‹ Le mal qu'on adit des medecinsChapitre 3 sur 219 · LA VIEILLE ET LE MÉDECIN · texte numérisé non relu

LA VIEILLE ET LE MÉDECIN

Une vieille avait mal aux yeux; elle fait appeler le médecin. Prix convenu, celui-ci se rend à domicile. Il frotte d’onguent les yeux malades, et, à chaque visite, pendant que la vieille reste sans voir, enlève les ustensiles de ménage l’un après l’autre. Le tout parti et la malade guérie, il deniande son salaire. La vieille refuse; le médecin la traîne devant le magistrat : « J’avais bien promis, dit la vieille, de le payer s’il me guérissait la vue; mais mon mal n’a fait qu’empirer; auparavant, je voyais mon

mobilier ; aujourd’hui, cela m’est impossible. » C’est ainsi que les malhonnêtes gens, par leur avidité, amassent, sans s’en douter, des preuves contre eux-mêmes.

LE MALADE ET LE MÉDECIN (l)

Aesope, aucteur de tresrare excellence, et duquel peu de gents descouvrent toutes les grâces, est plaisant à nous représenter cette auctorité tyrannique qu’ils usurpent sur ces pauvres âmes affoiblies et abattues par le mal et la crainte ; car il conte qu’un malade estant interrogé par son médecin quelle operation il sentoit des médicaments qu il luy avoit donnez . « J’ay fort sué », respondict-il. « Cela est bon! » dict le médecm. Une aultre fois il luy demanda encores comme il s’estoit porté depuis ; « J ay eu un froid extrême, feït-il, et si ay fort tremblé. » « Cela est bon 1 » suyvit le médecin. A la troisiesme fois, il luy demanda derechef comment il se portoit i w Je me sens, dict-il, enfler et bouffir comme d’hydropisk. » « Voylà qui va bien ! » adjousta le médecin. L’un de de ses domestiques venant, après, à s enquérir â luy de son estât ; « Certes, mon aniy, respond il, à force de bien estre, je me meurs. »

[ï) Montaigne, Essais, liv. II, chap. xxxvii.

LES DEUX MÉDECINS ET LE MAI.ADE (l)

Un de ces médecins qui font tant de visites,

Au malade gisant, disait toujours : Tant mieux;

Et le malade, fait à ce style ennuyeux,

Disait : Mes héritiers pensent comme vous dites.

Un malade rendait compte à deux médecins qui le visitaient, des différents symptômes de son mal. A chaque chose qu’il exposait, l’un des docteurs répondait toujours : Tant mieux; et l’autre toujours : Tant pis. Le malade étant entendu, nos deux médecins opinèrent sur la maladie, et le sentiment de l’un fut tout opposé à celui de l’autre. L’embarras pour le moribond fut de choisir. Le choix était des plus difficiles. Les deux ayi^étaient soutenus de part et d’autre avec opiniâtreté, et ne manquaient pas de rai- • sons, sinon solides, au moins très spécieuses, d’ailleurs bien énoncées. Parmi ces contrariétés, le malade suait et ne savait quel parti prendre. A la fin pourtant il prit au hasard, et s’en tint à l’avis du médecin Tant pis ; puis il suivit exactement l’ordonnance du docteur, prit ses remèdes et mourut.

Les médecins tiraient deux avantages de sa mort ; Tant pis disait qu’il l’avait bien prévu.

(i) Les deux fables qui suivent sont extraites d’un volume ntitulé : Les Fables d’Esope, mises en français avec les quatrains de Denserade (Rouen, an XII).

tandis que Tant mieux publiait qu infailliblement le malade serait sorti d affaire, s il n eût pas voulu se gouverner à sa tête.

Malades, profitez d’un avis salutaire :

Prétendez-vous guérir ? que Tant ni. eux, ni f^ut pis N’entrent jamais chez vous. C’est du sage Molière, Qui bien les connaissait, que je tiens cet avis.

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