ACTE PIIEMIER, SCENE V
Dr FRANCE Y
Oh ! il faut l'excuser. 11 est avant tout homme d'affaires... Il lui arrive souvent d'avoir les apparences de prendre des eniiagements quand, en réalité, il nest pas encore résolu... Cela se pratique beaucoup dans les affaires... C'est même un peu en cela qu'elles consistent...
GERMAINE
Alors?...
DU FRANCE Y
Alors, je ne me suis jamais expliqué pourquoi vous cherchiez de ce côté des conseils ou une collaboration... Il y a un mur, chère madame, qui nous sépare de ces gens-là 1...
Mais c'est maintenant que vous me dites cela!
DU FRANCEY
Je saisis la toute première occasion... Ah! chaque fois que j'ai aperçu dans nos bureaux sombres la tâche claire de vos cheveux blonds et de vos jolies toilettes, j'ai éprouvé, je vous l'avoue, un peu de surprise à l'idée que vous ne vous fussiez pas adressée à moi. {Une pause.) Il y a entre nous certaines afQnités que vous ne deviez pas rencontrer ailleurs... En tout cas, nous sommes du même monde... Que vous avez été mal inspirée!...
GERMAINE, ap7-ès uu silencc, âprement.
Enfin, je peux faire mon deuil de tous mes projets et de toutes mes espérances !
DU FRANCEY, très pvès d'elle Mais non !... Voulez-vous ne pas dire ces choses!... Vous ne savez donc pas combien vous êtes belle, radieusement belle?... La beauté, c'est une force! Elle triomphe toujours. Ecoutez... Peut-être que Simonein voudra s'exécuter... Peut-être l'y amènera-t-on... Peut-être adopterons-nous un antre plan...
G E R M AINE
Ah! vous ne connaissez pas nos embarras, pour en parler aussi posément!
DU pranc?:y Croyez-vous donc que j'aie attendu à ce jour, pour me mettre au courant de ce qui vous louchait?... Voulez-vous avoir un peu de confiance en moi?... J'ai quelque expérience... moi aussi. Moi aussi je peux quelque chose... je peux même beaucoup pour ceux auxquels je tiens... Méditez là-dessus. Mais en tout cas, permettez-moi d'espérer que nous avons conclu un pacte d'amitié et permettez-moi de le sceller... (// lui baise In main longuement.) II nous faudrait au plus tôt une sérieuse conférence... {Sonnerie.)
On a sonné à la grille. Ce doit être M. Forou, notre voisin... Je l'ai invité sur la demande de M. Simouein.
DU PRANCEY
Je sais... C'était un moyen de faire sa connaissance... Figurez-vous que ce bonhomme, qui s'intéresse dans les affaires de la Nouvelle Croisade pour des sommes énormes, ne s'est jamais fait présenter à nous... Il n'a même jamais paru au siège de la Société!... Un original!... N'a-t-il pas été marchand de chevaux ou quelque chose d'analogue ?
GERMAINE
Oui, et il a fait un héritage imprévu... Des millions... Vous savez qu'il est abominable. Enfin, on le laisse dans son coin... Il est un peu encombrant, par exemple!... Le plus drôle est qu'il me fait une cour si cocasse que...
ADRIEN, entrant.
M. Forou demande si madame peut le recevoir?
GERMAINE
Mais naturellement! {Adrien sort.) Qu'a-t-il besoin de se faire annoncer?
ACTK PREMIER. SCEXE VI 29
SCK.XE VI
Les Mêmes, FOROU
FOROU, introduit par Adrien qui se retire. Il est vêtu d'un complet-jaquette anglais à larges carreaux. Messieurs, dames.
(// présente une énorme gerbe de fleurs à Germaine.)
GERMAINE
Oh! les superbes orchidées !
Ya pas de quoi, Madame!... J'attendais au billard. J'ai pas voulu passer par la serre, parce qu'y avait de la société... On a pas toujours envie d'être dérangé I
GERMAINE, qui est allée mettre le bouquet dans un vase.
Mais, je vous assure que vous ne nous auriez pas dérangés le moins du monde! {Présentant.) Monsieur Forou, Monsieur le comte de Cosmon du Prancey.
FOROU
Très honoré. Monsieur le comte... J'ai eu l'honneur de rencontrer souvent Monsieur le comte au Bois, qui menait une paire de chevaux, mis que c'était épatant... Et quand je dis épatant, Monsieur le comte peut me croire, parce que les chevaux ça me connaît un peu et puis que j'passe jamais de pommade à personnel... J'ai pas besoin d'en passer d'abord !...
Di' PRANCEY. s' inclinant.
Ce bouquet est une véritable merveille!... Il vient de vos serres, .Monsieur Forou?
FOROU
Oui, Monsieur le comte, et c'est pas pour dire, mais si vous vouliez acheter le pareil dans Paris, c'est pas un sou
que ça vous coûterait. Je vous en fous... pardon !... je vous en fiche mon billet!... {Courte gène.)
■ GERMAINE
Les orchidées sont ma passion! Elles sont fantasques, troublantes... Ce sont des fleurs de rêve...
Oui... sûrement... C'est rigolo à regarder. Malheureusement, ça ne sent rien !... Moi, vous savez, je suis brouillé avec les fleurs qui ne sentent rien!... Je trouve que les fleurs, c'est fait pour être reniflé !
DU PRANCEY
Vous êtes amateur de parfums?
FOROU
C'est-à-dire que j'en suis maboule!... Je suis comme une femme pour les odeurs... Du reste, c'est une femme qui m'a donné cette manie-là... Oui... dans le temps... Une petite amie. Oh! une pas grand'chose !... J'devrais peut-être pas en parler... Mais le plus curieux, c'est qu'elle ressemblait beaucoup à Madame !... En moins bien s'entend... en beaucoup moins bien... Ça n'empêche pas qu'elle était déjà rudement jolie !... Oui, tout à fait votre genre, Madame!...
GERMAINE, sowiant.
Je suis vraiment flattée de la comparaison.
FOROU
Je le dis comme je l'pense. {Réflexion.) Mais y a pas d'ofl'ense, j'espère!... N'est-ce pas, Madame, vous n'avez pas pris ce que je disais de travers?... C'est au physique qu'elle vous ressemblait, bien entendu!... Allons, vous n'avez pas cru que j'avais été vous dire... à vous... moi... moi qui... Non, voyons!... Cette sacrée langue que j"ai aussi!...
DU PRANCEY, souriant.
Du moment que M. Forou s'explique...