PREFACE
Fahert leur montrera par son exemple comment on s'élève aU' dessus des éli^oites et déccvatites suggestions de l'ambition et de l'intérêt personnel, pour ne voir, comme but suprême des efforts de la vie, que le grand intérêt du pays.
Il leur apprendra que , dans les péripéties d'une carrière, si agitée quelle soit, pour éclairer le chemin quil faut suivre , luit un flambeau que rien ne peut obscurcir.
Ce chemin, celui des hommes à l'âme droite , au cœur fidèle, notre héros ne s'en est jamais écarté. Il est devenu maréchal de France et a écrit son nom en caractères brillants dans les annales de son temps; mais, 7i eût-il pas dépassé les bornes ordinaires d'une carrière militaire sans éclat, il n'en mériterait pas moins d'être cité comme un modèle. Car chez lui la valeur morale de ï homme a constamment égalé et même dépassé celle du guerrier.
L étude d'un caractère comme celui-là est donc une véritable école de toutes les vertus qui constituent le soldat, le citoyen, le chrétien, l'ami. On ne saurait jamais assez connaître, assez honorer celui que la reine Anne d'Autriche disait être « le plus grand homme de bien du royaume », et qu'un historien moderne ri a pas hésité à appeler « le plus honnête homme de son temps » .
Le premier ouvrage qui ait été consacré à la mémoire du maréchal Fabert parut en 1697, trente-cinq ans après sa mort. Publié sous le voile de l'anonyme, il avait pour auteur Catien Courtils de Sandras, capitaine au régiment de Champagne.
Un demi-siècle plus tard, en 1~52, le R. P. Barre, chancelier de Sainte-Geneviève, fit paraître une Vie de l'illustre capitaine en deux volumes, pour laquelle la critique moderne s'est peut-être montrée, sous plusieurs rapports, plus sévère que de raison. Cette histoire avait un immense mérite dont devaient profiter les historiens futurs du maréchal, c'était d'être composée entièrement au moyen de pièces authentiques et de relations contemporaines dont la plupart ont aujourd'hui disparu.
Nous ne parlons pas de la plus précieuse de toutes, des Mémoires autographes du héros lui-môme, s'arrêtant malheureusement en 1639, que la Bibliothèque nationale possède ; mais nous n'avons, pour notre part, connu que par les extraits du P. Barre deux autres registres de la main du maréchal : l'un, intitulé son Journal, contenant le résumé succinct de ses actions; l'autre, renfermant le Mémento des lettres qu'il écrivait et de celles qu'il recevait.
L'auteur de la Vie de Fabtrt avait également à sa disposition d'immenses dossiers, classés par année, où figuraient en original ses dernières lettres, ainsi que tous les papiers relatifs aux aflaires qu'il avait traitées. Outre ces sources d'informations, les plus siires et les plus précieuses de toutes, le P. Barre avait encore entre les mains des ouvrages manuscrits, conriposés par des témoins de cette noble existence, et destinés à consacrer les moindres détails des belles actions qui l'ont remplie. M'"^ de Beuvron, fille du maréchal, avait pris l'initiative de la rédaction de ces notices , et les anciens officiers et autres collaborateurs de confiance de son illustre père s'étaient empressés de les écrire pour elle.
C'est ainsi qu'on était redevable à sa pieuse pensée des Me'moires de M. de Termes, secrétaire, agent et exécuteur testamentaire de Fabert; de ceux de M. du Bosquet, excellent officier très estimé de lui, et qui avait longtemps servi sous ses ordres; des Observations sur les Mémoires de M. de Termes, ouvrage anonyme écrit certainement par un des plus intimes familiers du maréchal ; du Journal de ses campagnes jusqu'en 1642, ouvrage volumineux et rempli de détails très circonstanciés, composé par M. de Saint-Jorry, d'après les documents ci-dessus.
Venaient encore d'autres mémoires spéciaux à telle ou telle partie de son existence, par le P. Adam, le président Morel, MM. de Tansus, lieutenant du roi; de Villetle, major du château, et de Lesbonnière , major de la ville de Sedan; de Beaumont et de Vion, capitaines dans le régiment de Fabert; de Servigny, son aide de camp ; Terruel, ingénieur en chef; Ne'aume, avocat du roi au présidial de Sedan , et d'autres encore.
Rien ne peut égaler le caractère d'authenticité et de sincérité que de pareils cléments de travail, mis à la disposition d'un auteur consciencieux, ne devaient pas manquer d'inspirer à son œuvre. A ces sources précieuses le P. Barre a eu le bon esprit d'emprunter un grand nombre de citations et d'extraits, textuellement reproduits, au moyen desquels il est possible de suppléer à la perte des documents recherchés en vain maintenant. On peut dire que son histoire, grâce à la conscience respectueuse qu'il y a apportée, et grâce à son indiscutable réputation de bonne foi, contient dans son texte même la plus grande partie de ses preuves.
Mais là ne se sont pas bornées nos ressources. D'autres documents, et surtout des lettres nombreuses et importantes, existent encore, à l'état original, dans plusieurs de nos dépôts publics, et particulièrement aux Archives nationales, à la Bihlioihèque nationale, à celle. de l'Arsenal, etc.. C'est avec le secours de ces documents, dont l'authenticité égale l'intérêt, et en y ajoutant les indications recueillies dans les gazettes du temps et les Mémoires contemporains, que cet ouvrage a été composé. C'est là qu'il trouve sa raison d'être, ainsi que ses chances de recevoir du pubhc un bienveillant accueil.
Indépendamment des deux premiers ouvrages que nous avons cités, la mémoire de Fabert a été honorée dans bien des publications; mais aucune d'elles ne constitue un corps de doctrine bien sérieux ni bien complet, comparée à l'œuvre du P. Barre.
11 en est cependant, dans le nombre, qui, sous une forme abrégée, ne laissent pas que de faire honneur à leurs auteurs, en mettant en relief, avec une sagacité frappante ou une réelle éloquence, les vertus et les services du maréchal.
On peut dire que l'étude de ce grand homme, faite sous tous ses aspects divers, offre à ses biographes un champ presque inépuisable. Aussi l'auteur de ce travail n'a-t-il ni la prétention ni le désir de voir personne considérer son livre comme renfermant le dernier mot de la question.
Jusqu'à présent, voici la liste, aussi exacte et complète que nous avons pu la dresser, des divers travaux consacrés à la glorification de la mémoire de notre héros.
I. — Hlstoh*e du maréchal de Fabert, lieutenant général des armées du roy, gouverneur de la ville et chastcau de Sedan, etc., par Gatien Coiirtils de Sandras; 1 vol. in-12, avec portrait gravé par Voyez itajor, 366 pages. Amslcrdam, Henry Desbordes, M DC xcvii.
II. — MÊME OUVRAGE; 1 vol. in- 12, 279 pages, sans portrait. (Contrefaçon imprimée à Rouen,