LE ROI LOUIS-PHILIPPE
On aperçoit, dans ce raccourci sommaire, tous les contemporains de Rastignac et de Vautrin... Il faut voir, dans les caricatures de Daumier, la panse de ces « ventrus », qui d'ailleurs ont répandu sur la France une si abondante postérité ! .
Tocqueville s'indigna parce que le gouvernement disposait alors de 400 000 places. ISA Imanach royal, où toutes ces prébendes étaient énumérées, lui semblait un document significatif. Que dirait aujourd'hui cet honnête homme, s'il lisait les 1534 pages de notre A Imanach national *?
La révolution de 1848, comme toutes les révolutions, fut moins justifiée par la vertu des gens qu'elle porta au pouvoir que par les vices de ceux qu'elle en chassa. Les députés qui, dans la séance du 23 février 1848, se demandèrent s'ils devaient trahir M. Guizot et ses collègues, n'apportèrent, dans leur examen de conscience, aucun scrupule d'honnêteté. Ils n'étaient occupés que par des intérêts, sur lesquels, finalement, leur lâcheté prit le dessus. Ils se sentaient atteints,
1. Il fallut trouver des missions, des emplois, des épaulettes à distribuer... Quiconqu&avait joué un rôle dans les trois journées, se croyait un titre à une récompense, et cette récompense était une place... Thureau-Dangin, Monarchie de juillet, t. I, p. 41, 86, 88, 89.
2. Almanach national, annuaire officiel de la République française pour 1898, présenté au Président de la République. — En 1897, le même Almanach ne comprenait que 1509 pages. V Almanach royal de 1841 ne comprenait que 1071 pages. 11 y a progrès dans la distribution des places.
LE MALAISE DE LA DEMOCRATIE. <i
f8 LK MALAISE DE LA DÉMOCRATIE
selon le mut si juste et si cruel Je Tocquevilte, a non seulement dans leurs opinions politiques, mais dans le plus sensible de leurs intérêt) privés ». II faudrait un Saint-Simon pour cofttflf
cette aventure. L'un songeait à la îlot de sa tille, compromise par des événements si imprévus; Faillir pensait à la carrière de son (ils, aux plaçai promiset, aux décorations sollicitées.
• Ce n'est pas une Chambre, c'est un chenil! ■ Telle est la courte et expressive légende qu'on pouvait lire, dés l'année 1832, au lias d'une lithographie satirique où Granville et Forest avaient représenté Casimir Perier fouaillant les députés. En 1834, Daumier fixa, dans un de ses chefsd'œuvre, la béatitude bedonnante de la majorité, sommeillant, ricanant, ronflant sur les fauteuils parlementaires. Hien n'est plus inquiétant que ce* caricatures. On ne lit que des pensées d'avidité bestiale sur ces crânes épais, sur ces bajoues tombantes, sur ces lippes. Les visses, enlaidis de cupidité basse, s'engoncent dans le triple tour des cravates, entre les deux pointes du col droit. Les nez s'allongent, sous les besicles, comme pour flairer quelque pâture. Les lèvres rasées ont une vilaine expression d'avocasserie. Presque tous ces messieurs dorment, affalés sur leur pupitre. Ou croit les entendre ronfler. Quelques-uns cependant prennent une prise de tabac, et se mouchent bruyamment, dans des mouchoirs à carreaux.