Pour travaux extrordinaires
3. DIGUET, restaurateur, demeurant rue de tournon Etat récapitulatif des objets fournis par M. Diguet, restaurateur au palais du Luœembourg, pour la nourriture des personnes qui composaient les différentes escortes pendant la durée du procès du maréchal Ney, du 18 novembre au 24 et
du 2 au 7 décembre 1815.
Savoir :
Article du boucher 6.081 40
— du boulanger ■ 654 98
— du charcutier 1.178 50
— des objets de halles, marchés 11.051 80
— des guges extraordinaires des cuisiniers, pâtis-
siers, garçons 3.900 »
— du bois 300 »
— du charbon 240 »
— des vins de diverses qualités 5.454 »
— pour loyer d'argenterie et autres objets de table. 560 »
— pour linge, argenterie et divers objets perdus
ou cassés 900 »
— d'épiceries, desserts, eau-de-vie 1.140 »
Total général 81.460 53
Ce compte fut discuté, et en dépit d'explications, M. Diguetse fit délivrer sur papier timbré à soixantedix centimes, le curieux document qui suit :
« Nous soussignés, qui avons servi les tables au Palais des pairs, pendant le procès du maréchal Ney, déclarons et certifions sur notre honneur et conscience, qu'au fur et à mesure que les personnes se présentaient dans chaque salle, nous avions soin d'en prévenir M. Diguet, frère du restaurateur fournisseur, ce qui fait que nous nous rappelons des faits et circonstances suivantes :
» Salle de la Chapelle, le 20 novembre, servi deux fois à trente personnes chaque, et plus tard à plusieurs autres personnes.
» Le même jour, à cette table, le dîner a été servi au même nombre de personnes au moins et plusieurs après.
» Les jours que le procès a été continué, le service a été le même et au même nombre de personnes.
» Salle des maréchaux, où étaient établies trois tables, nous avons servi soixante-dix personnes et plus.
» Les jours suivants, les déjeuners et les dîners sont devenus plus considérables, par le nombre des convives qui se succédaient.
» Mêmes observations pour les 5 et 6 du mois.
» Le dit jour, fi, le soir dans la galerie des maréchaux, nous avons servi à dîner à plus de cent soixante personnes ; tant à celles qui étaient à table
qu'à celles qui étaient debout et sur les banquettes, qui mangeaient sur leurs genoux.
» Le dîner a duré jusqu'à trois heures du matin.
» Le lendemain, nous avons encore servi beaucoup de personnes.
» Ce que nous affirmons sincère et véritable.
» Paris, le 7 mars 1816. »>
Suivent les signatures, légalisées par le commissaire de police, Rousset.
Non seulement, M. Diguet n'était pas payé le 7 mars, mais il ne Tétait pas le 17. Sous cette date, il réclame son paiement à M. Larsonnier et s'en réfère aux souvenirs de M. Baudelaire.
Il paraît qu'en définitive, on ne rabattit que quatre cent soixante francs sur sa note, puisqu'il figure sur l'état général des avances, une fois pour quinze mille francs, une autre fois pour seize mille francs.
Sous la date du 31 décembre 1816, la famille du maréchal, ayant payé un reliquat de compte de neuf cent soixante-quinze francs trente-cinq centimes, demandait et obtenait mainlevée des oppositions formées par le Trésor.
SÉANCES DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS LA DEMANDE EN REVISION REQUÊTE AU ROt
À peine la révolution de Juillet était-elle aceomplie que M. Dupin fit accorder à Madame la maréchale Ney une pension de vingt-cinq mille francs.
Je trouve dans le compte rendu de la séance de la Chambre des députés du 28 février 1837, un curieux incident à propos du petit papier que lut le maréchal Ney, dans la séance du 6 décembre 1815 :
m. dupin. — Je montai chez le maréchal, pendant la suspension et je lui dis : « Voilà ce qui se passe ; nous allons faire un effort pour être entendus, c'est notre devoir; mais plutôt que de nous laisser interdire de vous défendre, il vaut mieux que ce soit vous qui parliez; parce que vous serez maître des termes de l'interruption, m Ce qu'il a lu, c'est moi qui l'avais rédigé; ce qu'il a fait, c'est moi qui
l'avais conseillé et voici ce qui le prouve : le soir même, je fus mandé cliez le ministre de la police. On me dit : « Est-il vrai qu'il ait été question de mettre le feu au Luxembourg, pour sauver le maréchal ? » Je répondis que je n'avais rien entendu qui eût trait à cela. On insista, on affirma qu'on était sûr d'avoir entendu l'un de nous dire : « Au feu ! » Je me souviens alors que mon honorable confrère, mon honorable ami, malgré notre profonde dissidence d'opinion, M. Berryer qui était avec moi, s'était chargé comme le plus jeune, d aller demander à M. le maréchal Ncy, la minute de l'écrit qu'il avait lu à la Chambre des pairs, et que je lui avais donnée pour qu'il pût la recopier de sa main, M. Berryer alla donc près du maréchal demander cet écrit ; le maréchal répondit qu'il l'avait jeté au feu.
» M. Berryer, en quittant le maréchal, nous rejoignit et nous dit : « Il l'a jeté au feu, » et l'on en avait conclu qu'on voulait mettre le feu au Palais du Luxembourg. »
Un journal, l'Ordre de Limoges, ayant en 1841, essayé d'excuser la Chambre des pairs, aux dépens des défenseurs, les accusant d'avoir perdu le maréchal, en lui faisant décliner la compétence du Conseil de guerre, le Constitutionnel du 1er mai lui adresse une réponse écrite, quoique non signée, par W Dupin.
« Quant au déclinatoire, les défenseurs et les conseils du maréchal Ney, consultés sur cette ques-
tion, ont reconnu en point de droit l'incompétence du Conseil de guerre, mais ils n'ont pas pris sur eux de proposer cette incompétence. On convoqua un conseil de famille, auquel assistèrent Madame la maréchale Ney, son beau-frère M. Gamot et d'autres personnes encore, notamment MM. Delacroix-Trainville, réunis à MM. Berrycr, père et fils et Dupin ; et dans ce conseil, la famille du maréchal déclara en son nom, que sa volonté bien arrêtée, d'accord avec la leur, était qu'on déclinât la juridiction du Conseil de guerre. Les défenseurs ont donc eu pour eux, dans cette circonstance, le fait et le droit. »
La volonté personnelle du maréchal, à cet égard, ressort de ses premiers interrogatoires devant M. Decazes, alors qu'il était au secret. Après avoir cité, dans ses Mémoires, ce fragment du Constitutionnel, M. Dupin ajoute :
« La question du procès du maréchal Ney est-elle donc une question qu'on puisse étouffer ? Non, non, elle existe, il faut qu'elle soit résolue, sous une forme ou sous une autre ; elle renaîtra jusqu'à due satisfaction... »
Ll MARÉCHAL NE Y