SCÈNE PREMIÈRE
GERMAINE, MADAME DE HUNINGUE
{Quand le rideau se lève, les deux femmes sont assises en train de causer.)
MADAME DE HUxNINGUE
Et notre amie Alice, par exemple?... Pençez-vous qu'elle soit sage?... tout à fait sage?...
GERMAINE
Mais Alice adore son mari!... C'est un ménage charmant!...
Ils s'aiment beaucoup... Ils sont très heureux... Toujours est-i) que le mari gagne trente mille francs par an et que le couple en dépense cent mille...
GERMAINE
Alice a un amant?
MADAME DE HUNINGUE
Non, un ami... Tout Paris le sait. C'est le vieux de la Courtilière... Ça dure depuis cinq ou six ans.
GERMAINE
Et s'il venait à mourir?
MADAME DE HUNINGUE
Oh! comme il aime beaucoup Alice, il a dû lui assurer le luxe de toute l'existence, par une donation ou de quelque autre manière... Elle se tient très bien, du reste... Elle ne l'a jamais trompé...
GERMAINE
Excepté avec son mari!... {Unr pause.) Quelle désespéranle image, ce vieux qui assombrit de sa présence, l'intimité de toute leur vie!.,.
MADAME DE HUNINGUE
N'est-ce pas?... Pourtant un jour que je disais là-dessus deux mots à Alice, — elle me parle de son cas avec la plus grande désinvolture — (^ Lui! s'est elle écriée, mais, il se fait positivement désirer!... 11 est d'une galanterie, d'une discrétion!... Pas l'ombre de fatuité!... On croirait un jeune homme timide!... Il sent qu'il a son âge à se faire pardonner... Ça le rend délicieux! »