‹ Le marchand malgre lui comedie en cinq actes en versChapitre 6 sur 80 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

RENÉ

A table, diantre 1

L’heure du déjeuner me carillonne au ventre.

Je vais dire deux mots au pâté que voici I

(On se met à table.)

Ainsi, ton examen ?

CLAUDE

Est passé, Dieu merci!

Je suis recul

BOBINETTE, frappant des mains.

Bravo!

Très-bien, mon cher!

CL AUDE

Au diable

Le grec et le latin ! — Je suis insatiable De liberté !— J’ai fait depuis assez longtemps Ce qu’ont voulu ma mère et messieurs les pédants.

A mon tour! et je vais m’en donner tout à l’aise! Pour commencer je vais étudier Pergolèse,

Le vieux Palestrina, le Porpora, Mozart,

Tous. — Je vais me payer une débauche d’art.

Oh ! les concerts charmants, les notes étouffées Que l’on sent bourdonner et venir par bouffées ! Comme des cris d’oiseaux lascifs dans les buissons J’entends dans mon cerveau chanter mille chansons 1 Quels opéras divins nous allons faire ensemble I

BOBINETTE

Faites des polkas, hein?

RENÉ, riant.

Sans doute !

(Levant son verre.)

Enfoncé, Rossini !

(A Claude.)

Que t’en semble ?

CLAUDE, trinquant.

Mon vieux, nous serons grands.

Ah ! quel bonheur !

RENÉ, sérieux.

Es-tu bien sûr de tes parents?

tt

Comment cela?

clau d E.

RENÉ

Tu sais, c’est de l'amour peut-être ; Mais ils ne voient pour nous qu’un honnête bien-être, Et le lit bassiné de la famille, — enfin,

Ils mettent, comme on dit, de l’eau dans notre vin : Car ils ont peur du vin fougueux de la jeunesse,

Et nous ôtent le verre au nom de la sagesse!

Avant’d’allcr plus loin es-tu bien décidé A ne point le lAcher sans qu’il ne soit vidé?

Page 1