‹ Le mal qu'on adit des medecinsChapitre 5 sur 219 · SENTENCE · texte numérisé non relu

SENTENCE

Si l’on en excepte les médecins, il n’y a rien de plus sot que les grammairiens (2).

LETTRE d’HÉRACLITE HYDROITQUE A AMPHIDAMAS

Grande consultation de médecins, mon cher Amphidamas, et sans trop de retard; ils n’entendent rien ni à la médecine, ni à la

( I ) Voir plus loin le récit de la mort de ce philosophe par Diogène Laerce.

{2; Athénée a reproduit cette sentence dans ses écrits.

nature. L’un voulait une chose, l’autre une autre; tous sont des ignorants. Mon^corps était enflé comme une outre ; ils n’ont rien fait que le détendre un peu en le touchant. Certains voulaient m’administrer un remède; j’ai refusé. Je leur ai demandé la cause de mon mal; ils ne m’ont pas répondu. Me traiter, eux, non pas ; c’est moi qui les ai traités : « Et comment, leur ai-je dit, pourriez-vous être artistes sur la flûte, si vous vous laissez battre par quelqu’un qui n’est pas du métier? Je me traiterai moimême; je ne consens à me fier à vous que si vous me dites par quel moyen on peut changer l’humidité en sécheresse.» Personne ne comprenant, ils se taisaient tous, doutant de leur propre science. Je compris bien que leurs autres malades avaient été guéris non par eux, mais bien par le hasard. C’est une impiété, Amphidamas, que de mentir en déclarant que l’on possède une science que l’on n’a pas, que de tuer des hommes sous prétexte d’art, que de diffamer ainsi et l’art et la nature. Se vanter de son ignorance, c’est une honte assurément; mais se vanter de posséder une science que l’on n’a pas est plus honteux encore. Et pourquoi se plaire ainsi au mensonge? Pour acquérir déloyalement de l’argent ? Ils feraient mieux, s’ils mendiaient ouvertement. Peut-être aurait-on pitié d’eux. Maintenant on les maudit, comme des êtres dangereux, comme des menteurs... Parmi eux, pas un médecin, rien que des imposteurs, des

charlatans qui vendent leurs sophismes à prix d’or. Le divin Héracléodore, mon ami, ils 1 ont tué et se sont fait ensuite payer ; et ils n’ont pu me rendre compte de mon mal, me dire comment l’humidité se change en sécheresse...

PINDARE (520-440) (i)

PYTHIQUES. — Ode

... Mais l’appât du gain est un écueil pour le sage même. Séduit par une riche récompense (2), par l’attrait de l’or offert devant ses

(1) Ce poète mourut à quatre-vingt-six ans, un jour qu’il assistait aux exercices du gymnase. Il s’éteignit doucement, penché sur les genoux du jeune Théoxènes, son disciple. Chapelle avait oublié sans doute cette mort paisible, lorsqu’à la suite d’un repas copieux, fait en compagnie de Bachaumont, il répondait à sa servante, étonnée de les voir tous deux en larmes : « Hélas ! nous pleurons le fameux poète Pindare que d’ignorants médecins ont assassiné à la fleur de l’âge! »

(2) Platon reproche à Pindare, dans sa République, d’accuser le fils d’Apollon de recevoir un salaire pour rendre la vie à un mort et de faire punir son avarice par Jupiter. 11 est, en effet, plus logique d’admettre, avec la plupart des auteurs, que le roi de l’Olympe agit seulement à la sollicitation de Pluton, inquiet du préjudice porté à son empire par l’habileté d’Esculape. Le fait est que, depuis ce châtiment exemplaire, jamais aucun mé-

yeux, Hsculape ressuscita un mortel (i) déjà expiré : soudain Jupiter lança sur eux ses traits enflammés, tous deux furent percés, et la foudre brûlante leur apporta la mort.

Mortel, apprends à te connaître : que tes désirs

decin ne s’est exposé à ressusciter les morts. Voici commen Sénecé raconte cette fiction dans ses Travaux d’Apollon :

Pour complaire à Diane, il ranime Hippolyte;

Et forçant de fléchir l’inflexible destin,

Des griffes de la mort il ravit son butin.

Alors de l’Achéron le monarque barbare,

D’un coup de son trident entr’ouvre le Ténare,

Et sur un tourbillon de bitume et de poix,

Pousse au ciel obscurci sa foudroyante voix.

« Est-ce de ton aveu qu’on me fait cet outrage,

Jupiter? N’es-tu pas content de ton partage?

Et cet audacieux, superbe de son art,

Vient -il me déclarer la guerre de ta part?...

Ah! si je le croyais!... » La nature tremblante,

A ce cri menaçant, frissonne d’épouvante ; jupiter, d’un souris, rassérénant les airs :

« Cesse de t’alarmer, dit-il, roi des enfers.

Pour un qu’ôte Esculape à ton empire sombre,

Bientôt ses successeurs t’en enverront sans nombre. »

Mais pour calmer l’esprit de son frère irrité.

Il lance un coup mortel au dieu de la santé, l.’atteinte en est certaine, et la brûlante foudre Prend à sa longue barbe et le réduit en poudre.

La version de Virgile, tirée de l’Enéide, est moins malicieuse :

L’art puissant de Péan le rendit à la vie.

Jupiter, indigné que cet art criminel Osât aux lois du sort arracher un mortel.

En plongea l’inventeur dans ce meme Cocyte Dont le fils d’Apollon affranchit Hippolyte.

(i) Lucien veut que ce soit Tindare, d’autres disent Capaitée ou Glaucus ; Virgile, comme nous venons de le voir, nomme Hippolyte.

soient d’un liômme, qu’ils soient conformes à tes destins.

ARISTOPHANE (V° siècle) (i)

PLUT us. — Comédie.

Blhpsidème. — Ne faut-il pas aller chercher un médecin ?

Chrémyle. — Des médecins à Athènes ! Il n’y a pas d’art sans salaire (2).

Blepsidème. — Cherchons bien.

Chrémyle. — 11 n’en existe pas un seul.

Blepsidème, — Le fait est que je n’en connais pas.

Chrémyle. — Mais j’ai bien réfléchi à la

(i) Les médecins furent plus d’une fois raillés dans la Comédie grecque. Antiphane, et apres lui Philetœrus, semblent avoir représenté une sorte de Sganarelle dans leur Hsculnpe, Le même Antipliane, Arlstophon, Philémon, avaient composé des pièces intitulées : lalros ou le Médcciti ; et d’après un fragment de son Médecin, Théophile parait avoir mis au théâtre quelque praticien semblable à celui que Cervantes attache à Sancho Pança, gouverneur de Barataria.

(2} A Athènes, les médecins ne recevaient qu’un très modique salaire ; aussi les plus habiles exerçaient-ils leur art dans d’autres cités.

chose, et le mieux est de faire coucher Plutus dans le temple d’Esculape (i).

La femme de Chrémyle. — Et le dieu ne venait pas.

Carion. — Il ne tarda guère, et quand il fut près de nous, oh! la bonne farce! mon ventre tout ballonné lança un pet des plus sonores.

La femme. — Le dieu sans doute fit la grimace?

Carion. — Non, mais laso (2) qui l’accompagnait rougit un peu, et Panacée (3) se détourna en se bouchant le nez ; car mes pets ne sentent pas la rose.

La femme. — Et le dieu ?

Carion. — Il n’y fit pas la moindre attention.

La femme. — C’est donc un dieu bien grossier?

Carion. — Je ne dis pas cela, mais il a l’habitude de déguster les excréments (4).

(1) Les malades étaient amenés dans le temple d’Esculape et y passaient la nuit ; on croyait que le dieu les visitait sans être vu, à la faveur des ténèbres, et préparait leur retour à la santé.

(2) laso (de ittTOtti, guérir), fille d’Esculape, déesse de la guérison chez les Grecs.

(3) Panacée (de iràv, tout, et «xeTcOat, guérir), autre fille d’Esculape.

(4) Aristophane appelle Esculape rr/axosaYoi;. Le

Scholiaste explique ainsi ce mot : « C’est, dit-il, que les médecins se font payer pour examiner les déjections du corps et

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