‹ Le marchéChapitre 38 sur 65 · ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE V

m'hiimilier. D'abord vous êtes un gentilhomme, moi j'ai été palefrenier, c'est mon rôle... Tenez, Monsieur le comte, un aveu en vaut un autre... et c'est moi qui fais le premier!... Je suis amoureux de M™" Certier... moi!... Oui, moi, moi, moi!... Moi. un rustre! Je l'aime tout comme si j'étais comte... Je l'aime même mieux, puisque je suis prêt à sacrifier une partie de ma fortune pour un renseignement... Je l'aime comme un enfant, comme un fou!... Quand je suis seul, j'embrasse son portrait, je lui envoie des baisers à travers la muraille, je pleure, je crie... moi Forou!... Forou le maquignon!... Ça vous suffit-il? Suis-je assez ridicule?... J'ai du chagrin, beaucoup de chagrin... Vous ne vous figurez pas le chagrin que j'ai, le mal que vous me faites, quand je vous vois si près d'elle, que tout son corps frôle le vôtre!... Voyons Monsieur le comte, vous me tenez par ce que je vous ai raconté là!... Je me suis mis entre vos mains... Je souffre!... Je suis amoureux de la ravissante M™*' Certier!... C'est à se tordre !...

DU PRANCEV, gêné.

Mais je ne saisis pas... Je n'ai rien à vous dire...

FOROU, la voix blanche. Se contenant.

Un peu de charité, sacristi!... Vous qui êtes un homme chic, un homme fêté!... Vous qui pouvez toutesles avoir!... Vous qui n"avez pas de grosses mains rouges et une voix enrouée, vous qui n'êtes pas un bougre à qui on jetterait son passé à la face, s'il osait parler à une femme comme vous leur parlez!... Je n'ai qu'un amour au monde! Pensez à ça!... Vous ne l'aimez pas, vous! Sûrement, vous ne l'aimez pas... Pour la prendre, il vous a fallu lui promettre de tirer son mari de ses embêtements... Sans ça elle n'aurait pas voulu... Elle aime son mari! Elle l'adore!... Vous ne voyez pas ces choses-là! Vous ne l'observez pas! Vous ne l'épiez pas!... Mais ça crève les yeux!... Et moi, ça me crève le cœur!... Seulement, vous vous en fichez, de tout ça ! Vous vous fichez d'elle d'abord ! C'est une jolie fille que vous avez voulu vous offrir!... Avouez que c'est vrai... Vous avez eu bien raison, du reste... C'est très drôle ! Vous avez pris tous les engagements qu'elle vous a demandés, et maintenant qu'il s'agit de casquer, vous allez vous défiler...

54 LE MAUCIIE

C'est un lapin, quoi!... Y a pas de honte à ça... Nous en avons tous fait autant!... Convenez que j'ai vu clair dans votre jeu!... Allons, Monsieur le comte, je vous en supplie... Seulement le temps presse... J'supplierai plus longtemps!... Pensez à vos années de jeunesse, à vos années de dèche...

DU PRANCEY

Arrêtez!... Vos menaces me sont fort indifférentes, mais un moment vous m'avez touché... Sincèrement... J'ai été ému... Je crois vous comprendre... Je ne peux pas vous révéler ce qui n'existe pas, mais je vous donne un avis... M'^^Certier a besoin d'argent, d'une somme considérable... Sa gratitude, avec toutes les conséquences, serait acquise à l'homme qui la tirerait d'affaire. Ne m'en demandez pas davantage!...

Suffit!... J'ai compris!... Vous êtes sauvé... Mais voici où je voulais en arriver... Tout à l'heure je vous ai ouvert mon cœur... Que je ne vous retrouve plus sur mon chemin, ou je vous casse!..- [Germaine et Gaston entrent à droite. Germaine a. enlevé son

manteau et sa toque et est en taille. Gaston, costume de

ville, chapeau, canne et gants.)

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