Quand j'ai bien niang6, ils ne crient pas; c'est quand j'ai faim qu'ils se mettent

Le Mi-DECIN. — Par PoUux, sa réponse n'est pas celle d'un insensé. Dors-tu jusqu'au jour? As-tu de la facilité à t'eudormii, quand tu es couché?

Ménechme. — Je dors quand j'ai payé mes dettes. Que Jupiter et tous les dieux le confondent, maudit qu es lionne ur!

Le médecin. — Sa folie recommence; tu l'entends. Prends garde d'avoir ion tour.

Le viiiiL[.AHD. — Oh! ce sont des douceurs, en comparaison de ce qu'il disait tantôt. Il appelait sa femme ime chienne enragée.

MÉNECHME. — Moi, j'ai tenu ce langage?

Le vieillard. — Tu i dis-je.

MÉNECHME. —Moi?

Le vieillard. — Oui, menacé de m' écraser sous chevaux. Voilà les extravagance fiire, voiU ce que je déclare.

MÉNECHME. — Et moi, je sai acrée à Jupiter,

i démence,

L char à quatre s que je t'ai vu

fait, t

e jeta en prison

que pour être battu de verges et porter le carcan,

je ]e sais. Je sais encore que tu as assassiné ton père, que tu as vendu la mère. Ai-je l'esprit présent? et t'ai-je bien rendu injure pour injure?

Le vieillard. — [e t'en conjure, médecin, &is au plus lât ce ()ui est de ton ministère. Ne ' vois-tu pas qu'il a son accès?

Le médecin. — Savez-vous ce qu'il y a de mieux? Faites-le porter chez moi.

Le vieillard. — C'est votre avis?

Le médecin. — Oui. Là je pourrai le soigner i mon gré.

Le vieillard. — Comme vous voudrez.

Le médecin, à Ménechme, — Je vous ferai boire de l'ellébore pendant une vingtaine de jours.

Ménechme. — Et moi, je vous pendrai et vous étrillerai pendant une trentaine.

Le méoecw, iiu vieillard, — Alleï chercher du monde pour le porter.

Le vieillard. — Combien en faut-il î

Lb médecin. — Dans l'état de démence oii je le vois, quatre, pas moins.

Le vtEiLLARn. — Ils seront ici dans un instant. Vous, médecin, gardez-le bien.

Le médecin. — Non pas; je vais chez moi préparer tout ce qu'il faut : commandez à vos serviteurs de me l'apporter.

Le vieillard, — 11 y sera tout à l'heure.

Le médecin. — Je m'en vais donc.

Le vieillard. — Au revoir. (Ils sortent :haam de leur eâlé.j

MÉNECHME. — Le beau-père est parti, le médecin est parti, me voilà seul. Grand Jupiter! pourquoi donc ces hommes-là veulent-ils que je sois fou? Depuis que je suis au monde, je n'ai pas été un seul jour malade. Je ne suis pas fou, je ne cherche noise ni querelle à personne. Je suis dans mon bon sens, et je vois les autres sages; je reconnais les gens, je leur parle. Mais ceux qui prétendent que je déraisonne, n'ont-ils pas eux-mêmes perdu la tête?

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