MISÉRA15I.E ÉTAT DE LA CHAMPAGNE
Mazariu contre Cliavigny. — M;izariii et Fabert échangent leurs impressions. — Mazariii entre à Sedan. — Projet de M. Olier de réprimer la fureur croissante des duels. — Fabert est des premiers à faire partie de Fassociation contre les duels. — Piapports de Fabert avec les Lazaristes; déférence que lui témoigne Vincent de Paul. — JLizarin rejoint la cour à Poitiers. — Négociations po"'.r l'accommodement des princes {165r2). — Ré)iuguance de Cbaviguy à traiter avec Mazarin ; il voudrait recevoir des instructions du roi lui-!nème. — Fabert le dissuade déjouer un rôle double. — Mazarin fait avorter les négociations; il se relire à Sedan, puis à Bouillon. — Fabert ciiargé de veiller à la sûreté des i)laces de la Meuse. — Mort de Cliavigny. — Mazarin part de Sedan. — Fabert écl?ire Turenne sur les mouvements du prince de Coudé et de Fuensaldatrne.
La retraite de Farmée espagnole et la dispersion des soldats de Turenne allaient-elles enfin laisser respirer les habitants de la Champagne? Aucune province, peut-être, n'avait eu plus à souffrir, et depuis plus longtemps, du désordre et des exactions des gens de guerre, soit soldats du roi, soit troupes étrangères, tant amies qu'ennemies; pour aucune d'elles, le repos n'eût été plus désirable. Déjà avant la Fronde, la frontière champenoise était ouverte à toutes les entreprises de l'ennemi, surtout à celles que l'on nommait autrefois des courses. Il paraît utile de dire ici quelques mots de ces dernières.
Les gens de guerre faisaient irruption dans un village, s'emparaient de l'argent et des vivres et se sauvaient avec leur butin. Quand le roi ou des gouverneurs de place vigilants, éclairés par les rapports des espions et des déserteurs, avertissaient à temps les localités menacées, chacun se réfugiait en toute
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hâte dans la ville fortifiée la plus voisine, où il mettait à couvert ses meubles, ses bestiaux et ses grains ; mais si les habitants étaient surpris, ils n'avaient d'autres moyens, pour échapper au pillage et au feu, que de composer avec l'ennemi. De ces hardis coups de main naissait le droit, pour ceux qui les pratiquaient, de lever des contributions, et, comme on usait de représailles, ce droit ne tardait pas à s'exercer entre deux ou plusieurs Etats voisins, suivant une sorte de convention mutuelle qui consacrait la ruine en permanence des populations des frontières. Aussi loin que pouvaient atteindre, dans leurs incursions, les partis sortant des villes de garnison, et quelquefois les armées elles-mêmes, aussi loin s'étendait le pays sujet à contributions. Quelquefois, il est vrai, on neuti-alisait, de part et d'autre, par un contrat d'échange, des portions de territoii'e correspondantes; mais ces traités, qui n'étaient pas toujours respectés, n'empêchaient pas la guerre de place à place et entre gens de guerre. En France, les intendants des places frontières réglaient le montant des contributions à lever en pays ennemi ; les taxes variaient suivant rim[)orlance des localités auxquelles elles s'appliquaient. Les intendants délivraient, après payement et en guise de reçus, des sauvegardes portant exemption des courses des troupes du roi, et droit de débit et de transport des marchandises dans les seuls lieux contribuables ^