BOURGUIGNON, JOSÉPHINE
JOSÉPHINE. Eh ! mais! je ne me trompe pas !.. . mais oui !... c'est lui...
BOURGUIGNON. Ah! bah!... Joséphine!... ah ! ce coup de soleil!... Je suis saisi!... ça me tient là... c'est comme si j'avais avalé trois double-croches.... {Allant dette.) Vous ici, Fifine?.. vous arrivez de Bclleville! — est-ce que mon père serait malade?...
JOSÉPHINE. Votre père?... vous osez m'en parler, M. Bourguignon, il en mourra de chagrin, quand il saura ce qu'il en e9jl....
Bile pleurr.
BOURGUIGNON. De quui , Fifmo !.. . vous pleurez!.... en place j)uMique!... c'est de l'cnfanlillago...
JOSÉPHINE. Laissez-moi!... csl-cc ainsi que je crojais vous revoir!... Je ne nrt 'étonne plus que vous ayez été si long-temps sans venir chez votre père!... vous vous cachiez de lui... et de moi... et vous avez aussi bien fait...
BOURGUIGNON. Fifine, écoutez-moi .. vous vous méprenez sur mes sentimens et sur ma vocation !.. l'air est mou élément, la musique est ma partie!... vou.s l'ignoriez!. . je l'ignorais moi-même... Je ne suis pas lait pour végéter entre un rabot el une scie!... je commence une entreprise qui me fait connaître dans une surface de douze arrondisseraens!... je veux devenir classique et populaire avant trois semaines, et vous prouver qu'il vaut mieux changer d'état que de conscience...
JOSÉPUINE. Vous appelez donc ça un état?.... courir les places, les carrefours, comme un fainéant... Ah! c'est affreux!., voilà comme vous vous montez la tète... vous vous laissez entraîner.... vous vouliez partir aussi dans le tems... c'était la gloire!... c'était superbe!... et votre père a tout sacrifié pour vous!... mais j'aimerais mieux, j'aimerais cent fois mieux vous voir soldat!... vous seriez parti... j'aurais pleuré... mais au moins j'aurais dit : S'il court des dangers, si je crains pour lui, il n'en est pas moins un brave homme, il fait une profession utile, et je vous aurais toujours aimé.. .
Ain : Ce titre ds soldai m'honore.
Pauvre soldat , au retour de la garrre,
Et mutilé par les combats,
Mui, vot'fcinn>', j'aurais été t'iiri'
De roe monlrer à votre bras.
D'un ouvrier, je serais fier' tout d'niûuie De partager l' travail et le destio; Mais vous cessez d'vous estimer vuus-méaie,
Je n'peux plus vous duoner la ciaiii.
BOURGUIGNON. Joséphine I... Joséphiiic !.. qu'est-ce que vous dites là.î>... est-il possible?...
JOSÉPHINE. Certainement... je no suis qu'une pauvre fille, je n'ai que mon travail , mais je ne consentirai jamais à prendre un mari qui me fasse rougir...
BOURGUIGNON. Qu'osez«vous dire, Fifine , le chant est un art divin!... au dire des anciens!... je suis artiste!...
JOSÉPniNE. Et si j'avais été votre femme, moi qui étais si confiante, qui vous aimais de si bon cœur, qu'est-ce que vous auriez fait de moi?... une chanteuse, n'est-ce pas?
BOURGUIGNON. Dieu! que les femmes ont une conception exagérée... voyons, Fifine, écoutez-moi tranquillement, que je vous explique...
11 veut lui prendre la cuaiu , elle le repousse.
JOSEPHINE, plus émue. Et votre pèrel.... pauvre homirte!.... s'il gavait... s'il vous voyait comme ça!... lui, si bon pour vous et pour moi!, car je ne voulais vous rien dire, mais je n'ai pas la force de me taire plus long-temps.... quand j'ai été à votre atelier tout à l'heure, que j'ai appris ce qu'il en était, ça m'a donné un coup!... Eh bien! oui, monsieur, ce bon père voulait nous marier, nous fiancer aujourd'hui n:6me...
BOURGUIGNON. Nous marier...
JOSÉPHINE. Mais ça ne sera pas!... je ne le veux plus... et je vais le lui dire tout de suite.... moi, épouser un aventurier!.... un marchand de chansons!... non! jamais! adieu!., adieu pour toujours!...
Elle disparait rapidement par le fond.