RESSENTIMENT DU DUC D'ORLÉANS CONTRE FABERT
qu'un certain mystère planât sur ses desseins, l'on n'ijinorait pas à Paris ce qui se passait à Sedan, et particulièrement l'appui que le cardinal et ses amis y trouvaient auprès du gouverneur de la place. Dans le ressentiment que le duc d'Orléans en conçut contre Fabert, il se laissa aller jusqu'à proférer la menace de faire raser la maison que celui-ci avait à Paris. En envoyant à Mazarin le billet anonyme ' qui lui dénonçait le misérable propos placé dans la bouche du prince, Fabert en accompagna l'envoi de ces quelques mots railleurs : « Je ne dirai à personne que mon dessein est de faire abattre ma maison qui tombe de tous côtés, crainte c{uc cela ne fasse perdre à Son Altesse Royale l'envie qu'elle a de la faire démolir, » Il tenait beaucoup à ce qu'on ne le crût pas capable de s'émouvoir pour si peu. Le cardinal s'empressa de lui répondre : « Ceux qui vous donnent des alarmes ne vous connaissent pas bien, car, quand vous ne seriez pas de mes amis au point que vous êtes, ils devraient être persuadés que vous ne craindriez pas
1. Fabert connaissait la personne qui avait reçu ce billet et ie lui avait fait parvenir, mais non celle qui en était l'auteur. La copie (orig.) qu'il en adressa à Mazarin, le 15 novembre, se trouve aux Archives nationales, dans le registre KK, 1072 ; elle n'est pas datée. En voici la teneur : « J'ai été cliez vous ce matin, pour avoir l'honneur de vous voir et pour vous avertir qu'il courait hier un bruit au palais d'Orléans que M. de Fabert recevrait M. le cardinal dans Sedan. Son A. R. dit qu'elle lui ferait raser sa maison. Je vous conjure me mander ce que vous en savez et l'avertir de cela. La reine ne lui en saurait sentir bon gré dans une conjoncture si fàclieuse, parce que cela nuirait absolument aux affaires du roi. Vous pouvez lui en écrire, et lui écrire que c'est le sentiment de ses amis et de tous les gens zélés pour le service de la reine et du roi. Ne me nommez pas, s'il vous plait. »
3'J"2 NOUVEAU SOUPÇO.N ÉLEVÉ PAPx MAZARIN CONTRE CHAVIGNY.
d'avoir votre maison rasée, lorsque vous assisteriez un homme de bien, protégé du roi, et pour qui Sa Majesté aurait résolu de se déclarer hautement, comme on vous peut avoir dit qu'elle veut le faire. Je ne puis vous celer le soupçon que j'ai que cette charité prenne sa source de M. de Chavigny, qui remue ciel et terre pour empêcher mon retour ; mais si c'est lui, il n'est pas sage, car ceux qui ont de si belles maisons, comme lui, ne devraient jamais parler de rasement. » Ici Mazarin se montrait plus spirituel qu'adroit. Après avoir dit à Fabert : « Ceux qui vous donnent des alarmes ne vous connaissent pas bien, » il insinuait que Chavigny était l'auteur du billet en question : on voit où il voulait en venir. Mais il ne réussit qu'cà provoquer le mécontentement de Fabert. En réalité, il ne pouvait justifier par aucun indice sérieux le nouveau soupçon élevé contre son rival, ce que, d'ailleurs, il ne tarda pas à avouer *.
Cependant, l'organisation de la petite armée à la tête de laquelle Mazarin projetait de rentrer en France se complétait rapidement. Il avait épuisé, pour payer les levées, à peu près toutes ses ressources. Le 9 décembre, tandis que la nouvelle de son retour prochain donnait l'alarme au parlement, il faisait part à Fabert de ses impressions dans les termes suivants : a Si c'est une fatalité que la monarchie reçoive des coups desquels elle ne se relève jamais, quelque peine que je me donne, il me sera
1. Lettres déjà citées de Mazarin à Fabert, des -I et "26, et de Fabert à .Mazarin, des 15 et '2:! novembre.
MAZARIN ET FABEUT ÉCHANGENT LEUI'.S IMPRESSIONS. 3'.»3
impossible de l'empêcher; mais, pour ne |)as faillir à moi-môme et à la passion que j'ai pour l'iùat, pour Leurs Majestés et pour la nation franraise, j'ai^ii'ai de toute ma force, jusqucs au dernier soupir, j)our remédier en ])artie aux j)lus grands malheurs dont la France est menacée tous les jours de plus en plus, et, ayant satisfait à mon devoii-, il faudra se conformer après à ce qu'il plaira à Dieu d'en ordonner'. » Fabert lui répondit, le 12 décembre : « Les sentiments que vous avez pour le service de Leurs Majestés sont si beaux (pi'ils sont à admirer. Je prie Dieu de tout mon cœur qu'il bénisse vos desseins"-. » Il était persuadé que le sort du cardinal se jouait sur cette expédition; aussi, n'avait-il rien néglij.'é pour la faire réussir. Au moment décisif, Mazarin hésita sur l'itinéraire qu'il devait suivre ^. La première étape était des ])lus périlleuses : il s'agissait, à la sortie de Dinant, de tromper la surveillance des Lorrains et des troupes du prince de Gondé. Se dirigerait-il sur Bouillon ou sur Chaleau-Regnaull '? Après avoir pris là-dessus l'avis de Fabert et du comte de Grandpré, il résolut de passer par Bouillon. Le 20 décembre, il arrivait dans celte villiy\ Le 24, les
i. Lettre, déjà citée (cop.), de M;iznii:i à FabLTt.