‹ Le mal qu'on a dit des médecins (volume 3)Chapitre 84 sur 106 · ÉRASME · texte numérisé non relu

ÉRASME

DIALOGUES DiaL VIII. — Sur la nuutvaise santé (l)-

George. — Etes-vous en bonne santé?

Le VIN. — Je souhaiterais pouvoir répondre affirmativement. Je ne me porte pas comme je voudrais; il s'en faut de beaucoup... Ne pouvant me porter suivant mon désir, je me porte comme je puis... Je ne me suis jamais si mal porté... Je

(z) Traduction de Guedeville, 1730.

me porte comme font ceux qui ont le malheur de vivre sous la domination de la monarchie hippocratique, et qui ont affaire avec ces messieurs les Tueurs autorisés et mercenaires, nommés vulgairement médecins...

George. — De quoi êtes- vous attaqué?

Qu'est-ce qui voysfait mal?

Levin. — Je n'en sais rien ; et c'est pourquoi mon mal est plus dangereux.

George. — Vous dites vrai : car le premier pas vers la santé, c'est de pénétrer la nature de la maladie, et suivant le proverbe, un mal bien connu est à demi guéri» N'avez-vous point consulté l'oracle ? N'avez-vous point appelé la médecine à votre secours?

Levin. — Oh, pardonnez-moi! J'ai tant vu de médecins que je ne pourrais pas les compter.

George. — Eh bien I que disent-ils ?

Levin. — C'est à peu près la même manœuvre que celle des avocats de Demiphon dans la comédie de Térence : l'un dit c'est cela ; l'autre, non, ce n'est pas cela; et le trobième est d'avis qu'il en soit délibéré plus mûrement. Ces docteurs ne sont d'accord que sur un point, c'est que je suis digne de compassion.

George. — ... Mais pourquoi ne faites-vous pas venir un médecin?

Levin. — Je crains qu'au lieu d'ôter le mal, il ne l'augmente ; j'ai peur qu'il ne m'empoisonne plutôt que de .me guérir.

George. — Il faut donc en choisir un entre

les mains de qui vous puissiez vous remettre en toute assurance.

Levin. — Si j'en dois mourir, j'aime mieux partir une bonne fois, et tout d'un coup, que d'être tourmenté par tant de drogues.

George. — Faites donc en sorte d'être votre médecin vous-même, si vous ne voulez pas vous fier à un homme qui se pique de posséder l'art de chasser les maladies, et de rendre la santé, je souhaite que le Tout -Puissant vous tienne lieu de médecin.

Page 1