VAVASSEUR (I
ÉPIGRAMME (2
Vavassor Burddoto ardelioni (3).
Fama est ignaro quondam Jove, nomina multa,
Et sumsisse sibi munera multa Deos. ■
Se trino imprimis jactahat stemmate Phœhns,
Nam Medicus, vates, et cithamdus erat.
« Ah/ nimium est, inquit Superum Pater : eligat uniim De tribus, una uni sufficit ara Deo. »
(1) Voir l’Épigramme imitée de Nicarque, page 37.
(2) « Dans le temps, dit Ménage, qu’on travaillait, en Holandé, à l’édition in-folio de toutes les oeuvres du P. Vavasseur, j’envoyai à l’imprimeur cette épigramme attribuée à ce Père contre l’abbé Bourdelot, avec la réponse que j’y avais faite autrefois sous le nom et à la prière de l’abbé. »
(3) Le docteur Pierre Bourdelot pinçait fort bien delà guitare. « Christine de Suède, raconte un de ses biographes, étant tombée malade, Saumaise, qui se trouvait auprès d elle le recommanda à cette reine, qui le fit venir en Suède vers 1651. Son premier soin fut de faire renoncer la reine à toute espece d’étude, et pour ridiculiser à ses yeux la manie de 1 érudition, il l’engagea à faire chanter et danser devant elle ses confrères Meibomius et hlaudé, qui avaient écrit, l’un sur la musique, et
Ohtyrctare nefas ; sed quid retineret Apollo
Dudum animi pcndens hasit, et haret ad hue Burdelote, eadem sors est tua, non labor idem Nempej triuni superest optio nulla tibi. \egligeris Medicus, vates contemneris ; ergo Vel tiullus posthac, vel citharœdus eris.
Vavasseiir a Bourdelot, homme qui se mêle de tout.
Ou raconte qu’à l’insu de Jupiter, les Dieux avaient pris autrefois des noms et des privilèges en abondance. Phœbus, en particulier, portait à fa fois trois couronnes : celles de Médecin, de devin et de joueur de cithare. « Ah! c’est trop, dit le Père des Dieux; qu’il choisisse une des trois : un Dieu doit se contenter d un seul autel. » La médisance est impie; mais Apollon hésita longtemps sur le choix à faire et d hésite encore. Bourdelot, ton sort est le même, mais tu n’.-is pas la même peine, il ne te reste plus le choix : médecin, on t’abandonne; devin, on te méprise; donc^ désormais, tu ne seras rien ou tu ne seras qu’un joueur de cythare.
autre, sur la danse des anciens. Le moyen réussit; la reine se livra au conseil de son agréable ignorant, comme elle le disait clle-meme. » A la suite d’intrigues de cour, Bourdelot fut obligé de revenir en France où il obtint l’abbaye de Massay; il prit alors le titre d’abbé, sous lequel il est généralement connu . « Ce ut lui, d après Touchard-Lafosse, qui favorisa le libertinap de la princesse Christine en lui enseignant le secret d’en prévenir les suites. Elle lui donna plus de cent mille écus et lui obtint un bénéfice en France. Plus les services rendus aux grands sont honteu.x, plus ils se croient forces d’rn élever la récompense. »
Bourdelot à Vavasseur l'énergumène.
Non Medici, non me vatis jam nomine jaclo.
Sum fidicen : laus hcec siifficil una mihî.
Hanccine, quam coluit David, ego deprecer ariem 1 His furias ciihara flectere doctus erat.
Ærnulus hinc, mala te quoties vexahit Erinnys, Admolam propius sollicitabo chelyn.
Sanarunt agrum Davidica pleclra Saülem.
Forte mea fies tu quoqne sanus ope.
Je n’ai besoin ni du nom de Médecin, ni de celui de devin. Je suis joueur de cythare et ce mérite me suffit bien. Pourquoi repousserais-je cet art qu’a pratiqué David? Il savait apaiser les furies par sa musique. Je veux être son émule, et chaque fois que l’impitoyable Érinnys te tourmentera, je m’approcherai de toi pour te calmer de ma lyre. L’instrument de David a guéri Saül malade : peut-être mon talent te rendrat-il aussi la santé.