‹ Le Mal qu'on a dit des médecinsChapitre 58 sur 116 · Scène VIII · texte numérisé non relu

Scène VIII

Sganarelle. — Je vous donne le bon jour.

Géronte. — Attendez un peu, s'il vous plaît.

Sganarelle. — Que voulez-vous faire ?

Géronte. — Vous donner de l'argent, monsieur.

SGANARELLE, tendant sa main par derrière, tandis que Gérante ouvre sa bourse» — Je n'en prendroi pas, monsieur.

Géronte. — Monsieur...

Sganarelle. — Point du tout.

Géronte. — Un petit moment.

Sganarelle. — En aucune façon.

Géronte. — De grâce !

(i) Critique des médecins qui, alors, abusaient de la saignée et de la purgation ; ils s'en servaient non seulement pour le présent, mais aussi pour la maladie d venir. C'est ainsi que Bouvard infligea a Louis XIII, en une seule année, deux cent quinze médecines, deux cent douze lavements et quarante-sept saignées, sans compter les drogues à l'usage interne.

Sganarelle. — Vous Géronte. — Voilà qui est fait.

Sganarëlle. — Je n'en feroi rien.

Géronte. — Hé !

Sganarelle. — - Ce n'est pas l'argent qa fait agir.

Géronte. — Je le

SGANARELLE, apra est-il de poids?

Géronte. — Oui, Sganarelle. — Je ne sais pas ua Mette-

Géronte. — Je le sais bien.

Sganarelle. — L'intérêt ne me gouve*"-*

Géronte. — Je n'ai pas cène pensée.

SGANARELLE, nul, regardant l'argent qu'il a r^f

— Ma foi, cela ne va pas mal (i)--- Adt III, Sein* I.

Léandre (âlguhè en apothicaire). Tout ce que )

souhaiterois seroit de savoir cinq ou six gran-3^ mots de médecine pour parer mon discours e*~ me donner l'air d'habile homme.

Sganarelle. — Allez, allez, tout cela nVs*

pas nécessaire, il suffit de l'habit : et je n'en sais pas plus que vous.

Lé andre. — Comment ?

Sganarelle. — Diable emporte, si j'entends rien en médecine ! Vous honnête homme, et je veux bien me confier à vous comme vous vous confiez à moi.

Léandre. — Quoi ! vous n'êtes pas effectivement...

Sganarelle. — Non, vous dis-je ; ils m'ont fait Médecin malgré mes dents. Je ne m'étois jamais mêlé d'être si savant que cela; et toutes mes éludes n'ont été que jusqu'en sixième. Je ne sais pas sur quoi cette imagination leur est venue; mais quand j'ai vu qu'à toute force ils vouloient que je fusse Médecin, je me suis résolu de l'être aux dépens de qui il appartiendra. Cependant vous ne sauriez croire comment l'erreur s'est répandue, et de quelle façon chacun est endiablé à me croire habile homme. On me vient chercher de tous côtés ; et, si les choses vont toujours de même, je suis d'avis de m'en tenir toute ma vie à la médecine. Je trouve que c'est le métier le meilleur de tous; car, soit qu'on fasse bien, ou soit qu'on fasse mal, on est toujours payé de même sorte. La méchante besogne ne retombe jamais sur notre dos, et nous taillons comme il nous plaît sur l'étoffe où nous travaillons. Un cordonnier en faisant des souliers ne sauroit gâter un morceau de cuir qu'il

n'en paie les pots cassés; mais ici on peut gâter un homme sans qu'il en coûte rien. Les bévues ne sont point pour nous, et c'est toujours la faute de celui qui meurt. Enfin le bon de cette profession est qu'il y a parmi les morts une honnêteté, une discrétion la plus grande du monde; et jamais on n'en voit se plaindre du Médecin qui l'a tué.

Léandre. — Il est vrai que les morts sont fort honnêtes gens sur cette matière.

SGANARELLE, voyant des hommes qui viennent à lui. — Voilà des gens qui ont la mine de me venir consulter. (A Léandre.) Allez toujours m'attendre auprès du logis de votre maîtresse.

Page 1