CLÉANTE, ANGÉLIQUE, ARGAN, TOINETTE, BÉRALDE
CLÉANTLE
Qu'avez-vous donc, belle Angélique? et quel malheur pleurez-vous?
ANGÉLIQUE
Hélas! je pleure tout ce que dans la vie je pouvais
perdre de plus cher et de plus précieux : je pleure la mort de mon père.
CLÉANTE
O ciell quel accident! quel coup inopiné! Hélas!
\ ., . . , après la demande que j'avais conjuré votre oncle de lui faire pour moi, je vénais me présenter à lui, et tâcher, par
mes réspeêts et par mes prières, de disposer son cœur À vous accorder à mes vœux.
ANGÉLIQUE
Ah! Cléante, ne parlons plus de rien. Laissons là toutes les pensées du . mariage. Après la perte de mon père, je meveux plus être du monde, et À n renonce pour jamais. Oui, mon pére, si j'ai résisté tantôt à vos volontés, je veux suivre du moins une de vos intentions, et réparer par là le chagrin que je m'accuse de vous avoir donné. Souffrez, mon père, que je vous en donne ici ma parole, et que je vous embrasse pour vous témoigner mon ressentiment.
ARGAN se lève.
Ah! ma fille!
ANGÉLIQUE, épouvantée.
Abhi!
ARGAN Viens. N'aie point de peur, je ne suis pas mort. Va, tu es mon vrai sang, ma véritable fille; et je suis ravi d’avoir vu ton bon naturel.
ANGÉLIQUE Ah! Quelle surprise agréable! Mon père, puisque, par
un bonheur Cxtiouie. le ciel VOUS redonne 4 Dies tu, souffrez qu'ici je me jette à vos pieds, pour vous supplier d’une chose. Si vous n'êtes pas favorable au penchant de mon cœur, si vous me refusez Cléante pour époux, je vous conjure au moins de ne me point forcer d’en épouser un autre. C’est toute la grâce que je vous demande.
CLÉAN TE se jette à genoux.
Eh! monsieur, laissez-vous toucher à ses prières et aux
LT
miennes, et ne vous montrez point contraire aux mutuels empressements d’une si belle inclination.
BÉRALDE Mon frère, pouvez-vous tenir là contre ?
TOEINEEPE
Monsieur, serez-vous insensible à tant d'amour?
ARGAN
Qu'il se fasse médecin, je consens au mariage. Oui, faites-vous médecin, je vous donne ma fille.
CLÉANTE
Très volontiers, monsieur. S'il ne tient qu’à cela pour être votre gendre, je me ferai médecin, apothicaire même, si vous voulez. Ce n’est pas une affaire que cela, et je ferais bien d’autres choses pour obtenir la belle Angélique.
BÉRALDE
Mais, mon frère, il me vient une pensée. Faites-vous médecin vous-même. La commodité sera encore plus grande, d’avoir en vous tout ce qu’il vous faut.
TOINETTE
Cela est vrai. Voilà le vrai moyen de vous guérir bientôt; et il n’y a point de maladie si osée que de se jouer à la personne d’un médecin.
Pre
ARGAN
Je pense, mon frère, que vous vous moquez de moi. Est-ce que je suis en âge d'étudier?
BÉRALDE
Bon, étudier! Vous êtes assez savant; et il y en a beaucoup parmi eux qui ne sont pas plus habiles que vous.
ARGAN
Mais il faut savoir bien pee latin, connaître les maladies et les remèdes qu’il y faut faire.
BÉRALDE
En recevant la robe et le bonnet de médecin, vous apprendrez tout cela; et vous serez après plus habile que vous ne voudrez.
ARGAN
Quoi! l’on sait discourir sur les maladies quand on à cet habit-là ?
BÉRALDE
Oui. L'on n'a qu'a parler avec une robe et un bonnet, tout galimatias devient savant, et toute sottise devient raison.
POLN ENTRE
Tenez, monsieur, quand il n’y aurait que votre barbe, c’est déjà beaucoup; et la barbe fait plus de la moitié d’un médecin.
CLÉANTE
En tout cas, je suis prêt à tout.
BÉRALDE Voulez-vous que l'affaire se fasse tout à l'heure?
ARGAN Comment, tout à l'heure?
BÉRALDE
Oui, et dans votre maison.
ARGAN Dans ma maison?
BÉRALDE Oui. Je connais une Faculté de mes amies, qui viendra tout à l'heure en faire la cérémonie dans votre salle. Cela ne vous coûtera rien.
ARGAN Mais moi, que dire? que répondre ?
BÉRALDE On vous instruira en deux mots, et l’on vous donnera
par écrit ce que vous devez dire. Allez-vous-en vous mettre en habit décent. Je vais les envoyer querir.
ARGAN Allons, voyons cela.
CLÉANTE
Que voulez-vous dire ? et qu’entendez-vous avec cette Faculté de vos amies?
PORN CITÉE Quel est votre dessein ?
BÉRALDE De vous divertir un peu ce soir. Les comédiens ont fait un petit intermède de la réception d’un médecin, avec des danses et de la musique; je yeux que nous en prenions ensemble le divertissement, et que mon frère y fasse le premier personnage.
ANGÉLIQUE
Mais, mon oncle, il me semble que vous vous jouez un peu beaucoup de mon père.
BÉRALDE
Mais, ma nièce, ce n’est pas tant le; jouer que s’'accom-
moder à ses Done Tout ceci n’est qu'entre nous. Nous
ÿ pouvons aussi prendre chacun un personnage, et nous
donner ainsi la comédie les uns aux autres. Le carnaval autorise cela. Allons vite préparer toutes choses.
CLÉANTE, à Angdlique.
Ÿ consentez-vous ?
Oui, puisque mon oncle nous conduit.
TROISIÈME INTERMÉDE
C’est une cérémonie burlesque d'un homme qu’on fait médecin, en récit, chant et danse.