DE LA VALTELINE KN FRANCHE-COMTE
petits lieux (|iii empêchent la communication des vivres avant que de s'attacher à quel([ue clioso <|ui iious amuse et où nous auiions de la dillicultc de rc- (diivrer nostre pain' ». 11 a pris uu(; |)urgation et ne >;iit s'il a besoin d'ètie saigne : si la (iè\ le ne le ie|)i<Mid pas, il rejoindra UieiitiM 1 armée.
Iliiil jours plus tard, loujouis eu uu'diocre sant(\ (pioi([ue le uial ne soit pas daugeieux, llolian demande .lu lloi tle lui accorder un dtdai tle plusieurs mois, (|ui lui perMnettra de se « remettre peu à peu en meilleur eslal tle servir cy. apiès ». Ainsi Ouébriant ne l'attendra pas davantage, et |)i-endrades mesures sur toutesclioses. « .J'embrasseray, eciit le duc à ce dernier, avec alïection toutesles occasionsde vousfaire paroistre l'estime que je faisde vostre verlu ; je vous demande la continuation de vostre amitié-.» Mais, après quelque repos, le voilà déjà sui- pied. 11 dépêche aussitôt le capitaine Laurens vers (jU(d)riaut pour lui annoncer son arrivée avant une dizaine de jours, et un courrier pour en donner avis au Roi : w car, j'ay apris qu'on me rendoit de mauvois offices en court, sni- mon retardement ». Guebriaut lui dira cpiel chemin el (|uelle sorte d'escorte il devra prendre. « (^u'il vous plaise me mender le tout bien particulièrement, après quoy, je vous menderay précisément \c jour ((ue je parliray d'icy '. »
Nommé intendant de la justice et des finances dans l'armée, d'Estampes en avertit de suite le duc de Rohan, et provoque ses ordres. « Ce sera un effet de mon malheur si votre maladie est de plus longue durée, puisque vous j)ouvez bien penser que j'ai beaucoup de choses à vous communiquer tant sur le sujet des entreprises audit comté qu'aussi sur les premiers desseins (pie nous avions fornu^s au sortir des Grisons, dont M. le cardinal, connaissant l'affectioii que vous avez
1. Bihl. \at., .")0(i Colbert, V. 110-17. Rohan à C.uébriant ; Gent've. l'I juin 1037.
■2. Bibl. Xat., ÔOO Colbert. V. 110-21, et .\rch. Rotrou. Rolian à (".uébiiant ; Genève, 29 juin 1(537.
3. Bibl. Nat., .500 Colbert. V. 110-25, et .\rchives Rotrou. Rohan à liuébriant; Genève, 7 juillet Hi37.
f)S LE MARKCIIAL DE GUEBUIANT
au l)ien de l'État, celle particulière que vous lui portez et votre singulier mérite, se fie entièrement à vous '. « En même temps, d'Estampes écrit au secrétaire du duc, Prioleau, au sujet de la santé de son maitre. « 11 me semble, faisant réflexion sur votre retour de Paris, ([u'il ne lui a pas été heureux, li'ayant depuis ce teni])slà o'uère eu de santé » ; ses amis en souffrent, et ses ennemis s'en réjouissent. Ilolian lemercie le nouvel intendant d'avoir accepté cette charge auprès de lui, et j l'avertit qu'il ne sait quand il paraîtra, attendant une * réponse de la Cour au sujet des plaintes que M. le Prince a faites contre lui. Ceci réglé, il n'y aura ])as d'indisposition qui puisse Tempècher d'allei- servir. A Guébriant le duc écrit dans le même sens. « M. le Prince a esclaté contre moy en telle sorte que M. le cardinal a esté contraint de luy dire qu'il falloit qu'il s'accommodast aux affaires du Hoy ~. » Et dans une autre lettre : « J'attends de semaine en semaine la lésolution de la court sur quelque dégoust que M. le Prince a tesmoigné avoir à l'occasion de mon employ en Borgoigne (Bourgogne). Aussv tost que j'aui-ay receu les commandejuens du Koy là-dessus, je nr'achemineray vers vous en dilligence pour réparer le temps que j'ay perdu icy '. » Jusque dans les premiers jours d'août, Rohan est arrêté par les mêmes considéjalions''. M. le Prince s'étant vanté qu'il ne souffrirait pas de le voir commander dans son gouvernement, la duchesse de Rohan avait essavé d'obtenir, par l'entremise du Père Joseph, un ordi-e du lioi mettant les choses au point. L'Eminence grise ayant répondu qu'il fallait avoir patience, la duchesse, pleine d'une justt^ méfiance, en femme perspicace, donna le conseil à son mari de ne plus son-
1. AIT. Ktr., France, V. 157i)-l64. Estainpes à Ilohan; Chàlons, 22 Juil- Ipl 1C.:$7.
2. lîilil. Nat., 500 Colbert, V. 110-27. lîohan à Guébriant; (lent-ve. 22 juillet 1(>37.
^^. BihI. Xat., 500 Colltert, V. lli)-.^3. llnhan à Guébriant; Genève 28 juillet lf.87. Il félicite Guélirianl de son /.èle et de s^a belle con duite.
». lîibl. Nat., 500 Colbert. V. ll<i-2!t. l^nlian à Guébriant ; Genève, 2 août 1637.
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gcr à aucun emploi, ot, dès loi's, celui-ci déclara {|u'il Il irait j)as à Taiiuce et ferait le iiutlade. JJieu lui en prit. Prioleau, revenant de Genève, expliquait à d'Eslauipcs la situation du duc, et terminait son enli-etieu parcelle pluase : • \oulez-vous que je vous parle franchement puisque je suis venu ici exprès et (|u"il faut conclure (pudque cliose : M. le tluc ne passera pas le lîhùne. >> Sans plus atlendre, se trouvatjt dévoile, ne com[)tant |)lus ari'iver à son J)ul, (\u\ elail de faiic rentrer iiohan en l'rance, (TEstampes se rendit aupiès de Guébriaut, pour y i-eni|)lii- les foncti()ns de sa charge, renonçant ainsi au rôle abominable f|u ou lui faisait jou(M- au|)rès du malheureux lîolian '.
l/animosile du prince de Gonde à son égard ue lui |)as la seule raiscui (|ui poussa le duc à cette détermination, l'ar de secrets rapports, il avait su que Uichelieu, laissant revivre une vieille haine mal éteinte, le tenait pour responsable de la toui'uure fâcheuse et hujuiliaute des affaiics de la ^'alteline et des (jrisons. Il jugea tlonc (|u il y aurait grave imprudence, folie nuMue, à di'passer Genève et a se jeter dans la guimle du lion pour aller vivre ensuite à la Bastille, l^es é\t''nements prouvèrent (|u"il n'eut pas toi-t d'agir av(»c cii-conspection"'. « Il est certain, dira l'.ichelieu dans ses Mémoires, qu'il avoit jusques alors porté à un haut point glorieusement les affaires du Roy en la N'alteline, mais sa dernière action, non seulement ruina en un instant tout ce qu'il avoit fait de bien es années précédentes, maisap[)ortoit ])lus de déshonneur aux armes de Sa Majesté que tout le |)ass('' ne leur avoit cause de gloire. Cette honte étoit telle (|u'elle ne j)Ouvoit estre réj)arée, et quelque excuse qu'il pùt-donner à sa faute, et le plus favorable nom qu'elle put recevoir de ceux mêmes (pii seroieut plus ses amis, étoit celui de mantpier de C(eur... » Guebriaiit, rpii sut |)arfaitement à
1. Atï. i;tr., l-rance, \'. 14'.il-89. Estampe.^ à Cliavigiiy ; Cli;'ilon?-sur- Mcirne, 4 août 1(537.
2. Gazelle de France du '.1 janvier KiSS ; Episodes de la (jiierre de Trente ans : Bernard de Sa.re-\]'eimar. p. 2.")4 ; Uerzay Bernhard der Grosse von Sachsen-Weimar. par RO;»!;. t. II.
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quoi s'en tenir pour avoir été dans les Grisons, défendit toujours éiicrgitjuemcnt le duc de llolian, ce qui, à cette époque de parti pris et de haine, n'était pas sans courage de sa part : mais, chez Guébriant, la droiture de caractère remportait sur l'intérêt personnel.
Un ordre avait été lancé contre Holian, ainsi que le dévoile Vlnslriiclion pour le sieur d'Estampes^ que le Roi veut estre tenue secrète, pour arrester M. le duc de Bohan, faite à Crosne, le 29 juin 1637 . Le sieur d'Estampes, dit en substance ce curieux document, ira en diliy-ence trouverM.de llohan, et servira dans l'armée qu'il commandera, en qualité d'intendant. Si le duc n'a pas encore rejoint M. de Longueville, il l'attendra sur le cliemin qu'il devra prendre. (Car ou suppose que Rohan ira sans opposition là où Sa Majesté l'envoie servir.) D'Estampes le fera arrêter. « En quoy il se conduira avec sa prudence ordinaire et la fidélité qu'on se promet de luy, « 11 connaît les raisons faisant agir le Roi. « On estime qu'il est nécessaire d'apporter un o;rand secret dans la conduite de cette affaire... Cela est remis à la discrétion du dit sievir d'Estampes...» 11 saura, en outre, que Sa Majesté a une particulière confiance en MM. de Thianges et de Guébriant, et que M. le Prince exécutera fidèlement les ordres du Roi, « tant par l'affection qu'il a à son service que par la haine qu'il porte audit sieur duc... » Estampes ne s'en ouvrira pas au duc de Longueville, sauf en cas de nécessité, et prendra garde de ne pas arrêter Rohan « s'il ne croit certainement en pouvoir venir à bout; car il peut bien juger de quelle conséquence serait au service du Roy une telle faute... ». Enfin il pourra découvrir beaucoup de choses de Prioleau « en le flattant et le faisant parler^ ».
Voilà dans quelle impasse se trouvait alors Henri de Rohan, cet homme de grand caractère, dont Richelieu ne sut pas utiliser les hautes qualités ; voilà dans quelle basse intrigue se tramait un personnage de valeur comme le sieur d'Estampes.
1. Herzog Bernhard der Grosse von Sachsen-Weimar, par Bernhard Rose, t. II, p. 8!)tJ, note 150.
Henri II d'Orléans, Duc de Longueville (Bibl. Nat. Cab. des Estampes).
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Guébriant n'avait pas attendu rarrivée de llohan pour se rapprocher de Longueville <'t prendre une part active à la campagne.
Descendant du célèbre bâtard Jean dXhléans, comte de Dunois i, Henri II d'Orléans, duc de Longueville, fils d'Henri de Longueville et de Catherine de (ionzague de Nevers, naquit le 27 aviil LVJÔ -'. Aj)rès la mort de son père, il eut le gouvernement de Picardie, léchansrea, en IGl'J, contre celui de Normandie, devenu vacant par démission de la Heine mère, et, le (> janvier suivant, fit une entrée triomphale à Houen. On le vit brillamment combattre dans l'armée qui força le pas de Suze, en mars 1621, puis contre les calvinistes en Normandie, huit ans plus tard. Chevalier des Ordres du Roi depuis 1633, très en vue, très apprécié pour ses talents militaires, Longueville pénétrait dans la Franche-Comté en 1636, à la tète de <S.000 hommes levés en Normandie, pour s'opposer, conjointement à M. le Prince, aux Espagnols qui élaicMit protecteurs et suzerains des Comtois. Nous le verrons remporter des succès clans cette région, et, plus tard, à la tète des AVeimariens.
D'assez chétive apparence et de santé délicate, Longueville ne possédait, malgré sa galanterie, aucun des agréments qui ])laisent aux femmes. Intelligent, spirituel, libéral jusqu'à la magnificence, d'un caractère droit mais faible ; vif, énergique ; très brave, doué de talents militaires réels qui le mirent au rang des hommes de guerre appréciés; s'engageant volontiers et se dégageant de même; sans passion ni ambition; ayant beaucoup de grandeur et de race, il ne fut cependant jamais, au dire du cardinal- de llelz, « qu'un homme médiocre, parce qu'il eut toujours des idées infiniment au-dessus de sa capacité ». « C'était, ajoute
1. Jean d'Orléans, comte de Diiiiuis et île Longueville ; iiraiid clianibellan de France ; lils naturel de Louis de France, duc d'Orléans (second fils du roi Charles V) et de Mariette d'Enghien, dame de Cany (1403-1468).
2. Ribl. Nat., .".00 Colbert, V. 10-318. Contrat de mariage d'Henri I", duc de Longueville, avec Mlle de Nevers.
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ll(^l/., riiomiiic du luoiule qui aluiait le moins \c conimencement de toutes les affaires. « « Ayant, selon Vicloi' Cousin, tout ce qu'il fant pour briller au second rang, mais incapable du premier. »
En 1017, Longueville avait «'pousé Louise de Bourbon, fille de Charles de Bourbon, comte de Soissons, et d'Anne de Montafié ; de ce mariage était née IMarie- Anne d'Orléans, dite Mademoiselle de Longueville '.
Veuf le y septembre l()37, Longueville contractait, le 2 juin 1642, une nouvelle union avec la sœur du Grand Condé, Anne-Geneviève de Bourbon, âgée de 23 ans-. Cette princesse possédait tous les agréments physiques et intellectuels, et prenait soin de les cultiver. Dès son jeune âge, elle était une habituée de l'hôtel de Rambouillet, et savait y briller par un esprit caustique et fin. Un ensemble de langueur, de mélancolie et de piquant dans sa physionomie plaisait extrêmement. Ayant quelque peu flotté entre les idées sérieuses et les romanesques, elle se laissa finalement entraîner par celles-ci; fjelle, très admirée, elle était inévitablement jalousée. Ayant eu jusqu'alors de la peine à faire un mariage selon ses goûts, elle se contenta d'épouser Longueville, de 24 ans son aîné-^. Son hôtel devint bien vite le rendez-vous des beaux esprits. Elle s'entoura d'une société précieuse et galante, et se consola vite de l'aversion que lui inspirait son époux. Les troubles de l'Etat apportèrent un puissant dérivatif à son tempérament exalté ; elle eut un commencement de célébrité dans la Fronde, et, par son ascen- (hml, y jeta noml)re de gentilshommes.
Le (hic de Châtillon jouit le premier de ses attentions particulières ; mais, comme après son mariage il
1. Bibl. Nal., ïïv., V. 274y-2!)4. Contrat de mariage, luissé à Paris, le ô niar>i lUl'/. Elle fut plus lard la rélèhre duchesse de Nemours.