‹ Le maréchal-ferrantChapitre 3 sur 29 · SCENE IL · texte numérisé non relu

SCENE IL

CLAUDINE, entrant précipitamment avec JEANNETTE, Trio.

oui , je le dirai.

Ma tante.

CLAUDINE

J'empêcherai Qu'une petite étourdie, A fa tête fe marie.

Mi cnvate 5 mes bouts d'manches, Et mon hubit des Dimanches.

CLAUDINE

Marcel.

JEANNETTE

Mon père.

Paix là.

Ensemble.

CLAUDINE. £ C'eft moi qu'on écoutera. JEANNP TTE. < C'elt moi qu'on ecoutfra. MARCEL. ( 1 es bavardes que voilà !

Marcel.

JEANNETTE

Mon père.

MARCEL

Paix là.

Ma cravate.

CLAUDINE, L'infolente !

MARCEL* Mes bouts dimanches.

JIANNETTL

C'elt ma tante, *SM 0 R C E L.

Morbleu , ça n^impatiei.te.

,^ CLAUDINE

C'eft Jeannette.

C'eft ma tante.

Ensemble.

CLAUDINE. C Je veux vous conter cela, jEAN^eTTE. < La méchante que voilà !

MARCEL. t Les bavardes que voilà î

CLAUDINE, précipitamment & marqué, Jeannette En cachette , Coquette parfaite , A l'ardeur D'un trompeur , D'un fripon , Répond.

MARCEL ' Bon.

Clauiine , Mutine , Bavarde , Criarde , M'étourdit ," M'afïburdit Par fon bruit Maudit.

JEANNETTE

Oui , ma tante Prudente , Défire

Pour l'objet , %

Qui étoit V

Mon fait.

MARCEL; Paix , qu'on fe taife. -^v* CLAUDINE.

L'infolente ï Qu'on fe taife.

JEANNETTE

C'cft ma tante* MARC EL.

Paix là, ventrebleu , paix- là.

Ensemble.

CLAUDINE. C Non , je n'en démordrai pas. JF .ANNETTE. < Je ne vous céderai pas. MARCEL. (, Quel vacarme ! quel fracas !

MARCEL

— —Silence , morbleu , fîlence ; ces femmes-là font plus têtues que des mules de meunier. C'eit donc pour des amoureux qu'on fait tout ce bruit-là ?

CLAUDINE

Air: Cahin , caha.

Oui, votre fille, Contre mon fentiment , Et fans votre agrément , A fu faire un amant :

Du feu le plus ardent ■

Pour lui Ton coeur pétille»

C'eft Colin :

Un Fermier voifîn Eft , dit- on , Ton père.

Voilà le myftere.

Cela vous regarde -7 P.rcnez-y bien garde.

Le drôle eft fin ; penfez y bien 1 Car je ne verus réponds de rien.

MARCEL

Quel diable eft-ce que ce Colin \ J'en entend* toujours parler, & je ne l'ai jamais vu.

Ah ! mon père , il eft tout-à-fait aimable.

CLAUDINE

Jour de Dieu ! vous fouffrez qu'une morveufe à dix-huit ans ait déjà des amoureux \

MARCEL

Vous en avez bien , vous qui êtes veuve , & qui avez prefque mon âge. ( a Jeannette, ) Tu ferois donc bien aife d'être mariée , Jeannette ?

JEANNETTE

Oui , mon père. ( à part, ) Il va me donner Colin en dépit de ma tante.

CLAUDINE,* part.

J'enrage.

MARCEL

Connois-tu Monfieur la Bride , le Cocher du Château ?

JEANNETTE

Oui , vraiment , je l'ai vu ; il étoit cet été l'amoureux de ma tante, (àpart.) C'eft juftement l'oncle de Colin. CLAUDINE,* part.

J'étouffe.

MARCEL

C'eft à lui que je te marie.

JEANNETTE

A qui , mon pere ?

MARCEL

Pardi, à Monfieur la Bride. Eft-ce que je parle Hébreu?

JEANNETTE

Ah ! comme j'avois pris le change !

CLAUDINE

Je refpire.

Eh bien , tu ne dis rien , Jeannette \

JEANNETTE

A i R : Je voudrois bien me marier.

Je ne veux plus me marier.

MARCEL

Y penfes-tu , ma cherc î

Tout-à -l'heure à m'en fupplier Je t'ai vu la première.

JEANNETTE

Je ne veux plus me marier :

N'y. penfons plus , mon père.

MARCEL

Eft-ce la peur d'aller fur les brifées de ta tante î

CLAUDINE

Oh î qu'à cela ne tienne.

Air: Sans compliment.

Je ne fuis pas , quoi que Ton dife »

Si méchante que Ton me fait:

De bon cœur je vous autorife

Sans regarder mon intérêt.

Je fongeois à Monfîeur la Bride ;

Mais puifque ce parti lui plaît ,

A le céder je me décide :

Que Jeannette en ufe à préfent , Sans compliment.

Eh bien, voilà parler , cela : je fuis pourtant venu a bout de les contenter toutes deux. Allons , Jeannette , de la joie. Claudine, la clef du coffre ; que j'aille me faire braye. Vous m'avertirez quand le compère la Bride fera arrivé. Que j'ai de plaifir à vous voir bonnes amies ! Vive un homme de tête pour mettre la paix dans un ménage. ( Il fort. )

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