‹ Le marchand de SmyrneChapitre 48 sur 314 · HASSAN, ZAÏDE · texte numérisé non relu

HASSAN, ZAÏDE

HASSAN

Vous êtes descendue bien tard ,' ma chèit Zalde.

ZAiDE.

Je me sais amusée à voir du haut de mon pa- TÎllon les vaisseaux rentret dans Ip port. J'ai cru remarquer plus de tumulte qu'à l'ordinaire. Seroit-ce que nos corsaires auroient fait quoique prise?

HASSAir.

Il j a long-temps qu'ils n'en ont fait , et en yérité , je n'en suis pas fâché. Depuis qu'un chrétien m'a délivré d'esclavage , et m'a rendu à ma chère Zaïde» il m'est impossible de les hair.

ZAÎOE.

Et pourquoi \ei hair ? parce qu'ils ne connoissent pas notre saint prophète? Ne sont -ils pas assez à plaindre? D'ailleurs je les aime, moi; il faut que ce soient de bonnes gens , ib n'ont qu'une femme : je trouve cela très bien.

H As s AH , souriant.

Oui , mais en récompense. . . .

ZAÎOE.

Quoi ?

HASSAN

Bien. (A part.'^ Pourquoi lui dire cela? G'eflt

SCËCTE II. 71

âétrnire une idée agréable. ( Tout haut, ) J'ai fait rœn d'en délivrer un tous les ans. Si nos gens avofent fait quelques eâclayes aujourd'hui, qui Mt précisément l'anniversaire de mon mariage , je croirois que le ciel bénit ma reconnoissance.

zaIde.

Que j'aime votre libérateur sans le connoitre! le ne le verrai jamais.... Je ne le souhaite pas , au moins.

HASSAll.

Son image est à jamais gravée dans mon cœur.

Quelle âme!... Si vous aviez vu.... On rachetoit quelques-uns de nos compagnons ; j'étois couché à terre ; je songeois à vous , et je soupirois ; un chrétien s'avance , et me demande la cause de mes larmes. J'ai été anaché, lui dis-je, ti une maîtresse que j'adore. J'étois près de l'épouser, et je mourrai loin d'elle , faute de deux cents sequins. A peine eus-je dit ces mots, des pleurs roulèrent dans ses jeux. Tu es séparé de ce que tu aimes , dit-il ; tiens , mon ami , voilà deux cents sequins , retourne chez toi , sois heureux , et ne hais pas les chrétiens. Je me lève avec transport , je retombe à ses pieds , je les embrasse ; je prononce votre nom avec des sanglots ; je lui demande le sien. pour lui faire remettre son argent à mon retour. Mon ami , me dit-il en me prenant par la main, j'ignorois que tu pusses me le rendre. J'ai cru faire une action honnête : permets qu'elle ne dégénère pas en simple prêt , en échange d'argent, tu ignoreras mon

ya XE MARCHAND DE SMYRNE.

nom. Je restai donfondu , et il m'accompagna jus* qu'à la chaloupe, où nous nous séparâmes les larmes aux jeux.

ZAiOE.

Puisse le ciel le bénir à jamais! Il sera heureux sans doute , ayec une âme si sensible.

HASSAN

11 étoit près d'épouser une jeune personne qu'il de voit aller chercher à Malte.

ZAiDE.

Gomme elie doit l'aimer !

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