SCENE V
LA REBEL1ÊRE, M n * HÉBERT, ÉLÊOXORE, FÉMI, MICHEL.
Michel, arriva»! de dehors, à demi-voix.
Monsieur!
LA REBELtfeRK.
Qp’cst-ce?
' MICHEL, de mime.
Le commandeur vous fait savoir que tout-à- Vheure, en porlaut à Donatien sa cruche d’ciuet son pain decassave...
LA HKBELIfcRE, riant.
Ah! c'est de l'épave encore qu’il s’agit; tu peux parler haut... Eb bien! quand tu lui as porté sa cruche et 6on pain, qu’csl-il arrivé?
MICHEL
On lui a trouvé une fièvre ardente.
*LÊOKOBK, qui semblait occupée de ses achats , levant les yeux au ciel.
Le malheureux! c'est pour moi!...
LA RKBKLIfcRK.
Diable! diable! ce n’ost pas mon compte!
si tau EL.
Comme il est dans une espèce de délire, le commandeur craiut qu’il ne devienne fou. si on le laisse dans la fosse étroite et humide où vous i'avez fait jeter avec dus fers.
LA RERELIËRE. .
Il faut les lui ôter, et le faire sortir de ce lieu*. Qu'on le mette dans le cachot au-dessous de ma chambre qui donne sur lo petit parterre, où j’avais fait enfermer Vulcain. le borgne... Le diable en personne n'ébranlerait pas la forte grille qui le cfdt d'un côté cl la lourde porte qui le ferme de l'autre... J'ai plus de confiance dans les bonnes ! ssrrures que dans les sentinelles qu'on peut ga- j g (ter. (// a dit cclu en montant prendre les clrfs à sa chambre; les remettant à Michel.) Voici les doubles clefs, celle de la petite porte et celle du caveau.
MICHEL
Lui laisserons-nous les entraves aux pieds?
LA REBKLIËRB.
Une seule... mais aux mains des cordes solides; 1 et si tes blessures étaient saignantes, qu'on les frotta avec le baume souverain du Cap; tu viendras me donner de scs nouvelles. ’ Michel sort par le fond , entre sons le hangar, ou il semble
donner un ordre, puis il revient à une petite porte oblique placée au fond cl donnaut sur le parterre, et l'ouvre. Se promenant, ) Une fièvre ardente a dit Michel... c’est inquiétant.
ELÉONORE
Oh! monsieur, vous ne le croyez pas.
LA RKBKL1ËIIK.
Dites plutôt que je ne le désire pas; il nejnan querait plus que le drdle s'amusât à mourir avant la vente, pour se moquer tout-â*fait de moi ! ELÉONORE, à part, avec horreur.
Oh!
la REBELifeRK, voyant Michel .
Ah ! le voici !...
D«ui liammei lurliol du hangar sprev Michel l'ont suivi, portant Donation, qui paraît prive de sentiment ; tou.* avancent «lu fond, passent par la petite porto qur Michel a ouverte; puis 1 iraver» la grille placée au fond du cachot, on le» voit travericr le petit parterre situe au-tleU de cette grille, et disparaître dan» la coulisse à droite.
M ,,f HÉBERT, avec effroi, pendant le passage de Donatien.
Monsieur! monsieur! comme il est pâle!... on le dirait inanimé.
éléonore, vivement.
Oh! je veux...
Elle fait un pas ver» le fond.
LA REBELIÈRB, l'arrêtant, avec une fausse douceur.
Rassurez-vous... Il ferme les yeux, il se tait... par entêtement... pour ne pas dire le bien que lui a fait le baume du Cap ; mais je suis sans inquiétude maintenant; au moment de se mettre en roule, il sera frais comme une rose.
Pendant ce temps, Michel, qui avait disparu dan» la coulisse, a ouvert une porte latérale du cachot; les deus. hommes y ont transporté Donatien et l'ont étendu sur une natte.
MICHEL, dans le cachot.
Les cordes sont solides; Uissons-ta.
Il sort avec les deu* hommes.
*, LA RBBEL1ÈRE.
Ce Michel n’en finit pas!
éléokore, à part.
Là, sous cette chamhre, si près de moi!
la rebeliére, examinant Eléonore Comme elle est agitée!... ma vengeance coinmence«déjà. (Bus à Michel, qui réparait avec les deux hommes , ferme la porte du parterre et remet les clefs à la Rcbclicre.) Eh bien! le baume a fait son effet?
MICHEL, de mime.
Bien malgré lui.
ELÉONORE, à part.
Qu'inver.le-t-il encore?
LE MARCHÉ DE SAINT-PIERRE
LA REBELIÈRE.
Comment! un drôle qui ne veut pas qu’on s’intéresse à sa santé!... on lui revaudra cela plus tard... (Accompagnant Michel.) Pendant la route, surveillée sans relâche...
Il continue bas, en marchant toujours.
H 11 * hkbbht, qui regardait en dehors, à Fémi qui rentre.
Eb bien! Fémi, qu’y a-t-il donc sous le hangar? fémi.
ï.e vieux Léo, qui fait des contes aux deux ca- | valiers de maréchaussée qui doivent emmener l’épave à Saint-Pierre; deux cavaliers! comme s’il était besoin de leurs grandes épées et de leurs mousquetons pour garder le pauue homme !
ÉLÉORORB.
Et il est bien sûr qu'il sera vendu demain ?
nhn.
Oui, s’il est encore vivant; mais pendant le chemin, il a juré de se tuer plutôt que de se laisser vendre. I
M a ° HKBKRT.
Ciel!
ÉLÉOKORB.
Il a juré cela?
fémi.
Chut! voilà maître. -.
LA rbbblièrb, revenant.
Je viens de donner mes derniers ordres; maintenant nous allons tous nous reposer... ( Voyant Eléonore qui chancelle en se levant. ) Mais vous ne pouvez vous soutenir, ma pauvre enfant; prenez donc mon bras.
éléorork, le repoussant.
Non, non, monsieur, non... je suis très-bien en ce moment.
LA RBBBLifcRB.
Bonsoir donc, ma chère pupille.
Il lalue M Ur UeLcrt, qui l« lui rend.
ÉLÉORORB.
bonsoir, monsieur. (S'approchant de Fémi. )
Tu m’attendras en ce lieu... lorsque tout le monde sera endormi, je reviendrai.
fémi, bas.
Suffit, maîtresse.
LA RBBBLifcRB.
A bientôt!... ( Eléonore rentre aans sa chambre; Jf 11 * Hébert sort avec Fémi. Drux nègres , vendant cette seine, sont montés a la chambre de la Rebelière; l’un d'eux a allumé ta lampe, de nuit; l’autre a préparé l’appartement. Lorsque Us dames sont retirées , ils s’apprêtent a suivre la Rebelière.) it n’ai pas besoin de toi; va- l’en l- f
Le» uègrr* •'éloignent.