TOINETTE, ARGAN
Toi. (en entrant dans la chambre). On y va.
ARG. Ah, chienne! ah, carogne . . .!
Toin. (faisant semblant de s'être cogné la tête) Diantre soit fait de votre impatience | vous pressez si fort les personnes, que je me suis donné
n grand coup de la tête contre la fie d’un RE LA Hood
ARG. (en colère). Ah, traitresse! . ..
Toi. (pour linterrompre et l'empêcher de crier, se plaint toujours en disant). Ha!
ARG. Ilya...
Ton. Ha!
ARG. Il y a une heure...
Ton. Ha!
ARG. Tu m'as laissé . ..
Ton. Hal! nn
ARG. Tais-toi donc, die, que je te querelle.
Torx. Camon, ma foi! j'en suis d'avis, après ce que je me suis fait. PPT
Arc. Tu’m'as fait ‘égosiller, carogne.
Toin. Et vous m'avez fait, vous, casser la
tête: l’un vaut bien l’autre; quitte à quitte, si vous voulez.
ARG. Quoi? coquine . ..
Ton. Si vous querellez, je plewrerai.
ARG. Me laisser, traitresse . . .
Torn. (toujours pour linterrompre). Ha!
ARG. Chienne, tu veux . . .
Ton. Hal!
ARG. Quoi? il faudra encore que je n’aye pas le plaisir de la quereller.
Toi. Querellez tout votre soùl, je le veux bien.
ARG. Tu m'en empêches, chienne, en m'interrompant à tous coups.
Torn. Si vous avez le plaisir de quereller, il faut bien que, de mon côté, j'aye le plaisir de pleurer : chacun le sien, ce n’est pas trop. Ha!
ARG. Allons, il faut en passer par là. Ôtemoi ceci, coquine, Ôte-moi ceci. (Argan se lève de sa chaise). Mon lavement d’aujourd’hui, a-t-il bien opéré ?
Ton. Votre lavement ?
ArG. Oui. Ai-je bien fait de la bile?
Ton. Ma foil je ne me méle point de ces affaires-là : c’est à Monsieur Fleurant à y mettre le nez, puisqu'il en a le profit.
ARG. Qu'on ait soin de me tenir un bouillon prêt, pour l’autre que je dois tantôt prendre.
Ton. Ce Monsieur Fleurant-là et ce Monsieur Purgon s’égayent bien sur votre corps; ils ont en vous une bonne vache à lait; et je vou-
drois bien leur demander quel mal vous avez, pour vous faire tant de remèdes.
ARG. Taisez-vous, ignorante, ce n’est pas à vous à contrôler les ordonnances de la médecine. Qu'on me fasse venir ma fille Angélique, j'ai à lui dire quelque chose.
Ton. La voici qui vient d’elle-même: elle a deviné votre pensée.