ACTE II, SCÈNE II
LKQiiN, mousiaches noires, tenue d'aiitomobiliste, pm'dessus et casquetlr en toile cirée.
Je passais en tuf-tuf... j'en ai profité pour...
GASTON
En tuf-tuf!... Bravo!... Ce que vous devez en meubler des cocottes!... Ne protestez pas. Tout le haut commerce parisien vit des cocottes... Et ce qu'on les exploite! C'est dégoûtant! Ah! Messieurs les fournisseurs, vous êtes féroces pour les dames seules!...
LEQUIN
Croyez-vous?... Les affaires ne vont pas fort pourtant!...
GASTON
Allons donc! Vous gagnez de l'argent gros comme vous... Oh! je sais que vous en croquez aussi!... Vous avez de bonnes petites dents, mon noceur !
LEQUIN
Mais le malheur, c'est que je ne suis pas seul... J'ai des associés inconnus du public... Ces bonnes gens voient sans cesse des sorties et rarement des rentrées... Vous comprenez leur état d'àme... La clientèle devient d'un dur à la détente!... Ma parole, de nos jours on ne paie plus ce qu'on achète!...
Encore un vieil usage qui s'en va!...
LEQUIN
Bref, je me trouve tout à fait à court... Comme j'ai de grosses échéances, je me suis permis de vous apporter la douloureuse... C'est la quatrième fois qu'elle vous est présentée et...
GASTON
Aïe, comme vous tombez mal, mon cher !
LEQUIN
Je ne tombe jamais bien dans ces cas-là... Voyons, j'ai ici deux factures, l'une, vieille de trois ans, pour ameu-
blement du salon de M""= Cerlier : onze mille francs... L'autre, ameublement du boudoir de M"" du Poitou : vingttrois mille...
La proportion y est!
LEQUIN
Eh bien! réglez-moi la petite note...
GASTON
La légitime...
Et je vous accorde les délais les plus extravagants pour le paiement de la grosse... Je suis raisonnable, je crois?...
Vous êtes antiquel... Mais, hélas! pour moi, c'est kifkif!...
Un bon mouvement I... Je vous dirai mieux encore : donnez-moi onze mille francs et nous ne parlerons plus de la facture de M"" du Poitou!
GASTON
Tiens! Quelle drôle de façon de traiter les affaires!... Vous voulez me faire un cadeau?...
LEQUIN
Ce n'est pas un cadeau... Ou plutôt il n'est pas pour vous... Je ne sais comment vous expliquer la chose... J'ai... en quelque sorte, pris votre succession... Jacqueline n'est plus une cliente pour moi.
GASTON
J'y suis!... Actuellement c'est vous, monsieur du Poitou!... Mais je ne vois pas bien en quoi ça me dispenserait... Vous n'avez pas, je suppose, la prétention de rembourser les frais de tous vos prédécesseurs?
LEQUIN
Votre cas est spécial... Je suis un homme du monde avant tout!... Je vous ai suivi de si près que j'aurais un