A L'ESPRIT DE TOLÉRANCE DE FARERT
fait que, parmi les agitations de la guerre et la multitude d'aftaires, vous agissez avee lacilité et eonscrvez la tranquillilt' de votre esprit. Bref, Dieu vous a mis pour un exemple qui fait voir ce que peut un excellent naturel joint à une grande expérience. Ces considérations nous obligent à vous aimer et à vous rendre obéissance, et à prier Dieu pour votre prospérité et conservation. J'y apporterai mes vœux et prières pendant qu'il me restera quelque respiralion. »
Dans les derniers jours de mai, deux députations sedanaises se tenaient prêtes à partir pour la cour. L'une était composée de Real et d'Augustin de Santeuil, membre récemment nommé du conseil souverain^ ; l'autre, d'Abraham Rambour et Pierre de Chadirac. Chacune d'elles devait confirmer, do vive voix, le serment de fidélité prêté par les Sedanais entre les mains du gouverneur, et demander le maintien des franchises de la principauté-; les membres de la seconde avaient en outre pour mission de porter à la régente les assurances du dévouement de leurs coreligionnaires, et de solliciter la continuation des libertés dont ils jouissaient. Sur ces entrefaites, Fal)erl leur annonça que l'intendant du duc de Bouillon
1. Augustin de Santcuil ùtait avocat au parlement de Paris. Su romnilssiou de conseiller au conseil souverain et assesseur au hailliage est du 10 mai. (Registre du greffe.)
2. Déjà, à la requête de Fabert, Mazarin avait donné l'ordre à Le. Tellier d'accorder aux habitants de Sedan l'exomplion du logement des gens de guerre. (Lettre (cop.) de Mazarin à Fabert, du -iO mai, llihl. m(tz-.,Ms, H, 1719, t. I.)
252 DÉPUTATIONS SEDANAISES A LA COUK.
voulait attribuer à ce prince les revenus du domaine de ses anciens États souverains et des biens ecclésiastiques, qui avaient servi jusque-là au payement du traitement des conseillers du conseil souverain, des curés, des ministres et dos professeurs de l'Académie. Comme il importait de ne pas laisser la reine autoriser les prétentions de Frédéric- Maurice, ils se rendirent en toute hâte à Paris. La protection de Chavigny ' et du chancelier Seguier, que Fabert avait su gagner à ses administrés, ménagea aux délégués sedanais un accueil plein de bienveillance, dont le cardinal fit les principaux irais-.
L'édit de Rueil (30 juin) , fruit de l'esprit de tolérance religieuse dont Mazarin, à l'exemple de Henri lY et de Richelieu, n'avait cessé de donner des preuves depuis qu'il dirigeait les affaires de la France, fut la réponse de la régente à l'acte de soumission des Sedanais et à la requête de leurs députés'. Il confirmait aux
1. Lors de la dispersion des Importants, Chavigny (Hait rentré an conseil comme ministre d'État (septembre 16i3).
2. Requête (cop. sans date) présentée au roi par ceux de la religion de Sedan, Raucourt et Saint-Menges, contenant pluxieurx articlefi, afin d'être conservés en leurs libertés et pririléges. {Bibl. de l'Institut, Collection Godefroy, t. CCCXXX.) — Lettre (orig.) des pasteurs et anciens de Sedan à Chavigny, du 3U mai; lettre (ant.i de Fabert au même, du 31 mai. (Arck. nat., K, 117 A.j — Lettres (orig.) du conseil souverain, des échevins, des officiers de la maison de ville, des pasteurs et anciens à Seguier, du 30, et lettre (aut.) d(! Fabert au même, du 31 mai. (Bibl. de l'Institut, Collection Godefroy, t. CCLXXIH.) — Lettres (cop.) de Mazarin aux liabilaiits de Sedan, aux ministres et anciens de la religion P. li., du 1 i juin. (liibl. jho;., il/s.. H, 1719, t. 1.)
3. Lettres patentes en forme d'édit portant confirmation de tous les privilèges.... de l'une et l' mitre religion de reu.v ne la souveraineté
KIHT DE KUEIL. 253
Tei'i-es souveraines les IVanchises accordées i)ar les rois de France, les chartes et coutumes concédées par les anciens seigneurs de Sedan, les juridictions et institutions d'enseignement existantes, et l'immunité des tailles, taillons, aides, gabelles, droit d'aubaine, etc. L'article concernant les réformés leur garantissait la liberté dans l'exercice particulier de leur religion, et les maintenait nn possession de leurs anciens droits, privilèges, etc., à la réserve des biens et revenus ecclésiastiques, qui devaient être rendus à ceux auxquels ils appartenaient. Non seulement le roi leur conservait leurs temples de Sedan, Raucourt et Saint-Menges, mais il s'engageait à en faire construire deux autres àGivonne etFrancheval ; de plus, il leur promettait les fonds nécessaires pour l'aclial de terrains destinés à servir de cimetières séparés de ceux des catholiques.
De si grands bienfaits cimentèrent la concorde des partis et assurèrent au gouverneur, dont la généreuse initiative les avait provoqués, la reconnaissance de tous les citoyens. Il aurait pu dire dès lors : <' Je suis ici le roi de France. « Aussi quand, peu de temps après (juillet), il eut découvert qu'un nommé Fouruier, dévoué au duc de Bouillon, avait tenté de con-
(le Sedan. (Orig. sur p:u'clieiiiin, Arcli. de la mairie de Sedan, iin|iiiiiic cliez Jamion.) L'expédition originale de la lettre adressée au conseil souverain de Sedan, le 6 juillet Kîii, pour lui annoncer l'envoi de redit, se trouve aussi aux Ai'chives de la mairie. Les lettres patentes lurent enregistrées au conseil le 15 juillet (H-egistre du gre/fe) ; dès lors, il ne manqua rien à la perfection du contrat qui liait le roi à ses nouveaux sujets.
254 EXÉCUTION CAPITALE DU NOMMÉ l'OURMER.
certer avec les Espagnols un coup de main sur la place \ les magistrats du conseil et les ministres de la religion réformée s'empressèrent-ils unanimement de renouveler au roi leurs protestations de fidélité"-. D'Ozanne fut envoyé par eux à la cour pour porter à Mazarin l'expression des regrets que cet acte de trahison leur inspirait, ainsi qu'au peuple de Sedan ^ Le procès, instruit parordredu gouverneur dans la première quinzaine de juillet, se dénoua par un jugement (:27 août) qui déclarait Fournier coupable du crime de lèse-majesté, et le condamnait au supplice de la roue. Il fut exécuté le 17 septembre. «. Cet exemple, écrivit Fabert, en rendant compte de la mort du criminel, empêchera que personne ose jamais penser à
1. Fournier était brasseur. Aiircs avoir été expulsé de Sedan, par ordre du gouverneur, comme partisan exalté du duc de Bouillon, il y était rentré sur la recommandation du duc d'Orléans. Cet homme avait formé !e dessein d'introduire dans les caves du château un certain nombre de ses amis en les cachant dans des tonneaux vides. Huit cents hommes de l'armée de Beck devaient, suivant sou plan, coopérer à l'entreprise. Celle-ci fut découverte au moment où Fournier s'apprêtait à faire le voyage de Rome pour en proposer l'exécution à Frédéric-Maurice. [Extrait (original avec notes en marge de la main de Fabert) du procès de Jean Fournier, Arch. nal., KK, 1071.)
"2. Adresse icop.) des pasteurs et anciens à Mazarin, du "JU juillet (liibl. de l'Ariienal, Recueil Conrarl, t. VII); réponse (cop.) de Mazarin, le 29 juillet (même source et Bibl. mai., Ms, H, 1719, t. I).
Lettre (cop.) de Mazarin à MM. de la ville et souveraineté de Sedan, du 29 juillet. (Bihl. mai., M.i, H, 1719, t. I.)
Lettre (cop.) du roi aux pasteurs et anciens, du 6 août. (Bibl. de rArsenal, Recueil Conrarl, t. VII.)
3. Lettre (aut.) de Fabert à Cliavigny, du 20 juillet. (Arch. nal., K, 117 A.)
Discours (cop.) de d'Ozanne à la reine. (Bibl. de l'Arsenal, Recueil Conrart, t. VU.)
L'AIJCIIEVÈyUE DE REIMS VISITE SEDAN. ri.V.
ciilrepi'cnclre contre celte place, si queiqu'uii élail encore ici en volonté de servir M. de Bouillon. Je n'ai pas jugé à propos, pendant cette exécution, d'observer la coutume que l'on a de faire fermer les portes et armer la garnison; j'ai mieux aimé qu'il n'y ait eu nulle marque de force ni de contrainte, ce qui a plu au peuple, qui a témoigné aussi de sa part grande détestation de ce crime, et personne ne plaint le criminel'. » Un avocat nommé Neaulme, auquel Fournier s'était ouvert de ses projets, et qu'il avait ensuite dénoncé comme un de ses complices, obtint sa grâce à la requête du gouverneur"'.
A la suite de l'édit de Paieil, l'accord des protestants et des catholiques apparut au grand jour, lorsque l'archevêque de Ileims arriva à Sedan {\S août), en qualité de commissaire du roi, pour régler les affaires religieuses sur les bases de la déclaration royale. Fabert lui envoya une escoile d'infanterie qui alla le prendre jusqu'à la chartreuse du Mont-Dieu. Il se porta en personne au-devant de lui avec les gouverneurs des places voisines, les gentilshommes du pays et trois cents bourgeois à cheval \ Le conseil souverain tout entier, réuni en corps, rerut
l. Lettre (aut.) de Fabert, du 2o septembre, sans nom de dcstinalairc (Arch. nat., KK, 1071) ; clic est probablement adressée à Le Tellicr.
i. Neaulme était le neveu d'Aubertin, le magistrat qui avait refusé (le prêter serment de (klélité au roi.
■>. Sedan sous le gouvernement du maréchal Faherl (l(U-2-l(')():2i, par Henry lîouy, Sedan, 1877.