L'Enseignement secondaire du 15 avril
incompétentes, il y avait mieux à faire que d'échanger, dans des conversations privées, des épigrammes dans le tour d'Horace et des consolations à la manière de Séoèque- Ils ont compris que le classique Suave mari magno est preuve d'imprévoyance, car nul n'est à l'abri du naufrage, et la mesure imméritée qui frappe l'un de nous atteint la dignité même et la sécurité de la corporation tout entière... La solidarité active de collaborateurs libres, voilà le principe qui, pour la première fois, revêt une forme vivante '.
Ces déclarations sont datées du 15 avril 1896, pou de temps après la manifestation de Bordeaux. Elles indiquent assez l'« état d'àme » de T Université sous M. Combes. Peu s'en fallut que ces désirs, fort respectables, de solidarité et d'entente cordiale n'aboutissent à la formation d'un « syndicat », dont la direction aurait été prise, inévitablement, par la moins bonne partie du personnel universitaire. Les professeurs ont compris qu'ils avaient mieux à faire que de suivre l'exemple des maîtres d'étude. Leur charge les oblige évidemment à une réserve quk l'opinion publique n'exige pas des autres fonctionnaires. Etant une élite, ils sont h part, et beaucoup de personnes seraient péniblement surprises en les voyant sortir de la région élevée et sereine où ils sont haussés par leur profession même. Ils ont un rôle national et social dont ils ne pourraient perdre le sentimont sans abandonner la meilleure part de leur
1% L'Enseignement secondaire, ibid.
autorité. Ils ont évité de se compromettre en des tapages qui auraient été incompatibles avec la confiance des familles et avec l'intérêt des études. Il v aurait eu un sûr remède à cette fièvre syndicataire : placer, maintenir au ministère de l'instruction publique des hommes compétents, capables d'étudier les questions, soucieux des intérêts du service, — et en éloigner les politiciens. Ce n'est malheureusement pas ce qu'on a fait. Les professeurs de l'enseignement secondaire ont été autorisés, toutefois, à former des « sociétés d'études », à tenir « des congrès soit régionaux, soit généraux, dans un but philanthropique ou pédagogique » .
Les deux premiers congrès, tenus à Paris en 1897 et en 1898, ont été, pour les professeurs de nos lycées, l'occasion d'étudier en commun diverses questions dont le bordereau comprend notamment la Solidarité universitaire, VExtension universitaire, la Représentation du personnel enseignant dans les conseils universitaires. Sur le premier point, on a voté les statuts définitifs d'une Société de secours mutuels et le principe d'une Société d'assurance. Sur le second point, l'imprécision du problème, malgré des citations de Sadler et de l'inévitable Ruskin, semble avoir obscurci les esprits et brouillé le débat. Sur le troisième point, on ne put que formuler un vœu dont l'expression n'est pas très claire.
L'assemblée, en se séparant, décida qu'un nouveau congrès serait tenu en 1899. Cette troisième réunion a été fort intéressante.
Malgré ce mouvement, très louable, de fédération et de solidarité, il s'en faut de beaucoup que les doléances du corps enseignant, l'incertitude des programmes, et, comme on dit, la crise de l y Université touchent à leur fin.
De magnifiques lycées ont été construits à grands frais. Malheureusement, les familles ne semblent plus si pressées qu'autrefois, d'envoyer leurs fils dans ces palais. Et, comme on dit en style administratif, « la population des lycées diminue ».
Pourquoi? Ce serait ici le lieu, je pense, de céder la parole aux principaux intéressés, je veux dire aux pères de famille. Une grande commission vient d'être instituée au Parlement, sous la présidence de M. Ribot, afin d'étudier les questions multiples que suscite la crise universitaire. Si cette commission n'est pas résignée d'avance à joindre un nouveau dossier de vœux platoniques aux volumineux rapports qui dorment déjà dans les archives de la Chambre, il faut, de toute nécessité, qu'elle connaisse, par quelques témoignages bien choisis, les regrets et les vœux des parents qui confient leurs enfants à l'Université.
Sans avoir le don de double vue, on peut supposer que les familles, justement alarmées par le