ACTE TROISIÈME
Et si je l’aime?
Déshonoré...
DIANE
EMMANUEL, vivement.
Mademoiselle de Novailles connaît mon profond respect pour elle... mais elle comprend que je ne puis chez moi...
DIANE
Merci, M.de Kéral ! (a Blanche.) Nous ne nous sommes vues qu’un instant, mademoiselle, le jour de votre retour à Paris. Depuis, vous avez repoussé mon amitié et mes services; aujourd’hui vous venez de m’outrager. Je ne mérite ni ces dédains ni cet outrage. Puisque nous voici face à face, veuillez me dire une fois de quoi vous m’accusez?
BLANCHE, qoi s'est aoiméo en entendant.ee qni précède.
Je vous accuse de n’avoir pas respecté celle chose sainte entre toutes : la famille, I La mienne vous avait recueillie, vous l’avez minée dans sa base ; vous avez brisé les liens qui l’unissaient, vous avez séparé le mari de la femme, les parents des enfants, le frère de la sœur.
EMMANUEL, h part, observant Diane.
Elle pleure 1 (Hant b Blanche.) De telles suppositions...
BLANCHE
Suppositions!.. Non pas! Les femmes, monsieur de Kéral, ont des clairvoyances singulières, comme les enfants, comme ceux qui vont mourir, comme...
DIANE
Croyez votre mère alors! ne me regardait-elle pas comme une sœur pour vous dans cette lettre où...
BLANCHE
Où un mot a été effacé, madame! Après avoir écrit: «votre sœur!... » la duchesse avait écrit: « Non, non, défiez-vous ! » et ce « défiez-vous ! » ce tardif « défiez-vous ! » ce mol d’alarme, écrit aux lueurs de la mort, qui donc l’a effacé?... Je vous en accuse.
DIANE
Moi I...
BLANCHE
En devinant un crime, j’ai senti tout à coup se tarir mes larmes, et mes yeux sont restés brûlants et arides. Ne pouvoirpleurersa mère, quelle souffrance!... Je vous en accuse!
DIANE, avec douleur.
Et de quoi encore, mademoiselle?
BLANCHE, à Emmanuel.
Elle le demande! (a Dîano brusquement.) Personne ne vous soupçonne, on vous aime, on vous estime) on vous honore!!! Mais tous les juges du monde vous déclareraient irréprochable, toutes les bouches vous proclameraient pure et m’accuseraient de calomnie, que moi qui vois en vous l’ambition, la cupidité, le crime !... je dirais toujours, que vous m’avez faite orpheline; je crierais toujours à l’insensé qui vous aime: Epouse donc celle qui a tué ta mère!
DIANE, bondissant.
Monsieur! monsieur! entendez-vous! vous ôtes magistrat, je vous demande justice; je me suis laissé accuser d’intrigue, d’ingratitude, que sais-je!... mais cela? oh ! cela!!!
EMMANUEL
Je vous ai dit de compter sur moi, mademoiselle d’Hauberteuil, je vous protégerai, je vous défendrai.
BLANCHE
Même contre moi ?
EMMANUEL
Même contre vous.
DIANE, qui a repris son calme.
Merci, monsieur... Monsieur de Kéral, j’ai repoussé hier la main du duc deNoVailles, je refuse aujourd’hui la main du marquis Octave de Blarnonl.
EMMANUEL
Pourquoi, mademoiselle?
DIANE
Parce que je l’aime!... et que je ne me trouve pas digne de lui ! (S'approchant d’Emmanuel.) Oubliez-vous déjà ce que je vous ai confié? et qu’il y a des contacts qui souillent et qui déshonorent?... (Haut ot rouardani Blanche.) J’entre dans un couvent, (a Emmanuel.) En mourautau monde, je vous charge de mes dernières volontés.
EMMANUEL
Je les remplirai.
DIANE
C’est donc vous qui redirez à Octave, et ma trisle confidence, et ma ferme résolution. C'est vous qui désignerez la retraite où je m’ensevelirai; et qui m’y conduirez, en me promenant qu’elle ne sera connue de personne. (Avec un souriro trisic.) Comme ce n’est pas mademoiselle qui me trahira, Ociave et le duc ne me reverront [dus. (a part, en marchant vers lo fond.) Le duc surtout!... (Appelant.) Ralph! (La porte s’ouvre, Ralph parait, Colette entie derrière lui, Diane revient en scène en disant :)