ÉRASME
DIALOGUES Dial. VIII. — Sur la mauvaise santé {1)'
George. — Etes- vous en bonne santé?
Le VIN. — Je souhaiterais pouvoir répondre affirmativement. Je ne me porte pas comme je voudrais; il s'en faut de beaucoup... Ne pouvant me porter suivant mon désir, je me porte comme je puis... Je ne me suis jamais si mal porté... Je
1) Traduction de Guedeville, lyau.
e porte comme font ceuK qui oni le mdheiir sous k domination de h monarchie hippocratique, et qui ont afTaire ;ivec ces messieurs les Tueurs autorisés et mercenaires, nommés vulgairement médecins...
George. — De quoi êtes- vous attaqué?
Qîi'est-ce qui vous fait mal?
Levin. ~~ Je n'eu sais rien ; ei c'est pourquoi mon mal est plus dangereux.
George. — Vous dites vrai ; car le premier s la santé, c'est de pénétrer la nature de À maladie, et suivant le proverbe, un mal bien t à dttni guéri. N'avez-vous point confite l'oracle î N'avezvQUs point appelé la mii- Jdedne à votre secours?
Levin. — Oh, pardonnez-moi I J'ai tant vu (demédeclns que je ne pourrais pas les compter. George. — Eh bien! que disent-ils?
Levin. — C'est à peu près la même manceuvre Iqne celle des avocats de Demiphon dans la I comédie de Térence : l'un dit c'est cela ; l'autre, non, ce n'est pas cela; et le troisième esc d'avis qu'il en soit délibéré plus mûrement. Ces docteurs ne sont d'accord que sur im point, c'est que is digne de compasàon.
George. — ... Mais pourquoi ne faites-voiis
X un médecin?
Levhj. — Je crains qu'au lieu d'ôter le mal, ji ne l'augmente; j'ai peur qu'il ne m'empoie plutôt que de me guérir.
George. — 11 faut donc en choisir un entre
les mains de qui vous puissiez vous remettre en toute assurance.
Levin. — Si j'en dois mourir, j'aime mieux partir une bonne fois, et tout d'un coup, que d'être tourmenté par tant de drogues.
George. — Faites donc en sorte d'être votre médecin vous-même, si vous ne voulez pas vous ûer à un homme qui se pique de posséder l'art de chasser les maladies, et de rendre la santé, je souhaite que le Tout -Puissant vous tienne lieu de médecin.