DONATIEN, NÈGRES
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objets usas Hishitation. On entend gronder sourdement |
Forage.
Donatien, à lui-mime.
Le bâtiment qui m’amenait de France à la Martinique venait d’entrer dans le port. Tout au souvenir du beau pays que j’avais quitté avec tant de peine, déjà je mettais le pied sur la planche, , et triste, découragé, j’allais descendre au rivage, j lorsqu'au milieu de la foule accourue pour voir ■ les passagers, une jeune fille, un ange, vint frap- ^ per ma vue. Au lieu du sentiment de curiosité que faisaient éclater les autres spectateurs, elle promenait autour d’elle de mélancoliques regards, eL il me sembla qu elle attendait un ami. Ce moment a décidé de mon sort. Jamais mes yeux n’avaient été éblouis de tant de grâce unie à tant de beauté ; et lorsque, plus tard, j’appris que celle \eune fille était la noble Eléonore de Kerbran, la j plus riche héritière de la Martinique... il n’était plus temps; je l’aimais... oh! de toutes les forces de mon amet j’aimais la fière créole qui me mépriserait quand même je pourrais lui apporter toutes les richesses de la terre ; je l’aimais comme j un fou, comme un insensé, malgré tous mes rai- ^ sonnemens, tous mes efforts , au point d'oublier quelquefois les préjugés de son rang, sa fortune, ma pauvreté, bien plus... ma naissance. Ah! oui, c’est là l’obstacle insurmontable! En France, tout peut se racheter avec du talent, du courage, du génie ; mais à la Martinique, rien ne saurait effacer la goutte de sang noir tombée dans mes veines, et je ne serai jamais aux yeux de ce# insolens colons qu’un esclave qui a brisé sa chaîne... Ah ! j’ai bien fait de ne pas me servir de la recommandation que j’ai apportée de France pour M. de la Rebeliêre ; je rougirais de rien devoir à cet homme qui, dil*on, joint à la dureté d'un af-
franchi parvenu l’insolence d’un noble de race. Et c’est lui qui doit devenir l’époux d’Kléonorc!... Oh! je partirai, je ne resterai pas sur cette terre Inhospitalière !
ÜN nEc.hk.
Voilà minuit, maître; roulez-vous qu’on vous serve le souper?
DONATIEN
Non. Quel temps épouvantable ! As-tu attaché une torche de résine au sommet de la case, pour servir de fanal à ceux qui seraient égarés?
LK NfciRK
Oui, matlre; mais ça ne leur servirait pas à grand’ chose s'ils étaient encore dans la vallée.
DONATIEN
Pourquoi?
.LE NfcGRE.
Parce qu’ils seraient balayés par les eaux. Avant cinq minutes, le ruisseau de la ravine qui conduit ici, gonflé par l’orage, chariera de grands arbres et de grosses pierres.
DONATIEN
Heureusement, à l'heure qu’il est et par un ouragan pareil, il ne peut plus y avoir de voyageurs sur les chemins.
LE NfcGRE.
Les malheureux qui n’auraient pas eu la pensée de gagner les terres au plus vite n’arriveraient pas à leur destination! ( Coup de formerre.) Voyez, l’ouragan redouble.
Brui! i la porto DONATIEN, écoutant.
On a frappé, je crois; oh t ouvre vite.