TEL. ATLANTIC
LA VIERGE D'IVOIRE
(Suite de la page 90)
Philippe à la sortie de la messe, Pavait pris à l'écart et lui avait dit :
— Venez faire un tour chez moi. Je vous invite à dîner aujourd'hui. Ma femme désire vous connaître et ma fille aussi. Depuis que je lui ai dit que vous avez trouvé sa Vierge d'Ivoire, elle veut vous voir. Oh ! elle est bien malade, et je sais que ce ne sera guère plaisant pour vous de vous trouver en compagnie d'une agonisante et d'un père et d'une mère désespérés; mais je pense que votre présence nous fera du bien, venez !
Philipe avait suivi son patron.
Et il avait vu la moribonde.
Son coeur s'était fendu.
Quand la jeune fille lui avait tendu sa main fine et décharnée, Philippe l'avait à peine serrée comme s'il eût craint de briser cette chose si délicate et si fragile; mais il s'était agenouillé et, sans savoir ce qu'il faisait, il avait baisé pieusement cette main. La malade avait souri en murmurant comme toujours :
— Je voudrais bien avoir ma Vierge d'Ivoire !
— Vous l'aurez un jour, dit Philippe.
Dieu finira par vous entendre, mademoiselle !
— Monsieur Danjou, balbutia la jeune fille, venez me yoir souvent ! Celui que j'aimais esst parti . . . venez prendre sa place ! Il me semble, depuis que vous êtes là, que votre jeunesse fait revivre la mienne !
Philippe avait rougi très fort. Il con-
naissait toute l'histoire de Fernand, son ami., et il n'ignorait pas que le jeune homme, frappé par un désespoir curieux, était parti pour une destination inconnue. Et en lui-même il pensait que la maladie de cette jeune fille s'agravait peut-être du départ ou mieux de la fuite de celui qu'elle aimait ou qu'elle avait aimé.
Et les paroles que venait de lui dire Lysiane l'avaient fait frémir et rougir. Pour la première fois Philippe venait de sentir son coeur tressaillir de joie inconnue et mystérieuse. Une immense sympathie, pour ne pas dire plus, venait de pénétrer son âme tout entière, et un attrait puissant, presque irrésistible, paraissait l'attacher près de cette couche sur laquelle gisait une mourante. Mais cette mourante venait d'exercer sur lui un charme prodigieux. Et ce n'était pourtant qu'une petite chose, presque inerte, qui au moindre souffle pouvait tomber en poussière ! (Suite à la page 92)
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