SCENE IL
CLAUDINE, entrant précipitamment avec JEANNETTE, Trio.
oui , je le dirai.
Ma tante.
CLAUDINE
J'empêcherai Qu'une petite étourdie, A fa tête fe marie.
Mi cnvate 5 mes bouts d'manches, Et mon hubit des Dimanches.
CLAUDINE
Marcel.
JEANNETTE
Mon père.
Paix là.
Ensemble.
CLAUDINE. £ C'eft moi qu'on écoutera. JEANNP TTE. < C'elt moi qu'on ecoutfra. MARCEL. ( 1 es bavardes que voilà !
Marcel.
JEANNETTE
Mon père.
MARCEL
Paix là.
Ma cravate.
CLAUDINE, L'infolente !
MARCEL* Mes bouts dimanches.
JIANNETTL
C'elt ma tante, *SM 0 R C E L.
Morbleu , ça n^impatiei.te.
,^ CLAUDINE
C'eft Jeannette.
C'eft ma tante.
Ensemble.
CLAUDINE. C Je veux vous conter cela, jEAN^eTTE. < La méchante que voilà !
MARCEL. t Les bavardes que voilà î
CLAUDINE, précipitamment & marqué, Jeannette En cachette , Coquette parfaite , A l'ardeur D'un trompeur , D'un fripon , Répond.
MARCEL ' Bon.
Clauiine , Mutine , Bavarde , Criarde , M'étourdit ," M'afïburdit Par fon bruit Maudit.
JEANNETTE
Oui , ma tante Prudente , Défire
Pour l'objet , %
Qui étoit V
Mon fait.
MARCEL; Paix , qu'on fe taife. -^v* CLAUDINE.
L'infolente ï Qu'on fe taife.
JEANNETTE
C'cft ma tante* MARC EL.
Paix là, ventrebleu , paix- là.
Ensemble.
CLAUDINE. C Non , je n'en démordrai pas. JF .ANNETTE. < Je ne vous céderai pas. MARCEL. (, Quel vacarme ! quel fracas !
MARCEL
— —Silence , morbleu , fîlence ; ces femmes-là font plus têtues que des mules de meunier. C'eit donc pour des amoureux qu'on fait tout ce bruit-là ?
CLAUDINE
Air: Cahin , caha.
Oui, votre fille, Contre mon fentiment , Et fans votre agrément , A fu faire un amant :
Du feu le plus ardent ■
Pour lui Ton coeur pétille»
C'eft Colin :
Un Fermier voifîn Eft , dit- on , Ton père.
Voilà le myftere.
Cela vous regarde -7 P.rcnez-y bien garde.
Le drôle eft fin ; penfez y bien 1 Car je ne verus réponds de rien.
MARCEL
Quel diable eft-ce que ce Colin \ J'en entend* toujours parler, & je ne l'ai jamais vu.
Ah ! mon père , il eft tout-à-fait aimable.
CLAUDINE
Jour de Dieu ! vous fouffrez qu'une morveufe à dix-huit ans ait déjà des amoureux \
MARCEL
Vous en avez bien , vous qui êtes veuve , & qui avez prefque mon âge. ( a Jeannette, ) Tu ferois donc bien aife d'être mariée , Jeannette ?
JEANNETTE
Oui , mon père. ( à part, ) Il va me donner Colin en dépit de ma tante.
CLAUDINE,* part.
J'enrage.
MARCEL
Connois-tu Monfieur la Bride , le Cocher du Château ?
JEANNETTE
Oui , vraiment , je l'ai vu ; il étoit cet été l'amoureux de ma tante, (àpart.) C'eft juftement l'oncle de Colin. CLAUDINE,* part.
J'étouffe.
MARCEL
C'eft à lui que je te marie.
JEANNETTE
A qui , mon pere ?
MARCEL
Pardi, à Monfieur la Bride. Eft-ce que je parle Hébreu?
JEANNETTE
Ah ! comme j'avois pris le change !
CLAUDINE
Je refpire.
Eh bien , tu ne dis rien , Jeannette \
JEANNETTE
A i R : Je voudrois bien me marier.
Je ne veux plus me marier.
MARCEL
Y penfes-tu , ma cherc î
Tout-à -l'heure à m'en fupplier Je t'ai vu la première.
JEANNETTE
Je ne veux plus me marier :
N'y. penfons plus , mon père.
MARCEL
Eft-ce la peur d'aller fur les brifées de ta tante î
CLAUDINE
Oh î qu'à cela ne tienne.
Air: Sans compliment.
Je ne fuis pas , quoi que Ton dife »
Si méchante que Ton me fait:
De bon cœur je vous autorife
Sans regarder mon intérêt.
Je fongeois à Monfîeur la Bride ;
Mais puifque ce parti lui plaît ,
A le céder je me décide :
Que Jeannette en ufe à préfent , Sans compliment.
Eh bien, voilà parler , cela : je fuis pourtant venu a bout de les contenter toutes deux. Allons , Jeannette , de la joie. Claudine, la clef du coffre ; que j'aille me faire braye. Vous m'avertirez quand le compère la Bride fera arrivé. Que j'ai de plaifir à vous voir bonnes amies ! Vive un homme de tête pour mettre la paix dans un ménage. ( Il fort. )