‹ Le Manitoba, champ d'immigrationChapitre 5 sur 53 · LE MANITOBA, C'EST AUSSI LA PATRIE · texte numérisé non relu

LE MANITOBA, C'EST AUSSI LA PATRIE

Le Manitoba est une terre canadienne. LaVerandrie et ses fils, partis des Trots-Rivières, en furent les premiers explorateurs. Sur les bords de la rivière Rouge, nous pouvons, à l'égal des saines populations qui habitent la vallée du Saint-Laurent, réclamer nos droits de premiers occupants du sol ; au jour des solennités nationales, nous pouvons, ici comme là-bas, évoquer les ombres de nos ancêtres, et célébrer leur mémoire sur le théâtre de leurs labeurs, dans les champs même où ils ont moissonné leur renommée.

Ces territoites faisaient autrefois partie de la Nouvelle-France. Pendant les luttes du siècle dernier, ils s'en détachèrent pour tomber sous le contrôle de compagnies commerciales, dont la plus puissante est restée la compagnie de la baie d'Hudson.

Aujourd'hui, ces plaines immenses et fertiles ont fait retour au Canada, à la Nouvelle-France, pour ne plus s'en détacher, espérons-le.

Le Manitoba est donc notre pays ; dans ses limites, nous sommes au sein de la patrie ; le drapeau qui flotte à la citadelle de Québec, nous ombrage également, et ses ondulations laissent échapper partout le même langage ; nous jouissons des mêmes droits que nos nationaux des rives du Saint-Laurent et du Richelieu ; leurs intérêts comme les nôtres — intérêts de toutes sortes — nous imposent à tous le devoir de resserrer et de fortifier les liens qui unissent ces deux groupes de Canadiens- français, placés, l'un à la tête de la navigation océanique, Vautre, au seuil du futur grenier d'une grande partie du vieux et du nouveau continent.

Quand nous cherchons à attirer nos compatriotes vers nous, notre action ne peut donc être assimilée à celle dont le but serait d'encourager rémïgration aux Etats-Unis.

Les Etats-Unis, c'est la terre étrangère, c'est l'exil ; c'est, a dit le vaillant curé Labelle, " le cimetière de notre race."

Le Manitoba, nous le répétons, c'est la patrie ; c'est une terre sur laquelle notre race, au lieu de s'étioler, de s'amoindrir, grandira, vigoureuse, forte, saine, vaillante, imbue des idées religieuses, sociales, patriotiques et traditionnelles, qui ont créé la nationalité canadiennefrançaise ; c'est un sol dont il faut faire passer une notable partie dans nos mains, dans l'intérêt de notre influence future au sein de la Con-

fédération aussi bien que dans V intérêt plus général du Canada, et de toutes les races qui l'habitent, (i)

Oui, c'est à cette hauteur que nous élevons la cause qui nous préoccupe.

Ce n'est pas l'occasion de remettre en discussion là valeur du régime sous lequel sont groupées les provinces britanniques de l'Amérique an Nord.

Le régime existe, accepté de tous ; il existe avec des garanties de liberté et d'influence pour toutes les races, et les institutions qui leur sont propres.

L'intensité des luttes politiques, la diversité des intérêts, les préju gés, pourraient, nous dira-t-on, mettre tout cela en danger !

La stabilité et la souplesse de nos institutions, la vigueur et l'adresse déployées par les hommes d'Etat canadiens français dans le maniement des armes constitutionnelles, la force d'expansion de notre race, nous inspirent une confiance presque absolue.

Mais, soit ! il y a des dangers.

Selon nous, il y aurait plus grand péril encore à vouloir désagréger l'œuvre. Isolée, la Province de Québec subirait peut-être trop fortement l'attraction des Etats-Unis, et un jour viendrait où elle serait obligée d'accepter la protection d'un drapeau qu'elle a jadis si fièrement et si loyalement refusée. Notre orgueil national éprouverait ce jour-là une bien profonde humiliation ! Ce serait un jour de deuil pour ceux qui aspirent à la fondation d'une nationalité distincte de celle qui se développe à l'ombre du drapeau étoile, pour tous ceux qui ne croient pas que le continent américain doive nécessairement graviter autour de Washington.

Au surplus, que devrait nous inspirer l'existence de ce danger, s'il était réel ?

Le découragement ? Certes, nul ne voudrait admettre cette alternative I

Non, ce n'est pas le découragement que doit produire la présence du péril, mais plutôt un redoublement d'intensité dans le devoir.

Nous ne sommes pas les seuls dans la Confédération. Nous avons à l'égard du pays, à l'égard de tous ceux qui l'habitent, des devoirs à remplir — devoirs qui se confondent presque avec notre titre de citoyen.

<1) Depuis la publication de ces articles dans Le Manitoba, le rév. Père Nolïn p S. J. s*inspirant de la même pensée, a dit :

Le Manitoba est une Province canadienne, et les Canadiens restent canadiens en apportant.

La colonie canadienne du Manitoba qui compose près de 15 pour cent des Manito* bains, forme un centre français qu'il importe de développer dans les intérêts de la nationalité canadienne et de la Province de Québec elle-même.

Au Heu de calculer sur l'ébranlement de l'édifice actuel, nous deyoM apporter notre contingent d'efibrts, de travail et de bonne* volonté, à sa consolidation. C'est le devoir du moment ; devoir manifeste, qnt de vagues appréhensions, ou des théories plus ou moins plausibles, aè sauraient nous autoriser à perdre de vue.

Or, ce serait concourir à cette œuvre de consolidation — faire notre devoir, par conséquent— que de nous multiplier sur tous les points du Dominion, ou tout au moins, de fortifier les groupes déjà formés, de façon à les placer à l'abri d'entreprises intempestives et injustes contre les immunités qui leur sont garanties par la constitution.

Dans les états, la paix est un bien qui indique l'ordre, la satisfaction, et favorise Taccroissement de la prospérité.

La paix n'existerait pas dans la Confédération, si dans une partie ou l'autre, on voulait nous molester. La province de Québec a déjà montré jusqu'à quel point elle se sentirait blessée, jusqu'à quel point elle pourrait se soulever, si Ton persistait à ne point- nous rendre justice.

Or, ces agitations propres à paralyser le développement graduel dû pays, à retarder la consolidation de nos institutions, peuvent être prévenues. Il nous suffirait d'être numériquement assez forts pour imposer le respect là où nous existons. Dans ces conditions, on peut en être sûr, nous n'aurions rien à craindre pour ce que nous avons coutume d'appeler des droits et des privilèges, mais que nous croyons • être tout simplement d'immenses bienfaits pour la population entière du Canada,

Les uns, n'ayant plus rien à redouter ; les autres, sentant l'inutilité de se faire agresseurs ; tous, débarrassés de ces préventions qui étouffent souvent avant leur éclosion, les meilleurs projets, finiraient par accepter sans arriére-pensée une situation qui, pour n'être point peutèLre celle de leur choix, ne serait cependant pas sans exemple sur le continent américain, ni sans quelques avantages. Et, dès lors, ne voit. on pas quelle puissance de mouvement recevraient les intérêts généraux du Canada de cette harmonie entre les races diverses, forcément ancrées, les unes à côté des autres, sur ce sol nouveau. Une fois bien entrés dans cette voie, nous verrions chaque jour se consolider l'œuvre qui s'élabore sous nos yeux ; nous nous acheminerions rapidement vers l'unité nationale, nécessaire à la vie d'un grand peuple.

L'unité, elle n'existe pas encore dans toute sa force entre les provinces ; les heurts qui viennent de droite et de gauche, nous le disent assez*

Deux grandes divisions, avec des intérêts qui ne sont pas tous homogènes, sont à se créer : l'Est et l'Ouest.

Nous sommes en voie de remplir l'Ouest d' immigrants étrangers, a'ayant rien de commun avec l'Est. Quand leurs intérêts parleront trop fort, n'est-il pas à craindre qu'ils n'obéissent qu'à cela, puisque leurs sympathies seront nulles. D'où, un danger.

Si chacune des provinces de l'Est avait au Nord Ouest un groupe important de leurs habitants, lès conditions d'existence de L'Ouest à l'égard de l'est ne seraient pas les mêmes. Les souvenirs du premier âge, les sympathies naturelles que l'on conserve toujours pour les lieux où s'est écoulée la première partie de la vie, les relations de familles, les intérêts même qu'un grand nombre conservent toujours au pays natal, l'éducation, les traditions, l'attachement aux idées et au vieux drapeau, tout cela formerait comme une soupape qui empêcherait l'esprit sectionnel, l'esprit d'antagonisme, de se développer démesurément et d'éclater. On craindrait davantage de heurter la province que chacun regarderait comme sa mère-patrie. Il se produirait un courant, toujours en mouvement, assez semblable à l'affinité qui retient ensemble les molécules des corps.

Serait-ce suffisant ? Assurément non. Il faudrait encore une force supérieure, procédant d'un principe unique. 11 U w irait une race qui servît de dernier ciment à cette œuvre. Or, nulle race n'est plus propre que la nôtre à remplir cette mission. Nulle n*est plus loyale, mille n'a plus de force d'expansion, nulle n'est plus juste, plus généreuse, plus stable ni plus sympathique ; nulle n'a plus de droit à ce beau rôle, puisque ses enfants ont été les premiers occupants du sol ; nulle n'est plus attachée à ce sol et aux institutions qui le régissent.

C'est ainsi que s'exercerait sans esprit d'exclusivisme, sur des bases larges, et admettant toutes les coopérations, une influence dont notre pays tout entier, et toutes les races qui l'habitent, ressentiraient les heureux effets.

Saurons- nous le remplir, ce rôle ? Il est, en tous cas, digne de nos aspirations. Et le peuple qui a de semblables aspirations, possède une intelligence de ses devoirs, un fonds de loyauté et d'esprit national qui doivent l'élever au-dessus des misérables visées de l'égoïsme ou de l'ostracisme.

Qu'on ne nous reproche point ces observations comme une digression trop étendue.

De nos jours, on rabaisse volontiers toutes les questions, toutes les causes ; le sentiment national lui-même subit quelquefois des atteintes au contact d'une idée purement industrielle ou commerciale. Il est bon de ramener de temps à autre les esprits aux choses supérieures, aussi réelles que le terre-à-terre.

Nous avons été transplantés sur le nouveau continent pour y fonder

une nation. Ne laissons point s'affaiblir parmi nous cette tradition datant des premiers jours de la colonie ; c'est une vocation, soyons-y fidèles. *

Celte vocation, elle est dévolue à toute la nation, et non à quelques individualités seulement, ou à une fraction du peuple.

Les classes dirigeantes comprennent cette vérité : et nous avons le bonheur de dire que dans notre pays, ces classes n'en sont pas encore rendues à méconnaître leurs obligations sociales .On peut donc être sûr de ne pas leur parler en vain en les conviant à faire pénétrer cette même vérité dans tous les foyers, jusqu'aux plus humbles.

L'amour national est comme l'amour filial ; il existe dans tous le» cœurs. Il ne s'agit pour le rendre actif que de l'éclairer, de l'instruire, de le diriger.

Et assurément, le peuple canadien- français, ce peuple .d'agriculteurs, écouterait et comprendrait les voix qui leur diraient que la nationalité est un arbre auquel chaque citoyen doit apporter sa part de soins et de travail ; et ces soins et ce travail produiraient des merveilles de fraîcheur, d'ombre, et de fruits, lesquelles retiendraient auprès de l'arbre bienfaisant ce milliers de compatriotes qui, chaque année, s'en vont dans le désert, sur la terre étrangère, laissant derrière eux des amis désolés de leur départ, une patrie affaiblie de tout le sang, de toute L'intelligence, de toutes les énergies qu'elle perd par ces abandons.

Dans ce qui précède, les éblouissements de l'ambition nationale absorbent peut-être trop uniquement les regards.

Il y a, cependant, certains intérêts plus tangibles qu'il importe de mettre en relief. Nous nous bornerons à les indiquer ; les développements auxquels ils pourraient donner lieu excéderaient le cadre de ce travail.

Quand la Confédération a été formée, on a dit qu'on faisait de la Province de Québec le pivot de la représentation en lui assurant 65 députés. C'était sa garantie contre les empiétements des autres provinces.

Mais alors la Confédération ne se composait que de quatre provinces.

Aujourd'hui, il y en a sept ; plus, des territoires qui ont obtenu récemment une représentation aux Communes.

Alors, il n'y avait que 181 députés ; aujourd'hui, il y en a 215.

Donc, déjà, l'équilibre de 1867 est rompu ; les conditions d'existence ne sont plus les mêmes ; la garantie n'a plus la même valeur. Que sera-ce donc quand il y aura onze à douze provinces dans la Confédération j quand le Nord- Ouest sera rempli, et qu'au lieu de

3oo députés aux Communes, il y en aura trois ou quatre cents. Ce aérait une grave erreur de croire qu'alors la Province de Québec pourrait efficacement influencer la législation, même en supposant que ses 65 députés fussent unis.

La Province de Québec a donc un sérieux intérêt politique à se ménager des appoints dans les autres provinces ; et nulle part ailleurs qu'au Manitoba ne s'ouvre un champ plus favorable à son action en ce sens. La place est libre ; elle nous attend. En nous y précipitant aujourd'hui, elle sera la nôtre pour toujours.

Y en aurait-il qui préférerait nous condamner au procédé lent et pénible de reprendre, pouce à pouce, le terrain que nous aurions laissé couvrir du flot de l'immigration étrangère ?

Oh ! non ; on ne peut avoir l'idée de compromettre à ce point notre avenir 1 *

Nous entendons souvent reprocher aux* races anglo-saxonnes de vouloir s'emparer du Nord-Ouest et en faire des provinces anglaises»

Il faudrait se rendre un meilleur compte de notre position.

Nous avons beau dire et beau faire, nous ne pouvons empêcher que le Canada ne soit aujourd hui une partie de l'empire britannique. L'Anglais est donc chez lui au Canada. Qu'il ait le désir de voir notre patrie s'anglifier de plus en plus, cela ne fait pas doute ; mais c'est son droit, tout comme c'est le nôtre de chercher à conserver sur ce coin de l'Amérique l'influence de notre race.

Le dernier mot n'est pas dit sur la future condition sociale du Canada.

Au lieu de récriminer, il serait pour nous plus pratique, plus juste, «t plus patriotique d'imiter nos concitoyens d'origine anglaise, et de rester au pays au lieu de nous enfuir aux Etats-Unis, où nous n'avons rien à gagner comme race, où la vie n'est pas plus facile qu'au Canada*

Si nous leur laissons toute la place au Manitoba et au Nord-Ouest, ils la prendront, c'est évident ; mais celle que nous prendrons, ifs ne nous l'ôteront point, notre histoire nous l'enseigne.

Certains hommes publics ont juré de faire du Manitoba une province anglaise, avons-nous entendu dire parfois.

Pour notre part, nous doutons de l'exactitude de cette assertion, Mais quand cela serait, qu'importe ?

. Nulle influence n'est assez forte, en Amérique, pour empêcher une famille d'obtenir sa place à bord des convois de transport, et de

s'établir où bon lui semble ; les franchises politiques et municipales appartiennent à tous les sujets de l'empire, et si les Canadiensfrançais qui végètent à l'étranger, ou qui, sans végéter, ont toujours au fonds du cœur le regret de la patrie ; si tous ceux de nos compatriotes qui, chaque année, disent adieu à la terre canadienne, si tous venaient occuper une place à côté de nous, dans les vastes espaces encore libres au Manitoba, et qui ne leur demanderaient point à quelle nationalité ils appartiennent avant de se donner à eux et de leur verser leurs riches produits, on pourrait se moquer de ces tendances hostiles, si tant est qu'elles existent. Une fois le sol entre nos mains, nous exer. cerions nécessairement notre influence, laquelle, Dieu merci ! n'est jamais employée que pour les intérêts de tous, et avec une largeur de vues qui sait avec le temps nous concilier le respect et l'estime de ceux qui sont appelés à former avec nous le peuple canadien.

11 y a un autre intérêt digne d'occuper les esprits sérieux, celui-ci* purement économique.

La Province de Québec cherche à étendre ses rapports commerciaux ; elle veut multiplier ses affaires, en se créant de nombreux débouchés*

Que l'Ouest se remplisse de populations sympathiques à la Province de Québec, c'est un nouveau ' marché ouvert à son activité commerciale ; que ces populations soient au contraire étrangères à notre race, et le commerce canadien-français perd, par le fait même, une grande partie de cet avantage.

Nous ne faisons qu'indiquer ces divers intérêts ; c'est assez pour éveiller l'attention de notre public sur leur importance.

Cela devra contribuer également à convaincre nos lecteurs que ces pages ne sont pas une simple concession aux inspirations d'un étroit esprit de propagande. Nous croyons au contraire servir une cause éminemment nationale et traditionnelle ; nous poursuivons la réalisation d'une pensée si vraiment supérieure que l'épiscopat canadien même s'en est fait le patron dès Tannée 1871. Voici, en effet, la circulaire que les évêques de notre pays, réunis à Québec, adressaient alors au clergé :

Archevêché de Québbc, 23 octobre 187 1.

Monsieur là Curê^

Au milieu des questions importantes qui font l'objet des préoccupations des évêques de la province ecclésiastique de Québec pendant leur réunion , il en est une sur laquelle ils veulent attirer votre attention avant même de se séparer.

Cette question que Ton peut appeler vitale à cause de ses immense* conséquences sur notre état social et religieux, est la question de la colonisation. Nous ne pouvons que gémir à la vue du grand nombre de nos compatriotes qui désertent journellement le foyer domestique, la terre natale pour aller demander à la prospérité de nos voisins un bien-être qu'il nous semble pourtant possible de trouver ici, au milieu des avantages nombreux que la Providence a départis à notre chère patrie.

Votre cœur comme le [nôtre ressent tout ce que cet état de choses a de pénible, aussi nous n'avons pas besoin d'insister pour faire comprendre nos trop justes regrets à cet égard.

Notre unique but, dans cette lettre collective, est d'encourager votre zèle, au milieu des efforts qu'il fait pour s'opposer à ce torrent d'émigration qui prive la patrie des bras et de l'intelligence d'un grand nombre de ses enfants.

Le remède efficace à ce mal ne peut se trouver que dans le succès qui couronnera les tentatives faites pour rappeler et retenir dans les différentes provinces de la Confédération canadienne ceux de nos compatriotes que la nécessité ou l'amour *du changement ont poussés ou poussent encore vers la terre étrangère. Le résultat obtenu par les sociétés de colonisation nous remplit de joie et de consolation et nous permet d'espérer qu'un jour notre beau pays sera tout occupé par ses propres enfants et que les Canadiens n'auront point le regret d'avoir privé leurs descendants de la terre que la Providence leur avait destinée.

Que tous les Canadiens continuent cette noble et patriotique œuvre de la colonisation de nos terres inoccupées.

Les sacrifices faits dans ce but ne peuvent qu'attirer la bénédiction du ciel.

Notre jeune pays n'est pas renfermé dans des limites assez étroites pour qu'il soit nécessaire de l'abandonner.

Plus que jamais d'immenses étendues de terrains s'offrent à notre population dans les limites même de la patrie.

L'acquisition du territoire du Nord-Ouest, la création de la province du Manitoba offrent un avantage réel à ceux qui n'aiment pas le défrichement des terrains boisés et qui pourtant voudraient s'éloigner de la paroisse qu'ils habitent.

Il n'est pas nécessaire de passer la frontière canadienne pour trouver les riches prairies de l'Ouest.

Notre pensée n'est pas de demander aux paisibles et heureux habitants de la Province de Québec, de changer une position certaine et avantageuse pour les incertitudes et les risques d'une émîgratron ïoiu-

taine, maïs s'il en est auxquels il faut un changement et auxquels il répugne de s'imposer les rudes labeurs de bûcherons, à ceux-là^ monsieur U curé, veuillez bien indiquer la province du Manitoba.

Un octroi gratuit de 160 acres de bonne terre de prairie est promis par le gouvernement à tout homme de 21 ans qui voudra aller se fixer dans ces nouvelles contrées.

Ces contrées si nouvelles pour les individus, ne le sont,pas pour le Canada*

C'est l'énergie de nos pères qui les a découvertes ; c'est le zèle de nos missionnaires qui les a régénérées et préparées à l'ère de prospérité qui semble les attendre. Ces contrées lointaines ne sont donc pas la terre étrangère,

Environ la moitié de la population y parle le français et est d'origine canadienne, en sorte que de toutes les paroisses on est certain d'y trouver des parents, ou au moins des amis.

Dans cette nouvelle province, il y a un collège où les garçons peuvent recevoir une éducation soignée \ des couvents où les filles puisent l'instruction qui leur est prodiguée au Canada. Des missionnaires, trop heureux du renfort qu'ils recevront par cette émigration, étendront volontiers aux nouveaux venus l'affection qui les anime envers leurs ouailles actuelles.

En colonisant une partie du Manitoba, les Canadiens-français s'assurent dans la législature fédérale l'équilibre qu'ils y possèdent aujourd'hui, et qu'ils perdront nécessairement s'ils ne sont point en nombre dans Manitoba et le territoire du Nord-Ouest.

Nous considérons donc, M. le curé, comme chose bonne et désirable, l'établissement de quelques-uns des nôtres dans ces régions et nous verrions avec plaisir qu'il se fît quelque chose dans ce sens ; si, par exemple, entre deux ou trois paroisses, on pouvait assurer le concours d'une famille honnête, chrétienne et laborieuse, qui irait former dans le Nord-Ouest une population comme celle qui est venue, il y a deux siècles, jeter les fondements de notre nationalité au Canada.

Vous apprendrez dans la première partie de l'hiver, par les journaux, ce que le gouvernement doit faire pour faciliter le transport et l'établissement des colons du Manitoba ; nous vous écrivons aujourd'nui afin que vous connaissiez notre intention à ce sujet et que, si l'occasion s'en présente, vous puissiez diriger de ce côté ceux qui voudraient émigrer.

Par cette émigration d'un genre nouveau, nos compatriotes ne se sépareront pas de nous, ils resteront canadiens, soumis à nos instituions religieuses et civiles, dans un milieu où leur foi ne sera pas exposée \ où, au contraire, ils aideront à faire luire ce divin flambeau, au

milieu des vastes déserts de l'Ouest, qui n'ont été découverts par nos pères que dans une pensée toute de foi.

t E. A., Arch. de Québec,

t Ig., Ev. de Montréal,

t Jos. Eugène, Ev. d'Ottawa,

t Alex , Ev. de Saint-Boniface, O. M. L

t C, Ev. de Saint-Hyacinthe,

t L. F., Ev. des Trois-Rivières,

t Jean, Ev. de St-G. de Rimouski.

Le lecteur remarquera que Tépiscopat canadien recommande le Manitoba comme un champ d'immigration où les intérêts matériels et spirituels de nos compatriotes seront favorisés et sauvegardés.

La raison religieuse,

La raison sociale,

La raison politique,

La raison nationale,

La raison historique,

La raison d'intérêt, y sont invoquées avec une autorité qui a impose à tout esprit sérieux et juste.

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