TRISTE FIN
Le voyage s'acheva avec rapidité et vers la fin de la nuit, les voyageurs se trouvèrent près du village de la Rivière-du-Toup. Deschesnaux s'approcha alors de la litière et demanda à voix basse à Cambrai :
—Que fait-elle ?
—Flle dort.
—Elle dormira bientôt plus profondément. 11 faut songer à la loger en lieu sûr.
En arrivant au manoir, Mme Hocquart demanda Louise et parut alarmée d’apnrendre qu'elle ne serait plus servie par l’estimable jeune fille.
—Mon enfant m'est chère, madame, dit Cambrai, et je ne veux pas qu’elle apprenne à mentir et à tramer des fuites.
Joséphine ne répondit rien à cette insolence, et témoigna avec douceur le désir de se retirer dans sa chambre.
—C'est juste, reprit Cambrai; mais vous n’irez pas dans cet appartement rempli de vanités mondaires ; vous dormirez dans un lieu plus sûr.
—Plût au ciel que ce fût dans ma tombe !
répartit mélancoliquement Mme Hocquart.Mais on frémit malgré soi à la pensée de la mort.
—Vous n'avez, madame, aucune raison de vous arrêter à cette pensée : M. l’intendant vient ici ce soir ou demain matin, et vous rentrerez sans doute dans ses bonnes grâces.
—Mais viendra-t-il ? viendra-t-il bien certainement, bon M. Cambrai ?
—Ah ! oui, bon M. Cambrai ! Mais quand vous parlerez à M. Hocquart, serai-je encore le bon M. Cambrai ? Pourtant, je n'ai ai que par ses ordres.
—Vous serez mon protecteur, un protecteur un peu brusque, il est vrai, mais enfin un protecteur, Ah ! si Louise était avec moi, que Je serais contente |
—Elle est mieux où elle est, madame.
Mais voulez-vous prendre quelque nourriture ?
—Oh ! non, non ! ma Chatmbre, ma chambre !
—Je vais vous v conduire et vous v laisser quelque chose, au cas où vous aimeriez à boire ou à manger un peu.
Puis il la fit monter au second et entrer dans sa chambre, à lui. C'était un appartx ment situé à l'extrémité nord-est du manoir Il avait une porte qui donnait au dehors sur une galerie à laquelle venait se joindre une espèce de pont-levis léger jeté sur la rivière et dont la moitié, celle qui tenait à la galerie du manoir, était abaissée à volonté de manière à inter compte la communication avec la rive oppose, Cia servait à Cambrai pour communiquer avec le moulin sans avoir besoin de faire un circuit de plusieurs arpents par le pont de l'auberge du Canard-Blanc. Mais chaaue Soir il avait soin d’abaisser le pont-levis, par crainte sans doute des voleurs, car, comme tous les avares, il ne craignait rien tant que les voleurs, et en soupçonnait partout.
—Pourquoi fermez-vous à clef la porte sur moi ? demanda Joséphine avec inquiétude, en voyant que Cambrai mettait la clef dans la serrure pour la refermer.
—C'est pour empêcher, madame, que les gens de la maison ne viennent vous troubler.
Di vous avez besoin de prendre l'air ou d’appeler pour quelque chose, vous pourrez sortir