‹ Le manuscrit de feu M. Jérôme [pseud]Chapitre 143 sur 233 · LIVRE III. CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE III. CHAPITRE VIII

la lice, entra dans une grande agitation. Il demande sa lance , on lui présente l'épée de Roland , qui coupait les rochers en deux, et que l'on nomme la Durandal. Il descend, jette le gant et donne le défi. Toutes les dames de l'amphithéâtre, voyant le royal champion brandissant l'épée redoutable , jetèrent sur lui une multitude de gages d'amour, tels que tresses de cheveux, collerettes et colliers , guimpes et bavolets, écharpes et mantelets, et la galante sénéchale, un cotillon de vertugadin, qui couvrit le corps entier du jouteur, et lorsqu'il put passer sa tête par l'ouverture de Tune des poches 9 il s'écria : ce Beauté sans pair, vos faveurs me su£foquent le cuer. »

Sire Arthur faisait exécuter depuis plus d'un quart d'heure le moulinet à sa grande épée, sans que personne se fût encore présenté , quoiqu'il eût répété à voix haute et distincte le huitième psaume de Clément Marot

Viens donc , déclare toi ,

Contre moi, Qui de buffes renverses, Mes ennemis mordants * Et qui leur rompt les dents En leurs gueules perverses.

Mais un damoiseau, chevalier servant de la châtelaine de Passevelours, qui était jalouse de la sénéchale d'Ângouievent , reçoit les ordres de sa

dame pour aller ramasser le gant. Le jouvenceau italien se présente dans la lice avec une extrême timidité, et disant entre ses dents : Grandissimo onore, ma ci va délia vita. Néanmoins, il ramasse le gant, baisse la visière et met la lance en arrêt. Mais à peine est-il en position que la Durandal tombe de tout son poids sur sa cuirasse , le renverse, et, étourdi par la chute ^ on l'entendit crier plusieurs fois : Diez ajde. Sire Arthur relève son adversaire , le montre tout meurtri aux spectateurs, en disant : Diez il velt. Les cris de joie se font entendre , le prétendant retourne victorieux à l'amphithéâtre, et y reçoit des dames, pour prix de sa prouesse, charmans aveux, tendres œillades ^ biaux soupirs s'émouvant de sein d'albâtre, et baisers de miel donnés par bouche de rose. Tandis que le damoiseau vaincu , ne trouvant que propos piquans et mépris de la part des damoiselles, va chercher des consolations aux genoux de la vieille dame Jeanne de Hurepoix. Semblable à un jeune coq, qui, venant de perdre dans le combat sa crête et ses ergots , est dédaigné par toutes les poules, et ne peut espérer de succès qu'auprès des volailles les plus surannées.

Le surlendemain grand carrousel. On divisa en autant de quadrilles les Bretons, les Piémontais, les gens de langue d'Hic, et ceux de la langue d'Hoc , d'une part ; les Juifs , les Amalécites , les Osmanlis, de l'autre. On battit l'ennemi, on prit

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