‹ Le mangeur de rêvesChapitre 40 sur 56 · SCÈNE Vin · texte numérisé non relu

SCÈNE Vin

heures dans un vent de sable. Un brouillard comme à Chelsea et les pierres plus chaudes que les bouillottes de Great Eastern. C'est un matin à tirer Dieu le Père par la barbe. J'aimerais décoiffer les Bicots à coups de carabine. Crois-tu qu'on mettrait en prison ? Dis ?

LUC

Tu as certainement bu.

FEARON

Si'lly boy!

JEANNINE

Je remonte un instant dans ma chambre (A Fearon.) Vous m'excusez ?

feauon Faites, ma bonne dame. Nous nous reverrons. (Jeannîne esl sortie.)

LUC, (Tun Ion de reproche.

.Je ne comprends vraiment pas...

FEAROX

Corne and kiss me.

LUC

Je dis que je ne comprends pas.

FEARON

Kiss me.

LUC, s'exéculanl.

Voilà. Maintenant...

96 LE MANGE un DE BÊVES

Maintenant, tu vas m'expliquer ce que tu fais ici, avec cette bourgeoise au voile couleur d'espérance.

LUC

Je ne supporterai pas de t'entendre parler ainsi de Mme Felse.

FEARON, rianl

Oh! Oh? C'est l'amour?... C'est l'amour! Il a proprement désossé sa perdrix : il a gratté la carcasse ; il a vidé l'intérieur et tout au fond, à la place du sale petit secret habituel, il a trouvé l'amour ! Couché en rond, avec des ailes en sucre et des boucles en berlingots. Ah ! ah ! ah ! C'est une très bonne farce ! Seulement, tu n'es pas pris. Je l'ai vu du premier coup d'oeil. Tu en as même assez, de promener la belle dame. Déjà deux mois, depuis Nice ! La cure est plus courte, en général.

LUC

Pense de moi ce qu'il, te plaira.

FEARON

Je pense que tu penses : « Ah, que c'est contrariant de ne pas pouvoir aimer! » Et elle ? Est ce qu'elle t'aime ? Elle doit commencer à te connaître, hein? Pourquoi diable étes-vous encore ensemble?

LUC

Autre chose que l'amour est entré dans ma vie.

FEARON

Quoi ? L'alcool ?

SCÈi\E Vin »7

Non. Une chose qui dégrise. Le sentiment de la responsabilité.

FEARON

Hulloa ! Voilà du nouveau.

LUC

Depuis quelque temps, je vois augmenter ses souffrances... et la cause m'en demeure inconnue. Il y a un point de départ, un choc initial, que je n'arrive pas à découvrir. Au lieu de ralentir sa déchéance, je l'aurai peut-être précipitée.

FEAROx, se moquant de lui.

Tiens ? La théorie n'est donc pas infaillible ?

LUC

J'ai pu me tromper.

FEARON, même jeu.

Mon dieu, les vrais médecins, les criminels patentés se trompent aussi quelquefois. Bah, qu'on l'enferme et tu en seras débarrassé !

LUC

Es-tu tellement endurcie que tu ne puisses plus comprendre...

FEARON, pirouellanl.

Oh! excuse me. J'avais oublié l'amour. Mais pourquoi cette promenade dans l'Ouest ?

Nous allons au Tombeau de la Chrétienne. C'est là que sa mère a été tuée, jadis, dans un guetapens. Elle désire s'agenouiller sur ce point de l'espace où elle croit la morte présente, en poussière comme en esprit,.. Elle ne sait pas que la tombe est vide.

FEARON, ricanant.

Conduire une dame sur un sépulcre, au milieu du désert, ce n'est pas une occupation très scientifique, sais-tu ?

LUC, soupirant.

Je sais.

FEARON

Quelle est son idée fixe ?

LUC

Elle veut se tuer, en expiation d'un crime imaginaire.

FEARON

Imaginaire ? Tu en es sûr ? Peuh ! Elle finira bien par se tuer.

LUC

On dirait que tu le souhaites.

FEARON

Dear no ! Mais c'est si ennuyeux à traîner dans ses bagages, une femme malade ! Quel joli voyage, si je t'avais rencontré seul I {Bas.) Je vais vendre des armes aux pillards.

Page 1