‹ Le marchand de SmyrneChapitre 38 sur 314 · GOTTE, LA MARQUISE, M. DÉTIEULETTE · texte numérisé non relu

GOTTE, LA MARQUISE, M. DÉTIEULETTE

LA MAiiQUiSE ouvre le cabinet.

Sortez , sortez , eh bien ! monsieur, sortez.

M. DÉTIEULETTE.

Madame , je suis étonné , je suis confondu de tout ce que je viens d'entendre.

Eh bien I monsieur , avez-vous besoin d'autre preuve pour être convaincu de l'avantage que toute femme peut avoir sur son mari? et si j'étois plus jolie et plus spirituelle....

M. DÉTISULEÏTE.

Cela ne se peut pai..

LA MARQUISE

Encore, monsieur, ne me suis-je servie qne cle nos moindres ressources. Que seroit-ce, si j'ayois fait jouer tous les mouvements du dépit , les accents étouffés dune douleur profonde; si j'avois employé les reproches, les larmes, le désespoir d'une femme qui se dit outragée? Vous ne vous doutez pas, vous n'avez pas l'idée de l'empire d'une femme qui a su mettre une seule fois son mari dans son tort. Je ne suis pas moins honteuse du personnage que j'ai fait ; je n'y penserai jamais sans rougir. Ma petite idée de vengeance m*a conduite plus loin que je ne le voulois. Je suis convaincue que le désir démontrer de l'esprit ne nous mène qu'à dire ou à faire'des sottises.

M. DÉTIEULETTE.

Quel nom donnez-vous à une plaisanterie?

LA MARQUISE

Ah! monsieur, en présence d'un étranger, que j'ai cependant tout sujet de croire un galant homme.

M. DÉTIEULETTE.

' Et le plus humble de vos serviteurs.

I J'ai jeté une sorte de ridicule sur mon mari , sur M. de Glainville ; car vous savez ma petite finesse à votre égard.

M. DETIEULETTE.

Je la savois avant.

LA MARQUISE

Quoi! monsieur, vous saviez.. «

fiCÊNE XXiy. Bg

M. DiTIEDLBTT£,

Que j'avoit l'honneur d'être chez madame de ClaioTille. Un de tos domestiques me l'ayoît dit,

LA MAEQUISE.

Commcpt, monsieur, j etois votre dupe?

M. DÉTIEULEETE.

Non , madame ; mais je n'étois pas la vôtre.

LA MAaQUISE.

Ab! comme cela me confond! Et cette femme qui a des absences, qui oublie son nom? Quoi! monsieur, vous me persiiHiez ?

M. DéTiEULETTE.

Madame , je vous en demande pardon.

LA MABQUISE.

Ah! comme cela me confond et me fortifie dans la pensée d'abjnrer toute finesse! (Elle se promène aveedépiL) Ah ciel! J'espère, monsieur, que cet hiver, à Paris, vous nous ferez l'honneur de nous voir. Je veux alors, en votre présence, demander ï monsieur de Clainville pardon du peu de déeence de mon procédé. Gotte, faites passer monsieur par votre escalier. Adieu, monsieur.

M. DiTIEVLETTB.

Adieu, madame.

LA MARQUISE

Je vous souhaite un bon voyage.

66 lA GAGEURE IMPRÉVUE.

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