‹ Le Maréchal Canrobert, souvenirs d'un siècleChapitre 244 sur 255 · Le corps du maréchal Canrobert marchera sur Novare · texte numérisé non relu

Le corps du maréchal Canrobert marchera sur Novare

1er juin. — Niel j

Mac-Mah on \ sur Novare.

Garde impériale )

On rétablira les ponts à Verceil et on fera une tête de pont.

Le général de Mac-Mahon fera un simulacre de passage à la Cavesina à gauche de Voghera. Les batteries à cheval de la réserve resteront à Alexandrie.

Le général Leboeuf transportera par chemin de fer l'équipage de pont pour passer le Tessin à Turbigo.

La division Desvaux suivra le maréchal Canrobert.

Notre ligne sera ainsi gardée :

Tortone : une brigade d'infanterie, un régiment de cavalerie, deux batteries;

Alexandrie : un régiment, deux batteries, quatre dépôts sardes ;

Casai : une division sarde;

Verceil : une division sarde.

On ne jettera pas d'autre pont à Candia.

Lettre de l'Empereur au Roi de Sardaigne pour lui expliquer son projet de marche de flanc et lui transmettre ses ordres.

V Empereur au Roi de Sardaigne.

Alexandrie, 26 mai.

Monsieur mon frère,

Voici le plan que j'ai arrêté et qui aura, je l'espère, l'approbation de Votre Majesté.

Le 30, une division sarde occupera Palestro afin de permettre d'y établir un pont de bateaux que je ferai jeter, pour joindre Palestro à Prarolo.

Deux autres divisions d'infanterie de Votre Majesté seront à Vercelli et, le matin du 31, elles attaqueront toutes les trois le village de Robbio, en en chassant l'ennemi.

Dans cette attaque, les troupes de Votre Majesté seront soutenues par le corps du maréchal Ganrobert qui aura pris position à Palestro, après avoir passé la Sesia.

En ce moment, les armées alliées occuperont les position* suivantes :

1° Trois divisions sardes à Robbio;

2° Corps Ganrobert à Palestro;

3° Corps Mac-Mahon à Prarolo;

4° Corps Niel à Borgo Vercelli;

5° Garde à Verceil;

6° Corps Baraguay à Verceil;

7° Cavalerie Desvaux et équipage de pont à Albano pour se rendre à Biandrate.

Si l'ennemi est en retraite de Robbio, toute l'armée se portera en avant de Novare :

1° L'armée sarde par Confienza, Gravezzo, Lumellogno;

2° Canrobert par Vinzaglio. Cazalino, Cameriano;

3° Niel par Casalboni, Biandrate, San Pietro Theretto;

4° Mac-Mahon par la grande route;

5° Le maréchal Baraguay occupera Palestro, Robbio et Confienza. Une division sarde restera à Verceil pour garder la tête de pont de Torione à Borgo Vercelli et, si l'ennemi a disparu, il se rendra à Novare ou Confienza et par Casalino et par la grande route.

Une division sarde restera à Casai et fera, vers Candia, une démonstration le jour du passage.

Une division française restera pour garder la coinmunicar

532 CASROBERT.

tion de Gênes. A Alexandrie, un régiment d'infanterie; à Tortone, deux régiments d'infanterie, un régiment de cavalerie et quatre batteries à cheval.

(Minute de la main du général de Martimprey .)

Ordre général modifiant celui du 26.

29 mai.

Ordre de mouvement.

Le 30 mai :

L'armée du Roi, qui était à Verceil, s'établira en avant de Palestre* ;

Le 3e corps se portera de Casai à Prarolo et y établira ses ponts;

Le 4e corps qui était à Casai, au delà du pont, se rendra à Verceil par la grande route, traversera Verceil et s'établira à Borgo Vercelli ;

Le 2e corps, qui est à Valenza, gagnera Casai sans aller de Casai à Vercelli. [On peut prendre deux routes : la première, la grande route, en traversant Villanova et Stoppiana; la deuxième, par Rive et Avigliano];

La cavalerie Desvaux se rend d'Alexandrie à Casai ;

La garde, d'Alexandrie à Casai, au delà du pont, se rendra, par la grande route, à Trino;

Le 1er corps sera à Valenza.

Le 31 mai :

L'armée du Roi reste en avant à Palestro;

Le 3e corps à Palestro;

Le 4e corps à Borgo Vercelli ;

Le 2e corps à Verceil;

La garde à Verceil ;

La division Desvaux au delà de Verceil, vers Albano;

Le 1er corps, de Valenza à Casai.

Le 1er juin :

A l'aube du jour, l'armée sarde se portera sur Robbio en chassant les Autrichiens et elle pourra les poursuivre jusqu'en deçà de JXicorvo pour s'emparer du passage de l'Angnogna, mais sans oublier de laisser la plus grande partie de ses forces

à Robbio, ou plutôt en arrière de Robbio, dans une bonne position pour surveiller les routes qui viennent de San Angelo et de Rosasco.

Le maréchal Canrobert occupera Paiestro avec deux divisions : il en enverra une à Gonfienza. De ce dernier endroit, il enverra des éclaireurs avec des guides pour reconnaître et surveiller les chemins qui conduisent de Gonfienza à Vespolate et de Gonfienza à Borgo Lavezzaro.

Si la division qui est à Gonfienza était obligée de se retirer, sa retraite s'effectuerait par Vinzaglio et ïorione.

Le 4e corps, qui se trouve à Borgo Vercelli, va à Gameriano. Il pousse des reconnaissances vers Novare et, à sa droite, sur Monticello.

Le 2e corps va à Borgo Vercelli et envoie des reconnaissances sur Gasal Volone, à gauche et à droite de Gasalino.

Le général Desvaux se porte à Biandrate en passant par la ligne d'Albano.

Des rapports seront immédiatement envoyés par l'Empereur, à Verceil, sur les résultats qu'auront amenés les reconnaissances.

Napoléon.

Lettre de l'Empereur au colonel Saget lui expliquant comment il veut que son idée à Magenta et Solferino soit rendue dans l'ouvrage officiel de la guerre d'Italie.

Fontainebleau, 1er juillet 1861.

Mon cher colonel,

Je renvoie au ministre le récit de la campagne d'Italie. Il m'a paru excessivement bien fait et je vous en témoigne toute ma satisfaction. Veuillez aussi féliciter de ma part vos collaborateurs, MM. Smet et Quillot. J'ai fait quelques annotations que vous trouverez en marge; je désire, comme vous le verrez, que rien de politique ne se mêle au récit. Les cartes sont bien étudiées; cependant je ne comprends pas bien la position des Autrichiens indiquée pour le 23 juin; car, dans votre hypothèse, toute l'armée autrichienne aurait occupé, dès le 23 juin, les positions qu'elle n'a occupées que le 24.

534 CAINROBERT.

Les deux grandes batailles sont très exactement décrites : néanmoins il y a deux points importants à développer :

Le premier à la bataille de Magenta. 11 faut bien faire comprendre que, mon armée étant en bataille en avant de Novare et faisant face à Mortara, j'ai fait passer le Tessin à ma réserve et à mon aile gauche, n'étant pas sûr de n'être pas attaqué sur mon front. Si j'avais eu le temps de faire mon mouvement, voici comment je voulais établir mes troupes le jour même de la bataille. Le corps de Mac-Mahon à Magenta; toute la garde à Buffalora; sur la rive droite, les trois autres corps; l'armée piémontaise en réserve; des ponts de bateaux jetés à San Martino me permettaient de manœuvrer sur les deux rives du fleuve. — Surpris dans l'exécution de ce mouvement, mes dispositions ont dû être changées, et c'est ce qui en explique le décousu.

Quant à la bataille de Solferino, il faut insister sur le moment décisif de l'affaire, avant d'avoir donné l'ordre au centre d'avancer, l'état des choses était le suivant :

Rien ne se décidait, toute la ligne était engagée, mais elle n'avançait pas.

A droite, Niel et Ganrobert ne pouvaient surmonter les obstacles opposés à leur marche.

A gauche, le Roi de Piémont avait battu en retraite. Alors je me déterminai à porter mon centre en avant, et, en occupant les hauteurs, à forcer l'ennemi à retirer ses deux ailes.

C'est ce qui arriva.

Je désire beaucoup que ce beau travail soit imprimé le plus tôt possible. Je regrette que mes occupations m'aient empêché de vous le renvoyer plus tôt.

Croyez, mon cher colonel, à tous mes sentiments d'amitié.

Napoléon.

Note autographe de Napoléon III en marge du récit officiel de la bataille de Magenta.

Mon armée était en bataille en avant de Novare, face à Mortara. J'ai fait passer le Tessin à ma réserve et à mon aile

gauche, n'étant pas sûr de n'être pas attaqué sur mon front. Si j'avais eu le temps de faire mon mouvement, voici comment je voulais établir mes troupes le jour de la bataille : le corps de Mac-Mahon à Magenta; toute la garde à Buffalora; sur la rive droite, les trois autres corps d'armée; l'armée piémontaise en réserve. Les ponts de San Martino me permettaient de manœuvrer sur les deux rives du fleuve Surpris dans l'exécution de ce mouvement, mes dispositions ont dû être changées, c'est ce qui en a expliqué le décousu.

Ordre général du 4 juin (journée de Magenta): il est à comparer avec les ordres envoyés la veille au soir au Roi et au général de Mac-Mahon.

major général. A Novare, le 4 juin, n° 320.

Général,

Ce matin, vers neuf heures et demie, S. M. le Roi arrivera aux ponts de Turbigo avec son armée, et les passera immédiatement pour rejoindre à Magenta le général Mac-Mahon, qui, à la même heure, aura pris, avec son corps et la division des voltigeurs, la direction de Magenta. Au moment où il arrivera sur ce point la division de grenadiers viendra l'y rallier. L'infanterie passant sur le pont en fer qu'elle peut encore franchir malgré ses dégradations. La cavalerie, l'artillerie et les bagages attendant le rétablissement de cette communication ou l'achèvement d'un pont de bateaux. Pour cette construction, le général de la garde, établi à Trecate, mettra dès le matin à la disposition du général Lebœuf une brigade qui se maintiendra toutefois sur la rive droite; le bataillon de grenadiers de garde chez l'Empereur, à Novare, sera relevé à huit heures par un bataillon du corps d'armé*» du maréchal Ganrobert, et, après avoir mangé, il rejoindra sa division à Trecate. Le corps du général Niel se portera à Trecate où il remplacera les grenadiers.

Le maréchal Baraguay-d'Hilliers remplacera le corps du

général Niel à Olonzo. Ces mouvements eommenceront à dix heures.

Le corps du maréchal Ganrobert ne bougera pas ce matin de sa position sous Novarc, sauf une brigadequi devra arriver à onze heures aux ponts de Turbigo pour les garder après le passage de l'armée royale.

Cette brigade ralliera le corps du maréchal Canrobert, lorsque celui-ci dépassera à son tour le Tessin.

L'Empereur sera vers midi au pont de Buffalora, rive droite. Après la réunion de la garde impériale et du 2e corps, le général Regnand de Saint-Jean-d'Angely prendra le commandement, jusqu'à l'arrivée de l'Empereur, pour l'occupation des positions en cas d'hostilités.

Recevez...

Maréchal Vaillant, major général.

Le séjour à Milan fut marqué par un événement intéressant l'histoire. A peine arrivés dans la ville, M. Gauthier- Villars et ses employés s'établirent au bureau des télégraphes que venaient d'abandonner les Autrichiens, et ils y trouvèrent les appareils de campagne qui avaient suivi l'armée et, entre autres, ceux qui avaient fonctionné à Magenta pendant la bataille : ils portaient encore enroulé le texte des dépêches envoyées du théâtre même du combat. Ce texte nous a paru digne d'être reproduit.

u 4 heures soir. — Tout fuit en désordre, nous partons, nos troupes s'éloignent, tout passe par ici, nous avons beaucoup de blessés et de tués, l'ennemi est à cent pas. »

« 4 h. 5. — Je suis seul ici. Hascha et Gotzel cachent les appareils,'

« Si vous avez à me transmettre, allez lentement. »

« 4 h. 20. — Je panse des blessés dans une ambulance à côté. On vient de m'annoncer que tout va bien. Vivaï »

« 4 h. 25. — Annoncez à Vérone que le régiment Hartmann s'est précipité sur l'ennemi et l'a repoussé. »

« 4 h. 35. — Le combat a lieu à trois cents pas de la gare; les officiers disent le combat favorable ; Galetta et moi, nous pansons les blessés. Annoncez-le à Sa Majesté.

t( Nos chasseurs sont dans les fossés, sous nos fenêtres; c'est superbe ! Un tonnerre de coups de canon et de fusillade. »

a 4 A. 45. — J'entends le commandement : « Fuyez de ce ii côté. »

« 4 h. 50. — On se retire sous une grêle de balles : le capitaine Knad, du génie, me dit : « Annoncez à Sa Majesté a que Magenta n'est pas encore pris. »

« Mes employés sont en fuite. J'ai sauvé ce que j'ai pu. Je suis forcé d'abandonner un appareil.

h Transmettez à Vérone. Adieu. Je laisse subsister le circuit en cas qu'il y ait encore quelque chose à dire. »

h 4 h. 55. — L'ennemi est devant la porte. La situation srest améliorée. Je vous prie de dire à Vérone que mes communications ne sont que des ouï-dire, afin de ne pas induire en erreur Sa Majesté. »

h 5 h. 30. — On apporte de bonnes nouvelles. Nos troupes avancent. Nous avons pris un canon rayé et des zouaves en masse. Ainsi, bonne nouvelle et allégresse. Nos soldats se battent comme des lions, de façon à réjouir un cœur allemand. »

« 5 A. 45. — Nos pièces se placent dans la gare. Elles font feu. C'est grave... »

Et la phrase restait inachevée.

De la décollation des drapeaux.

Ce fut à Milan que l'Empereur décida que le drapeau du 3e zouaves, qui avait pris celui du régiment d'infanterie Hartmann, à Magenta, serait décoré. Voici la lettre qu'il écrivit, à ce sujet, au maréchal de Mac-Manon :

« Milan, 10 juin, onze heures du soir. « L'Empereur, au maréchal de Mac-Mahon.

« Maréchal,

(i Je reçois le drapeau pris à l'ennemi et qui prouve le courage des troupes que vous commandez si bien. Voulant réta-

blir les bonnes traditions, je décide que le drapeau du régiment qui a pris celui des Autrichiens porte la croix de la Légion d'honneur au-dessons de l'aigle... »

Dans cette lettre, l'Empereur paraît prendre une décision particulière au 2e zouaves, et sans doute que le lendemain et le surlendemain il en parla au maréchal Vaillant, et qu'alors il pensa à établir que tout régiment qui prendrait un drapeau serait décoré, car voici ce que, le 12 juin, le maréchal Vaillant écrit au maréchal Randon, ministre de la guerre :

« Hier, l'Empereur a reçu les drapeaux (?) pris à l'ennemi à la bataille de Magenta.

« Voulant rétablir l'ancienne et glorieuse tradition, Sa Majesté a décidé que le régiment qui prendrait un drapeau à l'ennemi porterait la croix de la Légion d'honneur attachée au-dessous de son aigle. »

Quelle était cette ancienne et glorieuse tradition?

Jamais Napoléon Ier n'a donné la croix à un aigle; mais, lorsqu'il créa l'ordre des Trois Toisons, il fit mettre dans les statuts que les drapeaux pourraient être décorés. Cet ordre demeura mort-né, par suite du mariage de l'Empereur avec Marie-Louise, et, par conséquent, la glorieuse et ancienne tradition du maréchal Vaillant n'avait existé que sur le papier.

Le décret instituant la décoration des drapeaux fut définitivement établi le 27 juin à Gavriana, après Solferino. Il est conçu dans des termes identiques à ceux de la lettre du maréchal Vaillant, du 12 juin.

Page 1