‹ Le manoir mystérieux, ou, Les victimes de l'ambition [microforme]Chapitre 29 sur 63 · MYSTERIEUX 147 D D PT · texte numérisé non relu

MYSTERIEUX 147 D D PT

—A nuoi me sert, disait-elle à sa bonne et dévouée suivante, Louise, d’avoir des richesses et un grand nom, si i: dois être prisonnière ici ? Je ne me soucie guère de ces perles et de ces diamants. A Champlain, je ne portais que des roses, et mon père m'appelait pour me contempler avec amour et admiration. N'ai-je pas eu tort de le quitter ? Il était si bon, si tendre pour moi ! et mon éloignement doit le rendre si malheureux ! 11 me tarde de le revoir, d'aller me jeter dans ses bras, de lui demander de me pardonner et de bénir l'union que j'ai osé contracter sans sa permission ! Il a du‘ ns, j'espère, ce pauvre DuPlessis pour le cou ler. Cet étranger fait plus pour mon père que moi. J'en rougis ! Oh ! le noble caractère ! Dieu le récompensera de son généreux dévouement.

Mais ne parlons plus de lui, c’est inutile maintenant !

—En effet, madame, remarqua la nrudente Louise, je n'aime pas à vous en entendre parler si indiscrètement.

—Vois-tu, ma chère enfant, je suis née libre et j'aime la liberté, auoique je sois aujourd’hui emprisonnée et sardée comme une esclave. Il faut bien, néanmoins, que je me résigne à mon triste sort, nue moi-même j'ai étourdiment choisi. Fasse le ciel aue cette captivité nuisse bientôt finir et qu’au moins je revoie mon vieux nère |!

Un jour que la pauvre femme continuait de confier ses plaintes à sa fidèle et sympathique Louise, elle entendit un bruit de chevaux dans la cour. Elle se leva et courut à la fenêtre en s'écriant avec joie :

—C'est lui ! c'est M. Hocauart !

. Mais Cambrai, entrant dans le salon d’un air maussade, annonça que Deschesnaux venait Er et annortait un message de l’inten-

ant.

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—Vous M'apportez un Messave de M. Hocquart ? dit-elle en voyant entrer Deschesnaux F serait-il donc malade ?

—Non, Madame, grâce au ciel. Mais Je mes-

Sage que j'ai à vous Communiquer doit être secret.

— Laissez-nous, Louise, et VOUS aussi, M.

Cambrai i Mais restez dans la chambre à côté, . Cambrai et Sa fille se retirèrent dans une pièce voisine. Le premier avait un air farouche et SOupÇonneux, et Louise Priait, les mains jointes, Pour sa maîtresse, qu’elle croyait inenacée de quelque danger.

Murmurer quelques paroles. Tout à coup la +oix de Mme Hocquart éclata avec indigna-

—Ouvrez la porte, monsieur ! cria-t-elle, ouvrez | je vous l’ordonne.

& porte s’ouvrit et l’on vit Mme Hoc- Quart au milieu de la chambre, Jes veines du front gonflées et les yeux lançant des éclairs

ment Communiqué les ordres de M. Hocquart.

— Louise, j'en atteste le ciel, s’écria Mme

Hocquart, la voix tremblante, le traître en a

menti, car ce qu'il m'a dit Outrage l'honneur

et c’est le plus vil laquais. Il vient d'avoir l’effronterie de me dire que l’ordre de M. Hocquart était que je partisse pour les Trois- Rivières, et que là, devant le gouverneur général, devant Mme la marquise de Beauharnais, à la face de la première société du pays, je reconnusse cet ‘homme, lui, Deschesnaux, pour mon époux légitime !

—Madame, reprit celui-ci en se faisant violence pour ne pas perdre son: calme, vous me reprocliez un plan de conduite que mon maître distingué vous explique dans la lettre que vous tenez à la main.

Cambrai voulut intervenir. R

—Madame, ajouta-t-il, vous êtes trop vive dans cette circonstance. Un pareil changement de nom est permis lorsqu'il a un bon but. Ce fut ainsi que.

Mme Hocquart ne le laissa pas achever :

—Vous êtes de misérables hypocrites : jamais je ne croirai que M. Hocquart ait donné son approbation à un dessein si déshonorant… Je foule aux pieds cette lettre infâme, j'en détruis jusqu'au souvenir.

—< Er témoins, dit Deschesnaux, qu’elle a déchiré Îa lettre de M. l'intendant, afin de rejeter sur moi le projet qu’il a lui-même conçu. Elle voudrait faire croire que je suis seul coupable, si culpabilité il y a; mais quel intérêt ai-je à tout ceci ?

—Vous mentez, détestable fourbe ! continua Mme Hocquart en résistant aux efforts que faisait Louise pour la calmer, prévoyant que sa violence ne servirait qu'à fournir des armes contre elle. Iaisse-moi, Louise, quand ce devrait être ma dernière parole, je le répète, l'infâme en a menti ! Je prendrais plutôt le jour pour la nuit, que de croire que mon mari me conseille une imposture qui souillerait son nom. Allez-vous-en, vil laquais, je vous mépri-

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se tant que je suis honteuse de ma colère contre vous.

Deschesnaux quitta la chambre avec une expression de rage muette. Cambrai le suivit d'appartement artement, en lui posant maintes uxquelles il ne répondit

i ivé dans la salle à déjeu-

—Où est 1. docteur ?

—Dans son laboratoire, mais on ne peut lui parler dans ce moment, si nous ne BE détruire l'effet de ses divines études.

—Oui, Cambrai, il étudie la théologie du diable. Mais toutes les heures sont bonnes Quand je veux lui parler. Conduis-moi à son ‘‘pandémonium .” (1)

Cambrai guida Deschesnaux jusqu'à l'appartement souterrain occupé par le chimiste

'héodorus. La porte était fermée. A force de cris et de coups, Deschesraux parvint à arracher le sage à ses travaux. Théodorus ouvrit la porte ; mais ses yeux étaient obscurcis par les vapeurs de l’alambic sur lequel il méditait : il ne reconnut pas de suite Deschesnaux, et dit:

—Serai-je donc toujours rappelé des affaires du ciel à celles de la terre ?

—À celles de l'enfer ! Mais nous avons besoin, Cambrai et moi, d’avoir une conférence avec vous.

En disant ces mots, Deschesnaux ferma la porte, et ils se mirent à délibérer tous les trois.

Pendant ce temps la pauvre femme arpentait fiévreusement sa chambre.

—Læ scélérat, le traître ! ie l'ai démasqué, Louise, J'ai attendu que le serpent déroulât devant moi tous ses replis. Et toi, époux nour qui j'ai sacrifié ce que j'avais de plus cher au

(1) Palais de Satan.

Rd

MYSTERIEUX 151 I | monde, serait-il possible aue tu m'eusses OTdonné de nier, un seul instant, les nœuds sacrés qui nous \inissent ? Oh ! le doute même est une injure | L'infâme a menti, c'est lui qui a tout tramé. Louise, je re puis plus rester ici. Je crains Desclieshaux, je crains ton père. e veux fuir ce lieu.

Oh ! madame, n'ayez pas de mauvais soupçons contre mon pére: Il est sévère ; il exécute avec rigidité ies ordres qu’on lui donne ; mais il n’est pas capable...

En ce moment, Cambrai entra dans la chambre, tenant à la main une coupe et un ilaac 1, Ses manières étaient étranges. Au lieu de soa ton bourru habituel, il essayÿait d’avoir un air bienveillant. Il apportait, dit-il, à Mme

Hocquart un cordial précieux pour la remettre

de l'émotion qu’elle venait d'éprouver. Sa main

et sa voix tremblaient, et Son maintien était tellement suspect que Louise, qui l'observait avec étonnement, parut tout à coup se prépa-

rer à une action hardie. Elle s'avança et dit

d'un ton ferme :

—Mon père, je remplirai la coupe pour ma noble maîtresse.

Non, mon enfant, répondit vivement Cambrai, ce n'est pas toi qui rendras ce service à madame.

—Pourquoi non, je vous prie, mon père ?

—Pourquoi ? fit-il en hésitant ; parce que... parce que je le veux.

Donnez-moi ce flacon, mon père,—et elle le lui prit des mains,—donnez ; ce qui peut faire du bien à ma maîtresse, ne saurait me faire du mal. Mon père, à votre santé !…

Cambrai se précipita sur Sa fille, lui arra-

cha le flacon, et resta comme hébété en la regardant avec un air de crainte.

. —Voilà qui est étrange, mon père. Ne me

laisserez-vous ni Servir ma maîtresse, ni boire

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à votre santé ? Et pour qui est donc réservé ce Précieux Cordial ?

—Pour Je diable qui l'a Composé, s'écria “ambrai en quittant l'appartement tout décon-

—Ne pleure Pas Sur moi, ma bonne Louise, dit celle-ci avec douceur.

—Oh ! Madame, c’est sur ce malheureux que i° pleure. Ce n'est Pas sur les innocents ee 'on doit Pleurer, Mais sur ceux qui sont

ne vous abandonnera Pas. Il y à un moyen d'échapper, J ’ai prié toute la nuit Pour être éclairée : car l'étais indécise entre l'obéissance que Je dois à se malheureux et MOn dévouement

Chesnaux lui demanda :

—L'oiseau a-t-il bu ? 7 À Non, et ce ne sera Pas moi qui lui présen- E terai encore le poison : je ne Veux pas comme :

non d’un crin , Comme tu l’appelles avec ta voix tremblante ?

—Je jure, ajouta Théodorus, que l'élixir Contenu dans ce flacon ne Saurait porter at-

dont l'existence ne peut être découverte que par celui à qui est cédée la clef de la science cabalistique. :

—Voilà un serment de poids, dit Deschesnaux ironiquement, en prenant le flacon et la coupe. Je serai de retour dans un instant.

Il s’éloigna.

—Mon fils, continua Théodorus en s’adressant à Cambrai, quoi que puisse dire cet impie railleur, soyez assuré que personne n’est allé si loin que moi dans la science souveraine. Je vous dis que la vision de l’Apocalypse, cette nouvelle Jérusalem où tous les chrétiens doivent arriver, annonce figurativement la découverte de ce secret par lequel les créations les plus précieuses seront extraites des matières les plus viles, de même que le papillon aux ailes brillantes sort d'une informe chrysalide.

—Mais, illustre docteur, l'Ecriture nous 8 pes que l'or et les pierres précieuses de la

ité sainte ne seront pas pour ceux qui commettent l’abomination et qui fabriquent le mensonge, non plus que pour ceux qui distillent le poison.

—Il faut distinguer, mon fils... Puis se retournant vers la porte qui s'ouvrait : —M. Deschesnaux déjà revenu! Avez-vous... ?

. Aussi sûr qu’un homme puisse l'être ; car il y a des constitutions différentes.

—Alors, je suis tranquille. Vous êtes payé pour une simple maladie ; ce serait une prodigalité de causer la mort pour le même prix.

—Que lui avez-vous donc fait pour la forcer à obéir ? demanda Cambrai en frémissant.

—J'ai fixé sur elle, rénondit Deschesnaux, le regard qui dompte les fous. On m'a dit, à l’hônital, que j'avais le coun d'œil qu'il fallait pour soumettre les insensés.

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—Et ne craignez-vous pas, M. Deschesnaux, que la dose soit trop forte ?

—Si cela est, honnête Cambrai, son sommeil sera plus profond, et cette crainte n'est Pas suffisante Pour troubler mon repos. Adieu, mes amis,

Poussa un Soupir et suivit Desdant que l'alchimiste s’enfermait, il allait Consacrer la

€ rande importance.

mentir

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