DE LA GUERRE
Monsieur le Maréchal,
Les détails sur la brillante affaire de l'avant-garde m*étant parvenus, je me fais un devoir de les coramuniquer à Votre Excellence afin qu'elle puisse les mettre sous les yeux de notre Souverain.
Je vous ai envoyé trois drapeaux, je vous en adresse un quatrième ; deux autres ont été déchirés, brisés de rage par ceux qui les portaient et jetés dans la rivière. Les deux j)orte-drapeaux sont du nombre des prisonniers.
Je vous fais connaître ci-joint, monsieur le Maréchal, le nom de ceux qui ont contribué à cette affaire dont le résultat est la prise de seize pièces de canon avec leurs caissons, six drapeaux, deux colonels, cinq majors, plus de soixante officiers et quatre mille prisonniers, etla dispersion totale du corps du général Merfeld. Cet important succès nous a coûté environ cent cinquante blessés et quarante tués. Parmi les derniers, le capitaine Duparc, du IS** d'infanterie légère, n'a trouvé la mort qu'après avoir fait succomber un très grand nombre d'ennemis. Cet officier est vivement regretté.
Le' nommé Hennin, grenadier du 108% de la dernière conscription, en se portant au milieu d'une colonne autrichienne pour enlever un drapeau, ayant eu son fusil enlevé par la mitraille, a mis le sabre à la main, s'est précipité au milieu des rangs et étendit à ses pieds sept Autrichiens, et, son sabre ayant été cassé, il a reçu
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la mort au milieu de ses sept victimes. Tout le 3* corps a vu ce tableau, cette mort est digne d*un grenadier français. Le genre de mort des Autrichiens étendus à ses côtés ne laissait aucun doute sur cette action.
Monsieur Comminet, capitaine du 13« d'infanterie légère, a chargé et enlevé, sous le feu de la mitraille, trois pièces d'artillerie; il a beaucoup contribué au succès de cette journée. C'est un officier très distingué sous tous les rapports, très ancien de grade et pour lequel il a été fait différentes demandes d'avancement à Votre Excellence ; je réitère cette demande en cette circonstance.
' Le sous-lieutenant de carabiniers Duraont, du 2* bataillon, a chargé avec intrépidité sur les grenadiers Autrichiens, s'est pris aux cheveux dans la mêlée avec l'ennemi et a particulièrement contribué à la prise d'un drapeau.
Le capitaine de carabiniers Béroud s'est montré digne émule du capitaine Comminet, et a aussi contribué à la prise de plusieurs pièces.
Le capitaine Duvivier, aide-de-camp du général Hèudelet, qui avait été chargé par son général de diriger la charge pour enlever la dernière pièce de l'ennemi qui incommodait le plus et qui par sa position mettait tout obstacle à nos succès, a pari'aitement rempli ses intentions, s'est mis à la tête de cette charge et a réussi.
Le capitaine Varelet, du 13% a chargé avec 30 hommes 150 hulans et les a forcés de fuir à Maria-Zelt.
Le lieutenant Geaufroy, du 13% a pris un officier supérieur et a dirigé les tirailleurs avec intelligence.
Le sergent de carabiniers Concieur, Dupuis et Baland, carabiniers, ont enlevé un drapeau au milieu d'un bataillon ennemi.
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Pulot et Bouzon, chasseurs, ont aussi eulevé un drapeau; Bebet etFillot, sergents, et Mairon, caporal, ont enlevé dans une charge trois officiers et soixante grenadiers.
Proteau, carabinier, a pris un officier d*ariillerie sur sa pièce et s'est emparé de la pièce qu'il a défendue jusqu'à ce que des renforts l'aient mise en notre pouvoir.
Bourgeois, carabinier, a pris un officier supérieur.
Vieux, sergent-major, et Dizieu, caporal, ont contribué par leur bravoure et leur sang-froid à la prise d'un drapeau.
Le tambour des carabiniers, Diomet, a constamment battu la charge à la tête de sa colonne qui a enlevé les pièces et contribué à la déroute de l'ennemi.
Le chef de bataillon du 13', Teinier, a été dangereusement blessé.
On doit aussi citer avec éloge les lieutenants Crincourt, de la 3® compagnie du 2® bataillon, et Frugère, des voltigeurs. Les nommés Arbant, sergent. Bon, Méaard, Favrier et Bapin, caporaux ; Rose, Golenand et Holot, voltigeurs.
Dans le 108^ régiment:
Le brave capitaine Leroy, de la 5" compagnie du 1«' bataillon, à la tête de cette compagnie et delà sixième, s'est avancé avec audace, l'arme au bras et rapidement, entre deux bataillons ennemis, a fait face à droite et à gauche et a fait mettre bas les armes à trois cents hommes. Il a été très bien secondé par la capitaine Grassoreille, delà sixième. Ce mouvement a été des plus beaux et des plus décisifs.
La chef de bataillon Chevallier a gravi un escarpement à la tête d'un détachement pour marcher sur des
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tirailleurs embusqués en grand nombre, et dont le feu dirigé sur la route ne permettait pas une charge préparée pour enfoncer Fennemi qui s'était rallié; il a enlevé tous ces tirailleurs.
Le lieutenant Meslin s'est mêlé plusieurs fois avec l'ennemi et, son arme ayant été brisée entré ses mains, il a saisi un fusil et a repoussé à coups de crosse ceux qui s'opposaient à la marche de son peloton.
Le capitaine Gorin avec ses lieutenants Frayé et Billi, à la tète des voltigeurs, sont descendus derrière un peloton autrichien, l'ont isolé et en ont fait un grand carnage, et ont pris tous ceux qui n'ont pas voulu être tués.
L*adjudant-major Higonnet, jeune homme d'une grande espérance, a traversé à cheval les rangs de l'ennemi et fait rendre l'épée au colonel et au major de Golloredo.
Le sergent Chevalier a pris un drapeau que l'ennemi a cherché de lui reprendre, mais qu'il a défendu vigoureusement et qu'il a rapporté.
Le caporal Doisy, les fusiliers Dappe et Deuré ont anssi enlevé un drapeau après avoir enfoncé le groupe qui le défendait.
Monsieur le capitaine de grenadiers Bienvenu, les lieutenants Giraudel et Lesler, les capitaines Coutopé et Mouret , les lieutenants Bonne et Goustenoir, le sous-lieutenant Ganéchon, les sergents-majors Marietz, Marchand et Guérard, les sergents Umbert, Aubry, Laporte, Chenillot, les caporaux Roussel, Ladouce, Bouquiilon, et les nommés Henrion, Boiteux, Gascard, Ney et Perrin, grenadiers et fusiliers, sont cités avec éloge.
Le général Heudelet cite avec éloge les commandants
des 13* d'infanterie légère et 108*^ ^c ligne, et particulièrement celui du 108% le colonel Higonnet qui a déterminé la déroute de lennemi par une charge à la tête de quatre compagnies de son régiment.
Le lieutenant Gradira, officier d'État-Major, plein de zèle, de talent et de courage, s'est aussi distingué dans cette journée, ainsi que le capitaine Liégeard, aide-decamp du général Heudelet.
Le général Eblée, l'adjudant -commandant Mares, méritent aussi beaucoup d'éloges.
En général, tous les militaires de lavant-garde méritent des éloges et ceux qui sont cités particulièrement sont un choix au milieu de deux raille braves. Je prie, Votre Excellence de mettre leurs noms sous les yeux de Sa Majesté, c'est la récompense qu'ils ambitionnent.
Le général Heudelet a mis dans cette circonstance vigueur, talent et courage, comme dans toutes les autres, et a soutenu la bonne opinion que les militaires ont de lui.
Le combat a été des plus opiniâtres, surtout au commencement, oii l'avant-garde a eu affaire à six bataillons de grenadiers ; on a croisé la bayonnette avec le plus grand acharnement et on en est venu au point de se prendre aux cheveux. Les jeunes soldats se sont montrés aussi braves que les anciens, et les nouveaux Français du Piémont oiït prouvé qu'ils étaient dignes d'être les sujets de notre illustre souverain.
Salut et respect.
Le Maréchal, L. Davout.
P. S. J'ai envoyé un parti de cent chevaux du 7® régiment de hussards, sous le commandement du chef
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d'escadron Méda, à la poursuite des débris du corps du général Merfeld; ce détachement a déjà eu quelques engagements avec les hulans et a pris une centaine de fantassins. Suivant les derniers rapports qui me sont parvenus, il était à plus de dix lieues au-delà de Mariazell, sur la route de Léoben.
Monseigneur,
J*ai l'honneur d'adresser à Votre Altesse Sérénissime une réclamation pour que Monsieur L'Aigle, inspecteur aux revues, soit autorisé à faire payer à Monsieur Bonneville, commissaire des guerres, ses appointements pendant tout le temps qu'a duré sa maladie.
Ce commissaire a pris la fièvre dans les hôpitaux de Zeneim, à la même époque où le général Gaffarelly a eu sa maladie.
Il a suivi ce général en France, étant encore extrêmement malade.
Celte autorisation lui a été donnée sur la demande de ce général, sur les attestations des officiers de santé et mieux, que cela, sur son état qui donnait alors peu d'espérance.
Le zèle, l'intelligence et la probité que ce commissaire a apportés dans ses fonctions lui ont valu l'estime et la bienveillance du général Catfarelly et de tous ceux qui le connaissent.
Comme il a rejoint son poste aussitôt que sa santé le lui a permis, j'ai l'honneur de prier Votre Altesse de donner des ordres pour que ses appointements lui soient rappelés.
Je joins à ma lettre la demande qu'en fait le commissaire ordonnateur et les pièces qui sont à l'appui.
7Ô LB MARÉCHAL DAVOUT
Pai l'honneur d'être, Monseigneur, de Votre Altesse Sérénissime avec le plus respectueux attachement,
Le très humble et très obéissant serviteur.
Le 19 août 1806.