‹ Le Maréchal de GuébriantChapitre 21 sur 159 · Arcli. Uotrou. ^'el•saillos ; 7 avril ltîH · texte numérisé non relu

Arcli. Uotrou. ^'el•saillos ; 7 avril ltîH

4. Arcliives Rotroii, \ . I-(i3. Mémoire et instruction au sieur iVEstampcs, Sainl-Germaiu, 0 avril lii37.

Jean (THs^tauipes de Valençay, conseiller au Parlement de l'aris , maître des reciuétes ; président au grand Conseil; conseiller onlinaire du Roi ; ambassadeur. Mort en 1(571 à 77 ans. Épousa Marie Gruel de Morville. Fils de .lean dTslanipes de Valençay et de Sara d'Applaincourt. Frère d'Achille, chevalier de Malte, cardinal de Valençay.

venir, mais vouloir aller à Zurich attendre de mes nouvelles, vous conjurant aussy de supplier, de ma part, M. d'Estampes de ne passer [)oiiit Zurich... » Le duc lui demande aussitôt de préparer le retour des trouj)es royales au travers de la Suisse, afin qu'on n'ait mécontentement d'elles, et de confier au porteur de la présente lettre celles qu'il pourrait avoir à lui transmettre, le colonel Sclimid précédemment envoyé à Ragatz no })Ouvant y retourner sans éveiller des soupçons '.

En date du 20 avril, Rohan exprime à M. de Guébriant combien il est fâché de le savoir en « un si vilain séjour que celuy de Ragatz »; puis, en post scripliim : « Je ne puis croire que M. d'Estampes veuille hasarder de venir, veu ce que le sieur Prioleau luy aura dit de ma part » ; et, dès le lendemain, il écrit directement à d'Estajiipes * de ne passer point outre », étant sur de l'approbation du Roi et de ^I. le cardinal en ce qu'il fait ^. C-ontrairement à toutes les prévisions, les Grisons permettent à Gué])riant de franchir le Rhin; le duc de Rohan craignant de le voir « harassé du long voyage >•>. lui envoie donc jusqu'à Ragatz un carrosse et une haquenée.

La marche du sieur d'Estampes fut autrement lente que celle de Guébriant. A Soleure, il rencontra Prioleau se dirigeant vers Paris. Prioleau le mit au couiant de la triste situation : 11 n'y a plus rien à espérer des Grisons; Guébriant est arrêté au pont du Rhin; lui-même s'en retouine à Paris après avoir vu Kohan. Désirant se rendre personnellement comi)te tles clioses, Estampes n'hésita pas cependant à continuer sa route et persuada même à Prioleau de rebrousser chemin. Celui-ci prit les devants.. V Zurich, le ministre en cette ville, Ulrich, lemlt à d'Estampes une lettre de Rohan, qui, prévenu de son airivée par (kiébriant, le conjurait de ne pas avancer : il gâterait plutôt les artaiies. Bien que per-

1. FJibl. N.il.. 500Colbert, V. 110-1, et Arch. Hotrou : inil)lié par Le L.al>oureur. Roli.tn à Guél»nan*; Coire, 18 avril I().i7.

2. BiJil. Xat., .500 Colberl. \'. 110-3. Rohrrn A Guébriant; Coire, 20 avril WAl.

i)i: i..\ valtei.i.m; i:.\ i-nANciiE-co.MTi: -,\

plcxe quant à la portée des mots ciii[)loyés par lîolian, d'Estampes n'eu poursuivit pas moins sa roule. Lorsqu'il atteignit Wallenstadl, Piioleau, venu à sa rencontre, lui lemit une nouvelle lettre du duc, qui le priait de s'arrêter dans cette ville. Le tenace homme n'en tint encoie aucun compte; il repartit aussitôt, et, à Hagat/. enlin, tiouva l'autorisation de j)énétrer à Coire, que lui expédiait Rohan.

Durant (piehjues jours, Uolian, d'Estam|)es et (juébriant essayèrent de rétablir les affaires, mais en vain; tous leurs efîorts écliouèrent devant l'obstination des révoltés, à la tète desquels se trouvaient les colonels Florin etGenatz, les sieurs Travers et UoseroUe. Guébrianl et d'Estampes s'appliquèrent à démontrer aux ''[Grisous (|ue le Roi tenait pour nul un Irailé arraché par la force au duc de Rohan, et que, s'il les ajjandonnait à leur caprice, ils retomberaient sous la domination autrichienne ; ce serait renoncer à l'alliance et à la protection françaises. Si les Grisons veulent leur liberté, n'ont-ils j)as troupes et argent pour résister à l'ennemi'.' Mais ceux-ci, toujours excilés, refusèrent de rien entendre. Finalement on leur promit d'exécuter le traité qu'avait signé Rohan si les Français continuaient à tenir leurs forts jusqu'à ce que l'archiduchesse d'innsbruck, au nom de l'Empereur, et le marquis de Leganès, au nom de l'Espagne, eussent juré solennellement de ne rien entreprendre contre la Valleline, dont les Grisons resteraient les inaîtres, laissant au roi de France le soin de régler le différend lors de la paix. On se heurta à la môme inflexibilité; la faction espagnole triomphait; la pression des autorités locales et de la popidation s'exerçait constante, systématique, intransigeante sur Rohan pour le retrait des troupes. Au plus vite il fallait quitter un pays inhospitalier, où l'aniinosité conti-e les Franrais allait grandissante, où des événements fâcheux étaient à redouter d'un instant à l'autre. Sur ces entrefaites le duc essayait de faire entrer Rernard de Saxe-W'eimar en Suisse, ce qui lui permettrait d'agir par intimidation ; mais le prince avait d'autres vues.

Guébiiant fut chargé parle duc de Hohan de rassembler les troupes françaises et d'organiser le départ : aussi quitta-l-il lo premier la ville de Coire. On lui adjoignit, pour cette triste et peu flatteuse besogne, l'aide de camp de Saint-André, le maréchal des logis et le prévôt général de l'armée ^ En même temps M. d'Estampes lui recommanda — peut-être à l'insu de Rohan — de ne pas laisser sortir de Suisse les troupes rovales avant qu'elles n'eussent une destination, par crainte de les voir se débander toutes: il s'agissait donc de traîner la retraite en longueur, afin de pouvoir, avant le passage de la frontière, recevoir les ordres de la Cour à ce sujet'-.

Le baron de Lecques, solidement installé en Yalteline avec 3.000 hommes de pied et 6.000 chevaux dans des places bien munies, fut tout d'abord exaspéré au reçu des ordres lui prescrivant de remettre les forts aux Grisons et d'opérer sa retraite en Suisse ; il n'accepta d'obéir qu'après s'être convaincu de la volonté expresse du Roi. Cependant le cœur gros à l'idée d'abandonner une région qu'il occupait depuis longtemps déjà, il offrit à Rohan de se rendre maître de la situation par un coup de force : il enlèverait Coire, défendu par 500 paysans armés, à l'aide de 1.800 hommes de son régiment et de celui de Montausier : il arrêterait les chefs de la Ligue, et l'agitation tomberait du fait même. Le duc refusa, redoutant des représailles contre 150 officiers restés à la merci des habitants.

Craignantque la retraite delà Valteline ne donnàttrop de hardiesse aux ennemis en Italie ; ne pouvant, d'autre part, frustrer le duc de Savoie, son beau-frère, de renforts promis, le Roi jugea que le meilleur moyen d'utiliser les troupes et de les empêcher de fondre serait de les envoyer directement en Italie, sans mettre le pied en

1. Bibl. Nat.. .500 Colbert, V. 110-5. et Arch. Hotrou. Rohan à Guébriant: Coire, .SO avril 1«37.

2. Bibl. Nat. r,tjO Colbert, V. 110-37, et Anh. Rotrou. Estampes à (iuébriant : Coire, 30 avril 1(537.

dp: I-\ VALTKriNE li:N FRANCnE-COMTi: .j8

France'. Ace sujet, il expédia, le 4 mai, au duc deRohau une lettre {|ui lui parvint à Zurich. L armée scdiiigera vers le Piémont, oii Victoi-Amedée en aura soin et lui procurera des vivres ; M. de la Court, chargé des affaires du Roi auprès de ce prince, s'occupera du détail de la subsistance, des étapes et des paiements-. En même temps, Louis XIII écrivait à Guébriant et à Lecques : Les affaires de la Valteline étant sans remède, les troupes d'infanterie et de cavalerie passeront en Italie, menées par le duc de Rohan. « J'estime à propos ([u'il les y conduise luy mesnie. » Tous les deux continueront à servir avec lui ; mais si le duc voulait auparavant « faire un tour par deçà », Lecques et Guébriant auraient charge de la conduite jusqu'à destination-^. De Noyers précisait à son tour. Sa lettre, du 4 mai comme celle du Roi, commençait par une phrase hors texte invitant le comte de Guébriant à la discrétion : « Vous ne devez jamais lire mes lettres en présence de qui que ce soit. » Puis : « 11 faut... ramasser les restes du naufrage et en profiter, ce que nous espérons, si les trouppes que vous ramassés sont conduittes avec soingdans le Piedmont où Sa Majesté les destine. Cela dépend en partie de vous et de la peine que vous prendrés d'empescher qu'elles ne se desbandent. » On facilitera leur marche ; ordre est déjà donné pour que la montre se fasse ponctuellement. Quant à la route à suivre, elle dépendra de celle qu'on aura prise pour sortir de Suisse et jugée la plus commode étant sur les lieux. Le Roi en écrit à M. de Rohan, mais, ajoute de Noyers, « atin que vous puissiez prendre quelque conduitte, je vous envoie coppie de la depesche que je confie à vostre prudence dans l'assurance que j'ai de vostre secret inviolable... », afin d'éviter la jalousie qui entraîne des maux après elle ^.

1. Victor- Amédée I, prince de Piémont, puis duc de Savoie, marié à Christine (Chrestienne) de France, sœur de Louis XIII.

2. Bibl. Nat., .500 Colbert, V. ll()-43. Le Roi à Roiian : Saint-Germain, i mai 1637.

3. BibL Nat.,50o Colbert, \'. 109-6, et Arch. Rotrou ; publié par Le Laboureur. Le Roi à (juébriant et à Lecques ; 4 mai 1(!37.

Page 1