‹ Le mal qu'on adit des medecinsChapitre 219 sur 219 · Scène III · texte numérisé non relu

Scène III

Minos. — ... Il y avoit autrefois là haut un certain homme qui se' mêloit d’écrire, à ce qu’on dit; mais il s étoit rendu si difficile, que rien ne lui sembloit parfait... Il n’y eut pas jusqu’à la medecine même, qui n’eût part à sa censure; et ce fut une des choses qu’il toucha le plus souvent, et sut si bien réussir en cette matière, que pour peu qu’il l’eût traitée encore, il y auroit eu lieu de craindre pour les Médecins, qu’ils n’eussent accompli pour une seconde fois quelque petit bannissement de six cents années.

Pluton, assis dans son tribunal. — Cela nous auroit fait grand tort.

ScèTte XIII.

Molière. — Ah! voici de mes gens. Écoutons-les parler, et puis nous répondrons.

Pluton. — Messieurs, soyez les bien-venus, vous visitez un Prince qui vous honore fort; je sais toutes les obligations que je vous ai, et que dans ce vaste empire des morts vous pouvez vous vanter avec raison d’y avoir aussi bonne part que moi : aussi en revanche de vos bons et fidèles services, je ne prétends pas vous rien refuser. Demandez seulement.

Premier médecin. — Grand Monarque des morts, vous voyez ici la fleur de vos plus fidèles pensionnaires.

Deuxième médecin, hredomllant. — Jamais nous n’avons laissé échapper la moindre occasion de vous donner des marques de notre obéissance et fidélité.

Pluton. — J’en suis persuadé; l’opium, 1 émétique, et la saignée m’ont rendu témoignage que vous m’avez fidèlement servi.

Troisième médecin. — Nous avons fait notre devoir.

Pluton. — Beaucoup de gens sont venus ici de votre part, qui m’en ont assuré.

Quatrième médecin. — C’est avec plaisir que l’on sert un si grand monarque.

Pluton. — Je vous suis obligé, et j’ai bien

de la joie de vous voir. Ce n’est pas que vous ne m’eussiez été encore un peu nécessaires làhaut; et j’ai eu quelque chagrin quand les Par ques m’ont dit que vous veniez ici : mais je m’en suis néanmoins consolé, lorsque j’ai appris que vous aviez laissé de grands enfants qui savoient assez bien leur métier, et que même il étoit déjà venu ici quelques morts de leurs amis, qui en avoient fait une expérience fort raisonnable. Mais que souhaitez- vous de moi?

Troisième médecin. — Nous venons vous demander justice d’un téméraire, qui prétend traiter la médecine d’imposture et de charlatanerie.

Pluton. — C’est donc quelqu’un qui la connoit?

Quatrième médecin. — C’est une rage sans fondement, une simple avidité de tout satiriser, et une animosité envenimée par la seule envie d’écrire et de former des cabales contre nous.

Molière, à part. — Je vous confondrai dans peu, superbes imposteurs.

Troisième médecin. — Il s’est même déjà glissé jusque dans ces lieux une médisance secrette qui nous regarde. Tous les morts semblent se liguer contre nous; il leur échappe des satires piquantes, et des injures calomnieuses contre les Médecins, et nous venons ici, grand Monarque, vous remontrer humblement, de la part de notre illustre corps, de quelle importance

il est pour l’accroissement de votre empire, que vous réprimiez l’audace et l’insolence de tous ces morts.

Pluton. — On apprendra à vivre à ces morts-là. J’entends et je prétends qu’on vous regarde comme les plus fermes appuis de mon État. Mais qui sont ces morts-là qui ont l’impudence d’aller gâter votre métier? Nommez, nommez-les moi. J’en veux faire un bon exemple.

Quatrième médecin. — C’est un nombre infini de petits esprits qui se sont laissés em- ^ porter au torrent, et qui n’ont poussé leurs plaintes que comme les échos qui répètent les peines des autres sans les avoir senties. Mais c’est à l’auteur de nos maux que nous en voulons, c’est à celui qui, comme un nouveau Caton, s’est venu déchaîner contre nous, et qui après le mépris évident qu’il a fait de notre illustre corps, a poussé son audace encore jusqu’à nous tourner en ridicules, en nous mndant la fable et la risée du public. C’est cette Ombre, en un mot, cet insolent fléau de notre Faculté, dont nous vous demandons une vengeance authentique.

Pluton, à Molière. — Répondez.

Molière. — C’est donc à moi à qui vous en voulez, Messieurs? Vous demandez vengeance du mépris que j’ai fait de votre illustre corps : je vous ai tournés en ridicules, je vous ai rendus la fable et la risée du public. Hé bien, il faut

répondie, et tracer plus uaturellement vos traits, afin de vous bien faire connoitre. Pluton, je jure ici par le respect que je te dois, que ce n’est point contre ce grand art de la Médecine que je prétends me déchaîner. J’en adore l’étude, j en révère la judicieuse pratique, mais j’en abhorre et déteste le pernicieux et méchant Usage qu en font par leur négligence des fourbes Ignorants, que la seule robe fait appeler Médecins , et ce n est qu’à ceux qui abusent de ce nom que je vais répondre.

Pluton. Ah! voici une conversation raisonnable, celle-ci.

Molière. -- Imposteurs! Qui peut mieux prouver votre ignorance, et l’incertitude de vos projets, que vos contrariétés perpétuelles’ Vous trouvez-vous jamais d’accord ensemble? Et jusqu à vos moindres Ordonnances, a-t-on jamais vu un Médecin suivre celle de l’autre, sans y ajouter ou diminuer quelque chose? Quant a leurs opinions, elles sont encore plus différentes que leurs pratiques. Les uns disent que la cause des maux est dans les humeurs; les autres dans le sang. Quelques-uns, par un pompeux galimat uas, 1 imputent aux atomes invisibles, qui entrent par les pores. Celui-ci soutient que les maladies viennent du défaut des forces corpolelies ; celui-là, qu’elles procèdent de l’inégalité des cléments du corps, et de la qualité de l’air que nous respirons, ou de l’abondance, crudité

et corruption de nos aliments. Ah! que cette diversité d’opinions marque bien l içiorance des Médecins; mais encore plus la faiblesse ou a témérité des malades qui s’abandonnent aux agitations de tant de vents contraires !

Pluton, aux Médecins. — Messieurs, hé:' Molière. - Ce qu’ils ont de plus unanime dans leur école, et où ils s’entendent le mieux, c’en que tous, tant qu’ils sont, nous assurent que dans la composition d’une médeciiie, une chose purge le cerveau, celle-ci échauffe 1 estomac, œlltlà rafraîchit le foie; et font partir un breuvage à bride abattue, comme si dans ce melang chaque remède portoit son étiquette, et que tous n’allassent pas ensemble séjourner au mem lieu. Il faut que ces Messieurs soien bien assure

de l’obéissance, et de la sagesse e

aues ; car enfin, si par mégarde, 1 une allô t

prendre le chemin de l’autre, et ,<1^^

qui doit être échauffée vint par ^ ^

Refroidie, voyez un peu où le pauvre malade

seroit.

Pluton. — Messieurs, he?

Molière. - Mais quoi, les imposteurs abusant de l’occasion, usurpent .

autorité tyrannique sur de

blies et abattues par le mal, et pa la mort. Ils prennent si bien leu

nos faiblesses, que eff^onté-

ce dangereux moment, ils

nient aux dépens de nos vies toutes les épreuves que leur suggèrent leurs ambitieuses imaginations. Les scélérats osent tout tenter, sur cette confiance que le soleil éclairera leurs succès et que la terre couvrira leurs fautes.

Pluton. — Messieurs, hé?

Molière. — Il me souvient ici, avec quelque douleur, de la faiblesse d’un de mes amis, qui s’étoit sottement confié, par leurs noires séductions, à l’expérience d’un remède. Deux heures après l’avoir pris, le Médecin qui l’a voit ordonné lui en vint demander l’effet, et comme il s’en étoit trouvé (i). J’ai fort ’sué, lui répondit le malade. Cela est bon, dit le Médecin. Trois heures ensuite il lui vint demander comment il s’étoit porté depuis. J’ai senti, dit le patient, un froid extrême, et j’ai fort tremblé. Cela est bon, poursuivit le charlatan. Et sur le soir, pour la quatrième fois, il revint s’informer encore de l’état où il se trouvoit. Je me sens, dit le malade, enfler par tout comme d’hydropisie. Tout cela est bien, répondit le bourreau. Le lendemain j’allai voir ce pau\re malade, et lui ayant demandé en quel état il étoit : Hélas! Mon cher ami, dit-il, en rendant le dernier soupir, à force d’être bien, je sens que je meurs. Ah! m écriai-je alors tout percé de douleur, qu’heu-

(i) Voir la fable d Ésope, le hlaïade et It Médeciv, iraJuite par Motuaigne, i*"® série, page 4.

reux sont les animaux que la simple nature fait guérir sans le secours de leurs consultations! Que l’être brutal seroit à souhaiter quand on devient malade! Mais aussi qu’il seroit à craindre, s’il se trouvoit autant de Médecins parmi les bêtes, que de bêtes parmi les Médecins.

Pluton. — Messieurs?

Molière. — Qu’ils se plaignent maintenant de moi, et que ton équité, grand Monarque, paraisse dans tes jugements!

TABLE DES MATIÈRES

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TABLE DES MATIÈRES

Pages.

Introduction

Fabliaux du xiiF siècle. — Lai d’Hippocrate .

Froissard (1527-1410)

Olivier Basselin (xv= siècle)

Anonyme. — La farce de maistre Palbeli

(vers 1400)

Philippe de Commines (1447-1509) . • •

Clément Marot (i49>*^544)

Anonyme. — La grande danse macabre (i486)

Rabelais (1494-1551)

Noël du Fail (xvP siècle)

Bernard de Palissy (i6io-i59^)'

Anonyme. — Le médecin conrtiian (xvC siècle

Ronsard ' ’

Guillaume Bouchet, sieur de Brocourt (1526-

Kstienne Henri (1528-1598).

Pasquicr Estienne (1529-1615) .

-Montaigne (1533-1592)

Brantôme (1540-1614).

Le cardinal Duperron (1556-1618).

Béroalde de Verville (1558-1612).

Descartes (1596-1650).

Bertrand Hardouin de Saint-Jacques, dit Guillot

Gorjut (1598-1648)

Dulaurier, dit Bruscambille (xvii= siècle).' Adam Billaut (xvii' siècle)

Sarrasin (1603-1654)

De Cailly (1604-1673)

Charles Coypeau, sieur d’Assoucy (1605-1679) Scarrou (16:0-1660) .... ' ^

-\nonyme. JJtie consultation au xvii' siècle Matthieu de Montreuil (1611-1691).

Benserade (1613-1691)

•Ménage (1613-1692)

Sorbière (1615-1670) ......

Chevreau (1615-1741)

Hauteroche (1617-1707)

Koger de Rabutin (1618-1693)

Tallemant des Réaux (1619-1692)

Cyrano de Bergerac (1620-1650)

Jacques Laguiet (1620-1672)

La Fontaine (1621-1695)

Molière (1622-1673)

Ëpigrammes contre xMolière Pascal (1623-1662)

Pages.

Pages.

Pellisson (1624-1693) 288

Tabarin (xvii« siècle) 288

Madame de Sévigné (1626-1696) 297

Regnier-Desmarais (1652-1713) 307

Boudier René (1634-1723) 3°9

Boileau (1636-1711)

Boursault (1638-1701) 3^5

Brueys (1640-1723) 5^6

Delorme (né vers 1642) 5^b

Le Noble Eustache (1643-1711) 3-9

Antoine Bauderon de Senecé (1643-1737) • • 333

La Bruyère (1645-1696) • 335

Bernier Jean (1647-1698) 3 39

Dufresny Charles Rivière (1648-1724). . . • 342

Pierre de Villiers (1648-1728) 347

Anonyme. — Raillerie universelle (1649). • • 34^

Palaprat (Jean), sieur de Bigot (1650-1721). . 349

Baraton (1650-1720)

Cinthio (xviie siècle) 3 5 5

Marcoureau de Brécourt (mort en 1685). • • 35 5

Paris. — Typ. CIi. Unsikger, 83, rue du Bac.

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