CINQUIÈME ET DERNIÈRE ENTRÉE DE BALLET
Pendant que le dernier chœur se chante, les Médecins, Us Chi* ' ~+ giens et les Apothicaires sortent tous, selon leur rang cérémonie, comme ils sont entrés.
LA JALOUSIE DU BARBOUILLÉ (i) Scène première.
Le Barbouillé. — ... Ma foi, je m'y sc*^ mépris. A cause qu'il est vêtu comme un VL^ decin, j'ai cru qu'il lui falloit parler d'argent.
LE MÉDECIN VOLANT (2) Scène H.
Valère. — C'est qu'il faut que tu contrefasses le Médecin...
(1) Cette farce et la suivante ont été attribuées à Molière. Il en fit d'autres, empruntées à la comédie italienne : Le Doc» teur pédant, lu Doctenr amoureux, Les trois Docteurs rivaux, dont il ne reste que les titres.
(2) Du temps de Molière, on représenta au moins sept pièces sous ce titre et dont le sujet était tiré d'une farce italienne, Arlichino medico volante. Le nombre même de ces pièces et leur ressemblance expliquent la faveur que le public accordait aux plaisanteries sur les médecins, et le soin de Molière a se conformer au goût de son siècle, en exploitant une mine si riche en succès. Toutes ces pièces sont calquées les unes sur
Sganarille. — Hé! mon Dieu, ne soyez pas en peine; je vous réponds que je feroi aussi bien mourir une personne qu'aucun Médecin qui soit dans la ville. On dit un proverbe, d'ordinaire : « Après la mort le Médecin i ; mais vous verrez que, si je m'en mêle, on dira : « Après le Médecin gare la mort ! »...
Gorgibus, père de hicilt. — Très-humble serviteur à monsieur le Médecin. Je vous envoie quérir pour voir ma fille qui est malade ; je mets toute mon espérance en vous.
Sganarelle. — Hippocrate dit. et Galien.
par vives raisons, persuade qu'une personne ne se porte pas bien quand elle est malade. Vous avez raison de meure votre espérance en moi ; car je suis le plus grand, le plus habile, le plus docte Médecin qui soit dans la Faculté végtitable, sensitive et minérale.
Gorgibus. — J'en suis fort ravi.
Sganarelle. — Ne vous imaginez pas que je sois un Médecin ordinaire, un Médecin du i. Tous les autres Médecins ne sont, à
comme on le ter» par 1« «iraiis que nom don-
mon égard, que des avortons de Médecins. J"* e des talents particuliers, j'ai des secrets. Sal^raalec, Salamalec. « Rodrigue as-tu du cœur ? — — Signor, si; sîgnor, non. Per omnia sacula sacvX<? rum. i Mais encore voyons un peu.
Sabine, amiine de LudU. — Eh ! ce n*( lui qui est malade, c'est sa fille.
Sganarelle. — Il n'importe ; le sang d ** père et de la fille ne sont qu'une même chose ; et par l'altération de celui du père, je puis con — noîrre la maladie de la fille. Monsieur Gorgibus» y auroit-il moyen de voir de l'urine de l'égro—
Gorgibus. — Oui-dà ; Sabine, vite allez quérir de l'urine de ma fille (Saihu sort.) Monsieur le Médecin, j'ai grand'peur qu'elle ne
Sganarelle. — Ah! qu'elle s'en garde bien !
il ne faut pas qu'elle s'amuse A se laisser mourir sans l'ordonnance du Médecin. (Sabine rente.) Voila de l'urine qui marque grande chaleur, grande inflammation dans les intestins, elle n'est pas tant mauvaise pourtant.
Gorgibus.— Eli quoi, Monsieur, vous l'avalezî Sganarelle. — Ne vous étonnez pas de cela : les Médecins d'ordinaire se contentent de la regarder; mais, moi qui suis un Médecin hors du commun, ju l'avale, parce qu'avec le goût je discerne mieux la cause et les suites de
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a. maladie; mais, à vous dire la vérité, il y en ■"^roit trop peu pour avoir un bon jugement : Lti'on la fasse encore pisser.
Sabine sort et revient. — J'ai bien eu de la >einc âla faire pisser.
Scanaxelle. — Que cela ! Voilà bien de 31101 ! Faites-la pisser copieusement, copieusement. Si toutes les malades pissent de la sorte, ïe veux être Médecin toute ma vie.
Sabine tort et revient. — Voilà tout ce qu'on jieut avoir; elle ne peut pas pisser davantage. Sganakelle. — Quoi ! monsieur Gorgibus, "votre fille ne pisse que des gouttes ? Voilà une pauvre pisseuse que votre fille; je vois bien qu'il faudra que je lui ordonne une potion pissatrice. N'y auroit-il pas moyen de voir la malade ?
Sabine. — Elle est levée ; si vous vouiez, je
Sganarelle. — Hé bien ! mademoiselle, vous êtes malade ?
Luctle. — Oui, monsieur.
Sganakelle. — Tant pis, c'est une marque que vous ne vous portez pas bien. Sentez-vous de grandes douleurs, à la tête, aux reins î
Lucile. — Oui, monsieur.
choses; et, ci la connexité, par exemple, o
C'est fort bien faiï. Oui, i chapitre qu'il a fait de lit... cent belles ne les humeurs qui ont de beaucoup de rapport; car, me la mélancolie est ennemie de la joie, et que la bile qui se répand par le corps nous fait devenir jaunes, et qu'il n'est rien plus contraire à la santé que la maladie, nous pouvons dire, avec ce grand liomme, que votre fille est fort malade. 11 faut que je vous fasse une ordonnance.
Gobgibus. — Vite une table, du papier, de
écrire?
Gorgibus. — Est-ce
Sganarelle. — Ah pas; j'ai
Y a-t-il quelqu'un qui sache
ît d'^lïjires dans la t<
— , que j'oublie la moitié... Je crois qu'il seroit nécessaire que votre fille prit un peu l'air, qu'elle se divertît à la campagne...
Sûtit nu.
L'Avocat. — Vous n'êtes pas de ces Médecins qui ne s'appliquent qu'a la médecine qu'oi appelle rationale ou dogmatique, et je crois que vous l'exercez tous les jours avec beaucoup
de succès, experienlia magislra muni. Les premiers hommes qui firent professioQ de la médecine furent tellement estimés d'avoir cette belle science, qu'on les mit au nombre des dieux pour les belles cures qu'ils faisoient tous les jours. Ce n'est pas qu'on doive mépriser un Médecin qui n'auroit pas rendu la santé à son malade, puisqu'elle ne dépend pas absolument de ses remèdes, ni de son savoir ; interdum doctd plus valet arte vmhim. Monsieur, j'ai peur de vous être importun : je prends congé de vous, dans l'espérance que j'ai qu'à la première vue j'auroi l'honneur de converser avec vous avec plus de loisir, vos heures vous sont précieuses. (L'avocat sort.)
Gorgibus. — Que vous semble de cet homme-là ?
Sganarelle. — Il sait quelque petite chose.
S'il fût demeuré tant soit peu davantage, je l'allais mettre sur une matière sublime et relevée. Cependant je prends congé de vous. (Gorgibus lui donne de l'argent.) Hé! que voulez-vous faire?
Gorgibus. — Je sais bien ce que je vous dois.
Sganarelle. — Vous moquez-vous, monsieur Gorgibus ? Je n'en prendrai pas, je ne suis pas un homme mercenaire. (// prend l'argent.) Votre très humble serviteur...