SAINT-ALPHONSE
La lettre suivante du curé de Saint-Alphonse, n'a pas besoin d'introduction :
Saint- Alphonse, ai octobre 1887.
T. A. Bernier, Ecr.,
Saint-Boniface.
Cher monsieur ',
J'apprends avec plaisir que vous vous proposez de rééditer et de réunir en une brochure vos divers articles sur la colonisation, qui ont paru dans Le Manitoba, l'hiver dernier. Je ne puis que vous féliciter de votre projet. En faisant connaître les avantages qu'offre le Manïtoba aux Canadiens «jui, pour une raison ou pour une autre, se voient obligés d'aller chercher fortune en dehors de la province de Québec, vous dirigez le flot de l'émigration vers le Manitoba, vous travaillez efficacement à la conservation [de notre langue, de nos mœurs, de notre religion, en un mot, de notre nationalité, et par là même, vous faites une œuvre éminemment patriotique.
Si vous le permettez, je donnerai quelques notes sur Saint Alphonse, et si vous les croyez utiles à votre cause, vous pourrez tous en servir à votre discrétion.
Saint-Alphonse, située à 95 milles au Sud-Ouest de Winnipeg, est une reserve exclusivement catholique, comprenant les cantons 5 et 6 des rangs n et 12 (ouest du 1er principal méridien). En général cette région est ondulée, c'est-à-dire, qu'elle présente tour-à-tour des plaines et des hauteurs ; mais ces élévations ne méritent pas le nom de montagnes, ce sont plutôt des collines, des coteaux aux croupes larges et arrondies» à pente douee> que la charrue peut facilement gravir jusqu'à leur sommet.
Avantages particuliers de la localité : Ueau est excellente. On peut creuser des puits partout et avoir de l'eau à une profondeur moyenne de quinze pîeds. En outre la rivière Cyprès traverse la colonie, de l'Est à TOuest ; elle fournit une eau limpide et ne tarit jamais. On voit çà et là des lacs qui seront toujours d'une grande utilité pour les pâturages- La lac du Cygne (Swan Lake), le lac de la Roche et le lac Pélican abondent en poissons. Pendant l'hiver, nombre de personnes se rendent à ces lacs et font d'excellentes pêches.
Il est bon de remarquer qu'ici, comme dans le reste du Manitoba, la pêche et la chasse sont libres.
On a ici 1e bois de construction, la. pierre à bâtir (en petite qnantité), la pierre à chaux, la brique ; et les hommes pour utiliser toutes' ces richesses ne manquent pas. M. A. B. Paradis, dont l'habileté est reconnue, est un mécanicien de première force. Parmi les ouvriers charpentiers ou menuisiers, je me contenterai de nommer M. Elle Lusignan, actuellement à Winnipeg. Il y en a une douzaine d'autres ici qui sont passablement capables. M. Octave Larrivée est un des premiers tailleurs de pierre ; M. F.-X. Langevin, bon briquet ier ; M. 0. Bédard, un maître forgeron ; il est aussi voiturier ainsi que M. Choquette,
Le sol est un terrain d'alluvion d'une couche dont l'épaisseur varie de huit à vingt pouces, et reposant sur un fond de terre forte. La moyenne du rendement cette année, est de trente-six minots par acre et au delà. M. Louis Malo a récolté 500 minots de blé sur onze acres. Quatre acres de culture en blé ont rapporté 1 70 minots à M. Arthur Larrivée, Le rendement en légumes n'est pas moins extraordinaire,
Facilité d'accès au marché : La station de Cypress-River, sur le chemin de fer Manitoba South Western, est à un mille au nord-ouest de la Réserve. Il y a là trois magasins. Pilot-Mound, à sept milles au Sud Est de la Réserve, reçoit ses marchandises directement des grands centres de commerce, de sorte que le marché en cette petite ville est A peu près le même que celui de Winnipeg. Pilot-Mound est une station du Pembina Mountain Section Railway.
La valeur du terrain varie de deux à d«x piastres, Tous les nombres impairs et plusieurs nombres pairs sont la propriété de compagnies, de spéculateurs, et d'autres particuliers, mais presque tous ces terrains sont inoccupés, on peut les acheter à de bonnes conditions. En outre, il y a prés de soixante-dix terres, ou quarts de section, à prendre comme homesteads au prix de dix ou de vingt piastres selon le cas d'une terre vacante ou d'une terre à canceller Toutes ces terres sont propres à la culture. On trouve du foin presque partout*
Cinquante familles venues la plupart, des Etats-Unis, composent la paroisse. Pour se rendre à Saint- Alphonse on a dû faire des emprunts, aujourd'hui les dettes sont payées, et on commence à jouir d'une honnête aisance. Sept personnes seulement ont hypothéqué leur terrain pour une faible somme. Encore une année d'abondance comme celle-ci et personne ne sera en dette. Parmi les familles qui ont le mieux réussi, je puis citer M, J. Choquette qui a récolté! cette année, au-delà de 2,000 minots de grain, et les MM, Desrochers qui viennent des montagnes du nord de Montréal, Arrivés ici avec fort peu d'argent, aujourd'hui les quatre familles ont chacune une terre, et toutes font de très bonnes affaires.
Nous avons une église, des écoles, deux scieries, et cet hiver noua aurons un moulin à farine; en attendant nous allons à Filot-Mimnd ou à Norquay. Il y a un magasin près de l'église ; le bureau de poste est au magasin. Nous avons la malle deux fois par semaine.
On se rend à Saint-Alphonse par le Manïtoba South-W estera, en prenant un billet pour Cypress-River.
Espérant que ces informations vous seront utiles, je vous prie de me croire,
Votre humble serviteur,
T. Campeau, Ptre,