SCÈNE VI. aai
l'auteur; il tous attendrira, il tous subjuguera. Je TOUS entends d'ici vous récrier , tous extasier. u Bon! encore mieux! à miracle! à merveille! j'é- « touffe , je n'en puis plus ; laissez-nous respirer : « c'est du Corneille, du Racine, du Crébillon , du. ((Voltaire! cela ira aux nues! voilà ce qui s'ap-< c pelle une tragédie ! C'est un fier génie que cet ((homme -là! Au scrutin, messieurs: point de (( scrutin ; enregistrons : faites copier les rôles , (( monsieur l'auteur. A qui destinez- vous la prin- « cesse, l'amant, le t^ran?.. nQue d'embrassades, de la part des dames , je vous ménage là, M. Dorîlas ! Que de compliments vous allez recevoir de ces messieurs! La louange, la flatterie, le miel coulent de toutes les bouches. Vous sortez , vous descendez les marches de la comédie, c'est un consul romain qui descend du Capitole ; on vous précède, on vous entoure, on vous «uit; votre ti-iompbe est écrit sur tous les fronts , et sur le vôtre particulièrement, monsieur l'auteur : les oisifs du café sont sous les armes, et vous attendent. Quel moment ! quelle sortie ! Je ne sais pas corn» ment un auteur peut quitter ce jour-là la porte de la comédie.'
DUMONT
Voilà qui est beau : mais quand la pièce est refusée ?
F o n L I s E., C'est un courtisan disgracié , à qui tout le monde tourne le dos ; il descend les marches de la
aaa L'A MANIE DES ARTS.
comédie sans escorte , l'œil morne , et la tète bais* •ée ; sort tans regarder devant ni derrière lui , à droite ni à gauche , et file le long du mur ; mais Dorifas n'éprouvera point ce revers , je t'en réponds. Voyons , continuons ce que nous avons si bien commencé : Dumont , ne m'interromps plus, mon démon me saisit, j'entre en verve; écrivons.
DU M ONT, à lui-même.
Si je faisois aussi des vers ; qu'est-ce qui m'ea empêche ? En les faisant recorriger par un autre , cela n'est pas difficile. M. Dorilas aura hieit la complaisance de faire pour moi ce qu'il fait pour mon maitre.... Poétisons.... Mais pour qui ? Comment ! pour Philis... ma maitresse \ elle a un petit nez retroussé bien capable d'ouvrir la veine.
FOKLISB.
Quelle rapidité ! quelle foule dldétfs ! Gomflia cela se présïente l
Voilà une plume, de l'encre > du papier; il j aura bien du malheur, si je ne fais pas des vers avec tout cela. 11 faut d'abord se frotter le front, se ronger les doigts, regarder le ciel', fixer les jreux en terre , frapper du pied , battre la muraille de sa tête , marcher à grands pas , s'arrêter tout court , s'asseoir tantôt sur une chaise , tantôt sur une autre : essayons toutes ces manières-là... Boni je commence à entrevoir quelques idées ; promtaons-les pour les étendre. ... m'y voilà. . . .
SGËNE YI. 223
D« même qu'un taureav....
Mais cette comparaison -là efirajera ma mal* tresse. . . . Tout coup vaille ; écrivons.
VojonSy que j'arrange ma situation, que je mesure un peu retendue de la scène pouv mon coup de théâtre.... Bon.... il jaura de la place; 1 effet sera merveilleux.... On auroît mis là autrefois du sentiment, le cri de la douleur, du désespoir 9 mais nous nous y entendons bien mieux au jour* d'hut. Une déclamation , un coup d'œil philosoque ; voilà ce qu'il faut.
DtMOHT.
De même qu'un taureau boodissaùt dans les^ airs. . . .
Courage ! Forlise.
Courage ! Dumont.
FOHIISE.
Que je suif content de moi I
DVMOHT.
Que fe suik enchanté de ma petite personne ! Ja me caresserois , je me baiserois volontiers.
POaLISE.
Commeàt ai-je pu trouver cela ?
DU.MOHT.
Comment l'esprit liumaia peut -il aller JMf* que là ?
F o a 1. 1 s z , embrassant son papier»
O trop heureux Forlise!
9a4 L'A MANIE DES ARTS.
D u M o H T , le regardant.
C'est encore apparemment une des cérémonies tle la magie. (Faisant comme son maître,) O trop heureux Dumont ! . . . En effet , je sens que cela m'échauffe l'imagination.. «. O trop heureux Dumont!
poulise.
Voilà de quoi faire tourner la tête à toutes nos femmes.
DUMOlf T..
Je ne sais si la tête en tournera à Philis ; mais elle m'en tourne, à moi..
FOBLISZ.
Je ne me possède pas...'.'.^ Je suis dans unt iyresse. . . ..
DUMOHT.
Et moi ) je suis comme un homme ivre-mort. Ce que c'est que la poésie!
FORLiSfi.
Si Bumont n'étoit pas si bête.. .•
DUMOITT.
Si mon* maître ne crojoit pas avoir tant d'esprit. . . .
FOIILISE.
Je lui liroïs ce morceau.
DUMOBrr.
Je lui ferois voir ce petit plat de mon métier.
FOKLISE.
Mais, non ; il ne sentira point..