‹ Le mal qu'on adit des medecinsChapitre 205 sur 219 · COLOMBINE OU CLISTOREL · texte numérisé non relu

COLOMBINE OU CLISTOREL

D’être tous les deux je me pique,

Et mon sçavoir en l’un comme en l’autre est connu. Te perce les secrets de la nature à nu.

Par le tranchant de Æes acides Te sçais parfaitement aider le Digestif,

Rei dre les alkalis fervides.

Bien imprégnez et bien solides Par un prompt coagulatif.

Veut-on être traité par la pure Chymie?

Je sçais du plus fin des métaux,

Des perles et des minéraux.

Des pierres et des végétaux.

Des serpens et des animaux,

Des sels, des souffres et des eaux.

Tirer par le soufflet la quintessence amie. Veut-on du grand chemin suivre la prudhomie Soudain je vous guéris toutes sortes de maux Par frequente phlébotomie.

Et copieux servitiaux :

J’exerce la litotomie.

Je suis grec en anatomie,

J’ai les remedes purgatifs.

Les lenitifs, les vomitifs.

Nutritifs, et confortatifs,

Fermentatifs, fomentatifs,

Supuratifs, soporatifs,

Detersifs, dulcificatifs.

Attractifs, conglutinatifs,

Apéritifs, et restrictifs;

Les communs et les spargyriques.

Les spécifiques, les topiques.

Les sympatiques, les caustiques.

Diurétiques, émetiques.

Hépatiques et céphaliques;

Podagriques, paracelsiques,

Prolifiques, sudorifiques,

Fébrifuges et cordiaux,

Et pour les appliquer mes talens sont égaux Du malade inquiet j’épluche la manie,

Sur ce qu il veut je fais mon choix,

, ^ selon son génie.

Médecin, charlatan, ou tous deux à la fois Enfin de tout mon cœur Monsieur, je vous souhaite, Qu en bref vous efi ayez besoin Je vous etalerai ma doctrine parfaite, *

Et pour ceux que je traite Vous connoîtrez quel est mon soin.

RODOPE.

Eh bien, seigneur Esope, Avez-vous entendu de quel air Tvos yeux Sa doctrine se dévelope?

ESOPE

Au souhait près l’on ne peut rien de mieux. Quelqu habile que soit un gendre Si peu qu’un beau-père soit fin,

Il faut qu’il se garde de prendre Son heritier pour Médecin.

Dans une petite ordonnance,

Un qui pro quo fait tout exprès.

Vous trousse le beau-père avec sa confiance.

Et comme un postillon vous l’envoye ad patrec Ainsi ne croyez pas qu’en une maladie Je m expose .à la perfidie De qui peut par ma mort profiter de mon bien. Non parbleu, je n’en ferai rien.

I rendre un Médecin pour son gendre.

Passe encor, et 1 on peut en risquer le destin. Alais il faut être fou pour prendre Son gendre pour son Médecin.

ANTOINE BAUDERON DE SENECÉ (i)

LES TRAVAUX D’APOLLON Poème satirique.

Pour adoucir l’aigreur de son mortel ennui,

11 prend soin d’un enfant qu’il croyoit être à lui.

A la mère expirante il. arrache ce gage,

L’emporte et le confie aux nymphes d’un bocage.

Par elles chez Chiron secrètement conduit.

Le centaure fameux dans sa grotte l’instruit.

Croissez, jeune Esculape, et dans la solitude Méditez ce grand art digne de votre étude;

Cet art si respecté, dont le puissant secours Commande à la douleur et prolonge les jours.

Par vos nobles travaux à vous suivre excitée.

Une postérité nombreuse, accréditée.

Aux timides mortels imposera des lois.

Et pçur premiers sujets pourra compter les rois.

On aura foi pour tous. Le trop lent galénique,

Le chimique trop prompt, l’impudent spagirique. Auront chacun leur dupe, et, par divers chemins. Feront expérience aux frais des corps humains.

On verra constamment la crainte et la faiblesse Attacher à leur char l’honneur et la richesse :

De l’amour de la vie ardents à profiter,

Ils vendront cette mort qu’on cherche d’éviter;

Et quand ils quitteront vos fidèles maximes,

La terre dans son sein recèlera leurs crimes.

Déjà le demi-dieu, par son père inspiré,

Signaloit son savoir, des hommes adoré :

(i) Voir les épigrammes du même auteur, série, pages 103, 106, 109.

Déjà de ses secrets les merveilles hardiçs Eeleguoient aux enfers l’essaim des maladies;

Et toujours bienfaisant à la honte des Dieux,

Il deroboit la terre aux châtiments des cieux,

Q.uand, par une entreprise à son art interdite.

Pour complaire à Diane, il ranime Hippolyte;

Et forçant de fléchir l’inflexible destin.

Des griffes de la mort il ravit son butin.

Alors de l’Achéron le monarque barbare.

D’un coup de son trident entr’ouvre le Ténare,

Et sur un tourbillon de bitume et de poix.

Pousse au ciel obscurci sa foudroyante voix.

« Est-ce de ton aveu qu’on me fait cet outrage, Jupiter? N’es-tu pas content de’ ton partage?

Et cet audacieux, superbe de son art.

Vient-il me déclarer la guerre de ta part?...

Ah! si je le croyoisi... » La nature tremblante,

A ce cri menaçant, frissonne d’épouvante;

Jupiter, d’un souris, rassérénant les airs :

« Cesse de t’alarmer, dit-il, roi des enfers.

Pour un qu’ôte Esculape à ton empire sombre. Bientôt ses successeurs t’en enverront sans nombre. « Mais pour calmer l’esprit de son frère irrité,

Il lance un coup mortel au dieu de la santé.

L’atteinte en est certaine, et la brûlante foudre Prend à sa longue barbe et le réduit en poudre.

LE VIEU.X MÉDECIN

Le Médecin Nicodème, Fécond en assassinats;

A vLi depuis son baptême Près d’un centième carême; Ne vous en étonnez pas.

La boutique d’Hippocrate,

Le Baume, le Mitridate, L’Alkermès ou l’Opiate N’ont pas sauvé l’ignorant;

Mais la mort reconnaissante, A payé par cette attente Les services qu’il lui rend.

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