DONATIEN . ELÉONORE , M“* HÉBERT
DONATIEN, resté en scène.
A sa vue, je sens mes genoux fléchir, mes yeux se voiler; mon ame est sans force pour supporter tant de bonheur.
tiioitoii.
Ah ! enfin, voici le maître. Nous vous demandions, monsieur, et nous cherchions, ma benne amie et moi, quel motif avait pu vous empêcher I de nous faire les honneurs de la collation qu’on ; vient de nous servir.
DONATIEN
Oh! veuillez m’excuser, le respect seul... Mais vous avex daigné vous apercevoir de mon absence. !
ÉLÉONORE
Ah! monsieur! Éléonore de Kerbran n’oubliera amais votre généreux secours.
DONATIEN
Ni moi la faveur que le ciel m'accorde en ce moment.
ÉLÉONORB.
Asseyez-vous donc, monsieur! (Donatien prend 1 un siège.) Vous avez manque de payer bien cher, j monsieur, ce que vous avez fait pour nous.
DONATIEN, toujours debout , mais faisant de son siège comme un point d'appui.
Obi je' n’avais rien a craindre. Comment n’aurais-je pas triomphé d'obstacles plus terribles en- ! coreî N'étiez-vous pas là, devant moi, déjà entraînée. près de périr?... Mais c’esl lorsqu’on m’a j dit qu'à deux pas de celui qui vous aurait donné | mille fois sa vie, vous étiez menacée, perdue [
TrffcATRAli.
1 peul-flre. sant qu'i\- rtt devin* voire présence, voire danger, lorsque je marchais au irnord, sans savoir si je vous trouverais. . c'esl alors que j'ai tremblé!...
M>l* HEBERT.
Tant de dévouement pour deux femmes que vous ne connaissez pas? .
ELÉONORE
Comment, monsieur! poarroni-nous jamais anse* vous remercier?
DONATIEN
Me remercier! vous qui m’apportez un trésor de doux souvenir, vous à qui je devrai la première * joie que mon cœur ait ressentie dans ces climats !
, Si vous saviez? vous voir dans ma demeure, penser qu'aucun danger maintenant ne peut plus vous atteindre, c est un bonheur si grand qu’on ne doit en éprouver un semblable qu’une fuis en sa vie.
ÉLÉONORE
Y a-t-il long-temps que vous demeurez sur celte habitation ?
DONATIEN
Cin| année, mademoiselle.
On s’aperçoit tout de suite que vous n’avez pas toujours vécu dans cc désert.
Donatien, s'inclinant.
l'ai été élevé en France.
Vous avez vu la France?
DONATIEN
J'y ai passé les années les plus héafeosesdema vie.
■ Ue HÉBERT.
Et vous Pavez quittée, monsieur?
DONATIEN
On me disait: Va, pauvre eufant, là-bas lu trouverasun protecteur... un ami... peut-être plus encore... une famille.
éléonore. •
Une famille! Eh bien?
DONATIEN
Lorsque j’arrivai , plein d’émotion et il ne s'est pas trouvé nn vis âge pour me sourire, pas une main pour serrer la mienne; l'aUrmdfm, voilà ce qui m'attendais, ca qui devait sécher les larmes du départ.
ÉLÉONORE, a part.
Seul ! sans amis ! Pauvre jeune homme!
PALÊME, entrant à pas de loup par le fond , et te glissant (Lins le cabinet a droite.
Elle est toujours là!...
M 11 * Hébert, à Donatien.
Que je vous plains, monsieur’... Mais n'avezvous pas l’espoir de retourner un jour e» Frortce ? Donatien.
Je l’ai voulu long-temps; mais a présent...
M ,,e HÉBERT.
Eh’ bien! à présent!
DONATUH*.
Il est une puissance plus (brie que mes souve-
LE MARCHÉ DE SAINT-PIERRE
nirs, plus forte que mes regrets qui m’enchaîne kl... jamais je ne reverrai la France.
iLtoSOKf.
Et vous ferez bien; car, malgré toutes les merveilles que m'en raconte chaque jour ma bonne Hébert, je ne conçois pas comment on peut vivre dans un pays où, pendant la moitié de l’année, il n’y a ni fleurs, ni fruits, ni feuilles aux arbres, et où un soleil rare et pèle réchauffe & peine ce que vous appelez yos étés. Ah ! rien qu'en y pensant je frissonne, et je sens un froid mortel qui me saisit.
DONATIEN
C’est justement cette variété dans les saisons, mademoiselle, qui la fait naître dans les plaisirs. Ce sont ces grands contrastes de la température qui donnent tant d'énergie à la pensée, et tant d'industrie à l’homme; qui assurent cette suprématie à l’Europe sur nos beaui climats et qui ferait pen* ser qu'il est plus dans l'intérêt de l'espèce humaine d’arracher à 1a nature que de recevoir d'elle ses trésors.
M 11 * Hébert, riant. *
▲hl oui, parlez donc du moindre effort aul maîtres de ce pays, qui n’ont pas même le courage d’être bons. *
ÉLÉONORE
Hébert! c’est vous qui devenez méchante!
DONATIEN, te levant avec vivacité.
J’ai entendu du bruit, je crois. [Allant au e abinet et rouvrant.) Qui est là T
UNE ton.
C'est moi, maître.
DONATIEN
Que fais-tu? que cherches-tu dans ce cabinet?