VIE DE MARC ANTONIN
Il n*est pas de prince qui soit à l'abri des atteintes de la médisance; ainsi l'on a dit de Marc Antonin lui-même qu'il avait empoisonné V^irus : il aurait coupé une- panse de truie avec un couteau empoisonné d'un côté, puis aurait offert à son frère le morceau infecté, gardant pour lui-même celui qui ne pouvait nuire; au moins s'était-il servi pour le tuer du médecin Posidippe, qui, disait-on, avait fait une saignée mal à propos à Lucius Verus.
AUSOXH (309-394)
Épigrammes
Ép. 71. — CONTRE ALCON, MÉDECIN (l)
Lintgiu'titi Marco dixit D'iaîonis haruspex, Ad vitiim non plus sex siiperesse dies.
(i) Épigrammes imitées de Kicarque (voir pages 27, 28). Montaigne, qui ne perdait aucune occasion d'être désagréable
Sed medicus divis satisque potentior Alcon Falsum convicit illico haruspicium,
Tractavit que manum victuri, ni tetigisset, Illico nam Marco sexperiere dies.
L'aruspice Dîodore dît à Marcus, dont la maladie avait affaibli les forces, qu'il n'avait plus que six jours à vivre. Mais le médecin Alcon, plus puissant que les destins et les Dieux, convainquit sur-le-champ Diodore d'imposture : il tâta le pouls du malade, qui aurait vécu, si le médecin ne .l'avait pas touché, et dans un instant furent écoulés, pour Marcus, les six jours qu'on lui avait promis.
Ep. 72. — CONTRE ALCON, MÉDECIN
Alcon besterno signum Jovis attigit; ille, Quamvis marmoreus, vitn patitur medici.
Ecce hodie jussus transferri ex cède vetusta; Effertur (i) , quamvis sit Deus, atquè lapis,
Alcon toucha, hier, la statue de Jupiter, et tout marbre qu'il est, le Dieu a éprouvé la vertu du médecin. Voici qu'aujourd'hui on le tire de son vieux temple et qu'on l'emporte les pieds devant, quoiqu'il soit Dieu et qu'il soit en pierre.
aux médecins et les accusait d'avoir tué son ami, Estienne de la Boëtie, « qui, dit-il, valoit mieulx que touts tant qu'ils sont, » a cité l'cpigramme 72, avec éloge, dans ses Essais, liv. II, ch. XXXVII.
(1) Ausone joue ici sur le moi effertur : efferre signifie emporter et porter en terre
Ep. 73. — CONTRE EUNOME, MÉDECIN (l)
Languentem Cajum moriturum dixerat olini
Eunomiis, Évasit fait ope, non medici.
Paiilo post ipsum videt, auf videsse putavit
PaUentem, et multa mortis in effigie.
Quis tu? — Cajus, ait. — Vivisne ? Hic ahnuit . — At quid
Nunc agis hic? — Jussus Ditis, ait, venio.
Ut quia notitiam reriunque hoininumque tenerem,
Accirem medicos. Ennomus obriguit.
Tum Cajus : Mettias nihil, Eunome. Dico ego et omnes,
Nullum qui saperety dicere te medicum.
Eunome dit un jour que Cajus, son malade, ne pouvait pas en réchapper. Cependant il ne mourut pas de cette maladie, plutôt par le secours des Dieux que par celui du médecin. Peu de temps après, Eunome l'aperçut, ou crut le voir eh songe, pâle et semblable à un spectre : « Qui êtes-vous? s'écria-t-il. — Je suis Cajus. — Quoil vous vivez encore? — Non, sans doute. — Mais que venez- vous faire ici ? — Comme j*ai conservé la mémoire des choses et des hommes que j'avais connus dans ce monde, j'y suis venu par ordre de Pluton pour chercher les médecins. j> A ces mots, Euname se glaça de peur. Cajus lui dit alors : « Ne craignez rien; tout le monde assure comme moi qu'il n'est personne de prudent qui osât vous donner le nom de médecin. »
(i) Imitée de Babrius (voir la fable du Médecin ignorant, page 50}.