L. À, Prud'homme
Juge de comté,
Saint-Boniface, 19 mars 1887.
T. A. Bernier, Ecr.,
Surintendant de l'Education,
Manitoba.
Mon cher Monsieur*
J'arrive de mon voyage, qui s'est opéré de la manière la plus heureuse. C'est encore sous le charme des impressions les plus agréables ressenties dans l'accueil trop bienveillant que Ion m'y a fait, dans l'hospitalité si cordiale, c'est-à-dire si canadien ne -française, que j'ai reçue partout, que je vous écris aujourd'hui pour vous remercier de ce que vous avez fait pour moi. Je vous remercie surtout de m'avoir donné l'idée de faire ce voyage. Il me faut l'avouer ; j'avais entendu dire tant de bien, et aussi tant de mal du Manitoba, que j'étais dans le scepticisme relativement aux avantages d'une immigration vers votre
province. Pen étais là, en février dernier, lorsque notre ami commun, M. l'abbé F, Tétreau, du Séminaire de Saint Hyacinthe, me passa vos remarquables articles intitulés " Manitoba : Champ d'Immigration. n Je les ai lus et relus avec avidité. La question me paraissait traitée de main de maître* Avantages et inconvénients étaient exposés sous leur vrai jour, avec tous les caractères de franchise et de vérité que peuvent fournir les témoignages des hommes les plus compétents et les plus désintéressés, Ebranlé par vos articles, invité dans vos lettres, je décidai d'aller étudier par moi- môme afin de me former des convictions arrêtées.
Je partis donc, le 30 juin, encore un peu prévenu contre le Manitoba : tant un préjugé est difficile à guérir ! Aussi quelle agréable surprise pour moi en visitant vos admirables établissements d'éducation, en étudiant vos excellentes lois scolaires» marquées au coin du meilleur sens pratique.
Seule l'objection de la rareté de l'eau et du combustible se dressait encore devant moi ; une étude plus approfondie, sur les lieux visités, la fit bientôt s'évanouir avec mes autres préjugés.
Je suis converti aujourd'hui à votre idée sur les avantages immenses qu'offre le Manitoba comme champ d'immigration canadiennefrançaise. Ah î si nos. compatriotes, au lieu d'abdiquer leurs libertés religieuses et de s'étioler dans les fabriques américaines, allaient demander aux terres inépuisables de votre belle province l'aisance, la prospérité et l'avenir de leurs enfants, quelle assistance ne seraitce pas pour vous qui luttez si généreusement, quel avantage pour Québec de retrouver des amis fidèles aux jours des luttes parlementaires 1 Et ce sera en grande partie le résultat de votre travail patriotique trop longtemps isolé. Je fais des vœux pour que nos conr citoyens reconnaissent d'une manière tangible les efforts et les sacrifices que vous aves faits en faveur de l'immigration au Manitoba, et qu'ils vous fournissent les moyens de travailler plus efficacement à cette grande cause.
Je fais des vœux surtout pour que vos excellents articles que je viens de relire, et qui me paraissent si bien calculés pour détruire ici les préjugés, soient mis en brochure et répandus à profusion dans la province de Québec,
Plein d'espoir dans les résultats de vos travaux.
Je demeure bien cordialement, Monsieur,
Votre tout dévoué,